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Commission inter-ecclésiale Justice et Paix

Le Père Alberto Franco (CIJP) et Ana Jover (PBI) pendant un accompagnement.

 

La Commission inter-ecclésiale Justice et Paix (CIJP) est une ONG de défense des droits de l’Homme, composée de 50 catholiques, faisant partie des églises presbytériennes et humanistes. La Commission accompagne les communautés et les organisations qui font valoir leurs droits dans les zones de conflit armé, sans recourir à la violence. La Commission soutient des expériences concrètes de recherche de vérité, de justice et de réparation, et de solutions politiques négociées au conflit armé interne.

Le travail de la Commission se concentre sur la protection globale du territoire, sur la restitution des propriétés des personnes afro-descendantes, indigènes et métisses, sur la protection de l'utilisation traditionnelle des terres et de la biodiversité, sur l'affirmation des droits face à l'industrie des biocarburants et ses conséquences sur la sécurité alimentaire, et dénonce également les exactions commises par les groupes armés impliqués dans le conflit en Colombie.


La Commission a impulsé la création en 2003 du Comité d'éthique international composé de 25 commissaires internationaux qui vont à la rencontre des communautés pour obtenir des informations et recueillir des témoignages sur les crimes et les violations des droits de l'Homme dans le pays. Ce Comité avait pour but de sauvegarder la mémoire en l'absence de garanties de l'Etat concernant l'accès à la vérité, la justice et la réparation complète en Colombie.

 

Zones de travail

La Commission est présente dans 8 des 32 départements de Colombie. PBI Colombie accompagne la CIJP à Bogotá, Urabá (Cacarica, Curbaradó et Jiguamiandó) et dans la Valle de Cauca (Bajo Naya et Bajo Calima).

 

Accompagnement des communautés à Urabá

Pour pouvoir survivre au milieu du conflit armé, en 2001, les communautés de Cacarica ont créé les premières Zones Humanitaires. Photo : Adrian Johanson.

La Commission accompagne les communautés du Cacarica, Curbaradó et Jiguamiando dans l’Urabá antioqueño y chocoano, dans la région nord-ouest de la Colombie, limitrophe avec le Panama. L’Urabá s'étend autour du golfe du même nom, port naturel sur la mer des Caraïbes, et a un intérêt géostratégique important du fait de sa proximité avec le canal de Panama et de ses ressources naturelles (corridor biologique, sous-sols riches en divers minéraux et en énergies fossiles).


En 1997, plus de 4.000 personnes ont été déplacées dans la région du Bajo Atrato. Deux opérations militaires ont marqué le destin de la population : l’Opération « Septembre Noir » et l’Opération « Genesis ». Selon Danilo Rueda, membre de la Commission : « Ces opérations ont provoqué le déplacement forcé de la population et avaient pour prétexte prétendu et supposé l’affrontement essentiellement avec la guérilla des FARC [ Forces armées révolutionnaires de Colombie ]. Pendant la conduite des opérations, les paramilitaires ont perpétré des assassinats, des actes de torture, des disparitions forcées, des blocus économiques et, finalement, le déplacement forcé de la population ».

 

Danilo Rueda explique : « Il est clair que le conflit armé a servi de prétexte pour les parties prenantes à la définition de l’usage des terres, afin de définir l’utilisation des terres avant de recourir à la violence. Et l'intérêt derrière tout ça réside dans la définition de l'utilisation des terres par l’agro-industrie, comme celle de l’huile de palme mais aussi celle de la banane qui se développe dans la région bananière, ou encore par l’industrie de l’extraction et de l'exploitation des ressources naturelles comme c’est le cas de l’extraction minière, et encore par les travaux d’infrastructures qui dépendent des intérêts du marché mondial. »


La plupart des gens ont vécu pendant de nombreuses années dans des conditions de personnes déplacées, dans des abris ou dans des familles dans d'autres régions de l'Antioquia et du Choco [1]. Les retours des familles déplacées ont commencé à partir de 1999 à Jiguamiando [2], de 2000 à Cacarica [3] et de 2006 à Curbaradó [4], alors que le conflit armé persistait encore dans la région.

En 2001, pour survivre au milieu du conflit armé, les communautés de Cacarica ont créé les premières Zones Humanitaires. Les communautés rapatriées de Jiguamiando et Curbaradó ont suivi l’exemple de Cacarica et ont établi leurs premières Zones Humanitaires respectivement en 2003 [5] et 2006 [6].

A Cacarica, les leaders ont réussi à ce que la propriété des terres collectives soit établie au nom des communautés afro-descendantes [7]. Pendant ce temps, à Curbaradó et Jiguamandó, les leaders ont exigé la restitution de leurs terres dès leur retour (voir la chronologie) [8].

 

L'affaire contre Rito Alejo del Río


La Commission représente la partie civile dans le procès contre le Général de l’Armée à la retraite, Rito Alejo del Río, qui est soupçonné d’avoir assassiné le paysan Marino López, un résident de Cacarica. Cet assassinat a eu lieu pendant l’Opération « Genesis ». Del Río, qui est détenu depuis septembre 2008, an été surnommé par différents secteurs sociaux, économiques et politiques comme «le Pacificateur de l'Urabá » bien qu'il ait été signalé comme étant l’un des appuis les plus importants des paramilitaires de la région d’Urabá  depuis le commandement de la Brigade XVII des armées entre 1995 et 1997 [9]. En 2011, l’Opération « Genesis » a été dénoncée devant la Cour interaméricaine des droits de l'Homme [10]. En août 2012, le tribunal a condamné Del Río à 25 ans de prison pour l'assassinat du paysan Marino López [11].


Selon Danilo Rueda, l’assassinat de López « n’est qu’un des 200 crimes contre l'Humanité qui ont été documentés » [12]. Lors de la commémoration du quinzième anniversaire des opérations militaires, Rueda a insisté sur le fait « qu’il n’y a pas eu d’enquête sur les déplacements forcés liés à l’Opération « Genesis » pendant 15 ans ; il n’y a pas eu non plus d’enquête sur l'Opération « Septembre Noir » pendant 15 ans et tous les crimes comme les assassinats, les disparitions forcées, le actes de tortures, ou la destruction de l'environnement n'ont pas été examinés par le bureau du Procureur général durant les 15 dernières années » [13].

 

L’Accompagnement des communautés dans la Valle del Cauca

 

 

Situé dans le sud-ouest du pays, entre la Region Andine  et la Region du Pacifique, la Valle del Cauca est l’une des régions les plus troublées du pays [14].  Les communautés d’agriculteurs et de pêcheurs indigènes et afro-descendants habitent majoritairement dans les zones rurales.


La Commission accompagne trois processus communautaires dans le bassin de Bajo Calima (municipalité de Buenaventura) : la communauté indigène nonam, le Comité Veredal El Crucero et les Jeunes Unis pour le Bien-être de Bajo Calima ( Jubca ) qui sont à la tête des propositions de protection de la vie et du territoire dans le Bajo Calima et à Buenaventura [15].


La Commission conseille et accompagne la communauté indigène nonam depuis une incursion paramilitaire dans la région en 2010, qui a forcé les habitants de la communauté terrorisée à quitter leurs foyers et à partir pour Buenaventura. Dans cette ville, la communauté a vécu dans un abri pendant un an, « dans des conditions inhumaines », selon le prêtre Alberto Franco. Les enfants, les personnes âgées et les adultes partageaient le même espace, dans des conditions de santé et d’hygiène précaires [16]. En juin 2011, la Commission interaméricaine des droits de l'Homme a accordé des mesures conservatoires pour 21 familles de la communauté nonam et a demandé à l' État de Colombie de  « prendre les mesures nécessaires, en accord avec les bénéficiaires, pour garantir la vie et l'intégrité physique des 21 familles de la communauté nonam, pour fournir une aide humanitaire et des soins médicaux aux bénéficiaires déplacés, et pour assurer leur retour dans la Réserve indigène de Santa Rosa de Guayacan dans des conditions de dignité et de sécurité " [17].


Avec le soutien de la Commission inter-ecclésiale Justice et Paix, les membres de la communauté nonam sont rentrés chez eux, à Santa Rosa de Guayacán, en août 2011. Le conflit armé s'est poursuivi dans la région et selon le Père Alberto Franco, la région reste une zone stratégique pour le trafic de drogue et les groupes armés illégaux y passent fréquemment. Après leur retour, les nonam ont créé un système de protection des hommes et de la biodiversité ; ils ont installé des clôtures pour rendre visible leur territoire et ils y interdisent l'entrée de tout personne armée. Ce territoire est collectif et partagé avec les communautés afro-descendantes.


De plus, la Commission accompagne et conseille le Conseil communautaire pour les communautés de Bajo Naya, qui habitent en bordure de la rivière Naya, à la limite entre el Valle et Cauca, quant aux questions de sécurité juridique, au suivi des mesures préventives prises par la Commission interaméricaine des droits de l'homme, au renforcement organisationnel et à la formation en matière de droits humains. En 2001, les paramilitaires ont assassiné et fait disparaître un nombre indéterminé [18] d’habitants vivant dans les villages situés sur les berges de la rivière Naya. Le conflit armé continue dans la région. En mai 2011, la Commission inter-ecclésiale a dénoncé le fait que des guérilleros des FARC ont assassiné cinq afro-descendants qui faisaient parti du Conseil communautaire de Bajo-Naya [19] .

Menaces et attaques

Photo: Adrian Johanson

Les membres de la Commission inter-ecclésiale ont été l'objet de nombreux incidents de sécurité depuis 1996 : graves menaces à leur intégrité physique, opérations de renseignement illégales, complots d'assassinats, enlèvements [20] et campagnes de diffamation [21].


Liste des menaces et agressions (en espagnol)

 

Les mesures de protection


En septembre 2003, la Commission interaméricaine des droits de l'Homme a octroyé des mesures conservatoires pour les membres de la CIJP du fait des menaces et de la surveillance qu’ils subissaient, des signaux qu’ils recevaient, et des attaques et séquestrations dont ils étaient l’objet de façon constante depuis 1997 et ce, plus intensément depuis 2003. La Commission interaméricaine a demandé à l'État colombien d’adopter les mesures nécessaires pour protéger la vie et l'intégrité physique des bénéficiaires et de rendre compte ​des mesures prises pour enquêter sur les faits et mettre fin aux menaces.


Accompagnement international

Photo: Charlotte Kesl

 

PBI accompagne la Commission depuis 1994.


Vidéo : le Père Alberto Franco de la Commission parle de l'importance de l’accompagnement international ( Durée: 1h00 ).

 

Contact

www.justiciaypazcolombia.com
• Adresse: Calle 61ª No 17-26 Bogota
• Fax : ( 57-1 ) 346 36 13

 

Notes de bas de page
 
[1] CIJP et la banque de données du CINEP :  Droits de l'Homme et huile de Palme - Curbaradó et Jiguamiando, 25 janvier 2006


[2] Commission interaméricaine des droits de l'Homme : Rapport sur la visite de terrain dans le cadre des mesures provisoires ordonnées en faveur des membres des communautés qui composent le Conseil communautaire de Jiguamiando et des familles de  Curbaradó, municipalité de Carmen del Darién, département du Chocó, République de Colombie, 20 février 2009


[3] PBI Colombie : Vidéo – les communautés afro-colombiennes commémorent 15 ans de déplacements forcés : la lutte pour la terre continue, février 2012


[4] Entretiens avec les résidents des Zones Humanitaires à Curbaradó, PBI Colombie, novembre 2010


[5] Conseil mondial de l’Eglise :  les Zones Humanitaires résistent à la violence en Colombie, 22 décembre 2008


[6] PBI Colombie : le retour à la terre : création de Zones Humanitaires et de Zones de Biodiversité, 5 avril 2012


[7] Les territoires des bords de la rivière Cacarica font partie de la propriété collective que la loi 70 de 1993 a octroyé aux peuples afro-descendants. En vertu de cette loi, les terres collectives sont inaliénables, irrévocables et imprescriptibles, puisqu’on reconnait dans la propriété collective le caractère intrinsèque de l’identité ethnique et culturelle de ces peuples. Les terres collectives sont gérées par des commissions au sein des conseils communautaires, qui sont élus par le vote populaire des membres des communautés. Loi 70 de 1993, Journal officiel n ° 41.013 du 31 août 1993.


[8] PBI Colombie : Vidéo – les communautés afro-colombiennes commémorent 15 ans de déplacements forcés : la lutte pour la terre continue, février 2012


[9] Rito Alejo del Río et l’assassinat de Marino López ; in : Verdad Abierta, 5 octobre 2011


[10] L’Opération « Genesis » a été dénoncée devant la Cour interaméricaine des droits de l'homme interaméricaine ; in Verdad Abierta, 26 juillet 2011


[11] Rito Alejo del Río, le 'Pacificateur' condamné; in :  El Espectador, 24 août 2012


[12] Entretien avec Danilo Rueda, février 2012


[13] Ibid .


[14] Selon les chiffres du Bureau du Procureur général, le département de Valle del Cauca est l'un des départements qui a enregistré le plus de violence politique dans le pays. Menaces à la démocratie, in: El Mundo.com, 9 octobre 2011

 

[15] CIVIS : Jubca - Droits ancestraux et lutte pour le territoire, 25 mars 2011


[16] PBI Colombie : Entretien avec le Père Alberto Franco, 22 juillet 2011


[17] Commission interaméricaine des droits de l'Homme : MC 355/10 – les 21 familles de la communauté nonam du village indigène Wounaan, Colombie 2011


[18] Les chiffres exacts du nombre de personnes assassinées n’ont jamais été connus, mais on considère qu’il y eut plus de 200 habitants tués.  Memoria y Dignidad: Massacre à Naya (Cauca), 10 et 12 avril 2001, les quatre jours qui ébranlèrent le Naya ; in : Verdad Abierta, 5 mai 2009


[19] Ils dénoncent le massacre des FARC dans le Naya, in : Verdad Abierta ,12 mai 2011


[20] Une autre attaque contre les communautés de la paix ; in : El Tiempo, 3 avril 2005

 

 

[21] DIAL, Oidhaco, Bureau américain sur la Colombie: Communiqué à l’opinion publique - Rapports et menaces à la Commission inter-ecclésiale Justice et Paix, 4 juin 2012

 

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"A Ayutla, nous sommes vulnérables face au pouvoir de l’État de menacer, intimider ou nuire à un défenseur des droits humains. La présence de PBI nous donne de la force, nous savons que nous ne sommes pas seuls."
Alejandro Ramos Gallegos, Centre de droits humains de la Montaña Tlachinollan, Guerrero, Mexique

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