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PublicationsPrésence Internationale
Télécharger Présence Internationale9. Présence Internationale printemps 2009L'actualité des projets et de PBI France au printemps 2009. P SOMMAIRE Édito résence internationale p. 2 Bulletin numéro 77 Printemps 2009 Portraits de la section française de PBI p. 3 Silence sur la violence faite aux femmes colombiennes p. 6 Des journalistes népalaises en danger p. 7 Femmes et défenseuses des droits humains au Mexique p. 8 Être femme dans une équipe de terrain de PBI-Indonésie p. 9 Les travailleuses guatémaltèques des maquiladoras face à p. 10 l’impunité PBI France p. 12 Réunion de l’Organisation des femmes écologistes de la Sierra de Petatlán (OMESP) - Mexique organisation accompagnée par PBI depuis août 2005 PBI section française 21 ter, rue Voltaire 75011 Paris Tel./fax : 01 43 73 49 60 Émail : pbi.france@free.fr www.pbi-france.org « Tant qu’une femme sera l’objet de violences, elle ne pourra pas étudier, ni songer à faire respecter ses autres droits. C’est pour cela qu’il est fondamental de garantir en premier lieu son droit à la vie, puis à une vie digne. » Silvia Castillo Salgado, Réseau du Guerrero des organismes civils de droits humains, Mexique Peace Brigades International est une organisation non gouvernementale internationale officiellement reconnue par le département de l’information de l’ONU. PBI est une organisation indépendante de tout intérêt économique, tendance politique ou croyance religieuse. À la demande expresse d’associations locales menacées, PBI organise une présence internationale protectrice dans les zones de conflit afin de sauvegarder l’espace politique nécessaire à l’action de la population civile en faveur d’une résolution non-violente des conflits. <<<< FRANCE Présence internationale n° 77 Chers lecteurs, Présence Internationale ne paraissant qu'une fois par trimestre, c'est avec quelque retard par rapport à la journée du 8 mars que nous voulons, dans ce numéro, porter notre attention sur le combat mené par les femmes « défenseuses » des droits humains. Depuis sa fondation en 1981, PBI a accompagné plusieurs organisations plus particulièrement féminines. Gilbert Nicolas, président de PBI-France de 1986 à 1997 évoque le GAM (Groupe de soutien mutuel) fondé au Guatemala par Nineth García à la suite de la disparition de son mari, un leader syndicaliste étudiant. Le GAM permettait aux familles d'être plus fortes dans la lutte pour connaître la vérité sur le sort de leurs disparus et pour les retrouver. Nineth est maintenant députée et PBI accompagne d'autres organisations féminines comme CONAVIGUA (Coordination nationale des veuves guatémaltèques) et Sector de Mujeres. L'article publié dans ce numéro montre que PBI est également concerné par les femmes militant dans le milieu du travail. Au Mexique, d'où nous vient le terme de féminicide, la situation des femmes n'est pas plus favorable. PBI accompagne – entre autres – l'OMESP (Organisation des femmes écologistes de la sierra de Petatlán). L'interview d'une responsable d'organisation féminine envoyée par PBI-Colombie illustre bien que la femme est doublement victime car il lui est difficile de faire reconnaître la souffrance causée par les agressions sexuelles qui accompagnent trop souvent les violations des droits socio-politiques. L'équipe PBI au Népal, bien que plus récemment implantée, a déjà décidé d'accompagner des femmes journalistes et défenseuses des droits humains, espérant éviter que ne se reproduisent des assassinats dramatiques comme celui, récent, d'une femme journaliste, Uma Singh. D' Indonésie nous vient un témoignage différent et bien sympathique, puisque c'est une volontaire qui nous dit comment elle vit le fait d'être femme dans le pays, dans les relations de travail et dans la vie d'équipe. Et pour finir, quelques nouvelles de PBI-France : nous avons tenu notre assemblée générale en mars (compte-rendu joint à cet envoi), nous travaillons à refaire des documents d'information plus attrayants (en espérant que vous serez nombreux à les diffuser) et, grâce à Jean-Jacques Samuel, PBI animera un stand au Festival Camino, un endroit riche en bonnes rencontres qui se propose de « valoriser la culture de la non-violence de manière ludique, festive et populaire » : c'est à Tournefeuille, près de Toulouse, les 12, 13 et 14 juin. Nous invitons tous les amis du sud-ouest à y faire un tour. Brigitte Chambolle <<<< 2 Présence internationale n° 77 FRANCE >>>> Portraits de la section française de PBI A la suite de son appel aux « anciens » pour qu'ils témoignent de leur expérience à PBI, Brigitte Chambolle a rencontré Gilbert Nicolas, président de la section française de 1986 à 1997. C omment avez-vous connu les PBI ? G.N.: En 1983, j’ai participé pendant quelques jours à la Marche pour l’égalité -improprement appelée « Marche des Beurs » en lui donnant une connotation péjorative- et y ai rencontré Didier Platon, compagnon de l’Arche de Lanza del Vasto qui s’apprêtait à partir pour les PBI au Nicaragua. C’est Didier qui, le premier, m’a parlé des PBI et de leur travail. Ensuite une correspondance suivie avec la regrettée Solange Fernex nous a décrit la situation de terreur qui sévissait depuis 30 ans de dictature au Guatemala et déterminés à nous engager. prendre l’actualité et si possible en changer le cours. Après avoir travaillé comme couvreurzingueur, je me suis converti au protestantisme, et ai fait des études de théologie. Y a-t-il un lien entre ce passé et l’actualité des PBI ? G.N. : Bien entendu. La rencontre avec des professeurs qui étaient dans la résistance : George Casalis devenu l’un des penseurs de la théologie de la libération, Wilhem Fisher, professeur d’Ancien Testament et expulsé d’Allemagne pour s’être opposé à l’idéologie nazie, le pasteur Trocme, fondateur du Collège Cévenol au Chambon/Lignon. Des lectures : Résistance et soumission de Dietrich Bonhöffer pendu fin avril 1945 pour avoir participé à l’attentat contre Hitler du 20 juillet 1944… Une analyse des situations, « une formation théorique » par des lectures, des entretiens, des rencontres sont indispensables. Deux décennies séparent la fin de vos études de théologie de votre engagement avec les PBI. Qu’ont été pour vous ces vingt années ? Nous avons été obligés de couper le récit des engagements de Gilbert devenu docker à Marseille, au Service Civil International, à la CIMADE, sa participation au soutien des objecteurs et aux paysans du Larzac. Dans la lignée de ces engagements, Gilbert part en 1973 dans le Pacifique protester contre les essais atomiques français en atmosphère : G.N. : Mars 1973 : avant de partir, j’écrivais « C’est dans la force de l’âge, en pleine possession de mes moyens physiques et mentaux, avec l’accord total de ma compagne, que j’énonce toutes les raisons et ma détermination de participer activement aux actions engagées, par des moyens nonviolents contre les essais atomiques… ». Odyssée extraordinaire avec des équipiers comme : le général de Bollardière, Jean Toulat, Jean Marie Muller etc. En septembre 1973, après cinq mois de protestation dans le Pacifique, vous rentrez en France. Retrouvezvous vos activités à Marseille ? G.N. : Pour des raisons familiales nous nous installons à Quimper où Marie (ma femme) enseigne la microbiologie dans un lycée. Son statut de professeure agrégée nous laisse la liberté des engagements militants : soutien aux objecteurs de conscience, création du groupe local d’Amnesty Interna3 >>>> Cet engagement faisait suite à une vie, déjà bien remplie, de militance… G.N. : on n’arrive pas à 52 ans, déjà sur le versant descendant de son existence, sans être marqué par un demi siècle de vie. Je suis né dans un charmant village, Carantec, au bord de La Manche. La position géographique de Carantec m’a fait vivre, dès ma jeune enfance, des évènements marquants : - 1938 ce sont des femmes en noir, victimes de la guerre civile espagnole, réfugiées et –hélas !- signes précurseurs des « femmes en noir » du monde entier. - les années d’occupations : le mur de l’Atlantique bordait les plages de nos jeux d’enfants et du village partaient dès 1942 ces barques de pêcheurs qui rejoignaient la « France libre » en Grande Bretagne. - janvier 1943 les avions de la R.A.F. bombardent le viaduc de Morlaix et écrasent une école maternelle : la place principale de la ville porte le nom de Place des Otages, puisque sur les 30 hommes pris en otages aucun n’est revenu. Vous semblez insister sur vos années d’enfance. Pourquoi ? G.N. : Les années d’enfance et d’adolescence sont essentielles pour l’orientation futur de tout individu. De ces années me viennent les prémices d’un esprit de résistance et d’insoumission avec la conviction intime que la paix n’est jamais accordée aux hommes comme une faveur. L’école primaire et un père qui, durant la Première Guerre Mondiale, a vu sur le front de Verdun des fusillés pour l’exemple m’ont appris que les racines des inégalités sont profondes, que la libération ou le redressement de situations de détresse ne s’effectuent pas par des paroles ailées mais par un travail de politisation en profondeur, par des luttes soutenues renouvelant sans cesse leurs formes et quelquefois par la patience des générations. Ne nous éloignons pas trop de l’histoire des Brigades de Paix... G.N. : Au contraire et avant d’en venir aux PBI, il importe toujours de remonter en amont de situations pour com- <<<< FRANCE Présence internationale n° 77 tional, Larzac, Plogoff, solidarité avec les Polynésiens opposés aux essais nucléaires, avec les Kanaks des années 80… Enfin, vous partez en octobre 1985 pour le Guatemala avec les Brigades de Paix. Comment cela s'est-il fait ? En plus de la rencontre en 1983 avec Didier Platon, vous avez évoqué une correspondance avec Solange Fernex ? G.N. : Oui. Nous connaissions Solange depuis quelques années et sa puissance de travail intellectuel comme ses actions sur tous les fronts de la non-violence, de l’écologie, de l’antinucléaire nous impressionnaient et encourageaient à « nous bouger ». En 1983, une quarantaine de personnes dont Solange Fernex avaient fait une grève de la faim de quarante (40!) jours pour obtenir des Présidents Reagan, Brejnev et Mitterrand un moratoire sur les essais nucléaires. Parmi les grévistes il y avait un franciscain français : Alain Richard et deux états-uniens : Dorothy Granada et Charles Gray. Quel rapport entre l’action anti-nucléaire dont vous parlez et les PBI au Guatemala ? G.N. : Précisément. Durant les « Pâques sanglantes » de 1985 à Guatemala Ciudad, Dorothy et Charles, très proches de Alain Richard qui, seul tenait à bout de bras les Brigades de Paix embryonnaires depuis deux ans au Guatemala, étaient venus des USA pour épauler Alain. Pourquoi parlez-vous de « Pâques sanglantes » ? G.N. : Les lettres de Dorothy et Charles faisaient état du climat de terreur qui régnait dans la capitale. Certes trente ans de dictature militaire depuis la chute d’Arbentz en 1954 n’avaient rien arrangé. Pour ce pays de 8 millions d’habitants à l’époque : 30 à 50 000 disparus dont pas un seul n’était sorti vivant des geôle sdictatoriales, 440 villages rayés de la carte, 200 000 morts, un million de réfugiés au Chiapas mexicain… Pour demander le retour en vie de leurs familiers disparus ou l’application dans la constitution guatémaltèque de l’Habeas Corpus, le G.A.M. (groupe de soutien mutuel) avait vu le jour, à l’image des Mères de la Place de Mai en Argentine, au début des années 80. Comme personne ne voulait recevoir les membres du G.A.M., les réunions de l’association avaient naturellement lieu dans la maison des PBI. Pouvez-vous donner 2 ou 3 extraits des lettres de Dorothy et Charles ? G.N. : « … notre première impression du Guatemala fut celle d’une grande pauvreté ! Une autre impression fut celle de la fréquence des postes de contrôle militaire, une demidouzaine entre la frontière et la capitale sur 100 km. Plusieurs fois, les militaires montèrent dans l’autobus pour contrôler les passagers. Plus tard un témoin oculaire vint nous dire à la maison des PBI, que sur 20 km de la même route il avait vu 20 corps de campesinos (paysans) égorgés, chacun gardé par des soldats qui veillaient à ce que le trafic ne ralentisse pas ; le jour suivant, le même témoin oculaire (je crois que c’était un conducteur de poids lourds) nous dit qu’il avait vu 20 nouveaux corps sur la même route nationale. Il dit que plusieurs de ces cadavres portaient des habits <<<< 4 trop grands, ce qui voudrait dire qu’il s’agissait peut-être de prisonniers… Le mardi 2 avril nous arrivons à la maison des PBI. Dés notre arrivée Alain Richard nous dit que le samedi précédent Hector Gomez, un membre du comité directeur du G.A.M. avait été enlevé alors qu’il attendait un autobus à quelques rues de la maison des PBI où il avait assisté à une réunion. Hector était entré au G.A.M. après la disparition de son frère. Le jour suivant, Dimanche des Rameaux, son corps fut retrouvé dans un buisson près de sa maison à Amitlán. Il avait été torturé avant d’être tué… Le jeudi 4 avril, nous recevons un appel téléphonique à 7 heures du soir de Nineth García, présidente du G.A.M. pour dire que Rosario Cuevas, la secrétaire du G.A.M. avait disparu. A 11 heures du matin elle était allée au marché dans sa caravane VW avec son fils et son frère, et n’était pas rentrée depuis… Nous avons passé les 7 heures suivantes à les rechercher. Nous avons été dans toutes les salles d’urgence des hôpitaux et au bureau des entrées. A une heure du matin, le Vendredi Saint, nous sommes arrivés au quartier général de la D.I.T., l’unité d’investigation spéciale de la police nationale, pour voir s’ils avaient une information. Les disparitions leur avaient été signalées (...) Beaucoup de gens pensent que la D.I.T. est une partie des escadrons de la mort qui enlèvent, torturent et tuent les gens. Leurs yeux me terrifièrent : « sinistre » est un mot trop doux. Je pensais que je me tenais aux portes de l’enfer, regardant ses occupants. Ils nous dirent qu’ils faisaient tous les efforts possibles pour retrouver les personnes disparues. A trois heures du matin, nous sommes arrivés à la morgue de la ville, au cimetière Verbena. Le médecin finissait justement l’autopsie de trois victimes de la circulation. Lorsque nous sortîmes trois hommes de la D.I.T. entraient et sortaient de la salle d’autopsie. Nous avons eu l’autorisation de voir les corps. C’étaient Rosario âgée de 24 ans, Augustin son fils de 2 ans et demi et Mynor le frère de Rosario 21 ans. Rosario avait une grande plaie sur le côté du visage. La figure de Mynor montrait des traces de coups. Nous ne pûmes déceler aucune marque sur le corps de l’enfant. Le rapport d’autopsie disait que la mort avait été causée par des fractures du crâne. On les avait trouvés à 7H30 du soir, dans la voiture de Rosario, dans un fossé profond sur une route secondaire près de la ville. Nous apprîmes plus tard que la voiture n’avait aucun dommage à part une petite bosse à l’arrière qui pouvait avoir été causée par une voiture la poussant. Une semaine plus tard, le rapport d’autopsie initial fut déclaré falsifié et on apprit que les trois personnes étaient mortes étranglées. En plus, le corps de Rosario avait des traces de morsures humaines et elle avait été violée… » La lettre de Doroty et Charles n’était qu’une suite de témoignages de ce type. Dans quel état d’esprit partez-vous pour le Guatemala début octobre 1985 ? G.N. : Avant de partir je rencontrai la théologienne protestante France Quere, le président de la Fédération protestante de France Jacques Maury… nous prenions contact avec Amnesty International, avec l’ACAT. Il me semble nécessaire aussi de connaître par des lectures l’histoire et le pré- Présence internationale n° 77 FRANCE >>>> sent du Guatemala avec le fondamental Les veines ouvertes de l’Amérique Latine d’Eduardo Galeano ; « Quand l’oiseau quetzal ne chante plus » d’Emmanuel Robles, in Les rives du Fleuve Bleu, qui relate en détails le coup d’État de 1954 contre le Président Arbentz ; Moi, Rigoberta Menchu ; Guatemala / Terrorisme d’Etat de Christian Rudel ; l’écrivain Miguel Angel Asturias… Ces citations n’ont pas pour fin de faire étalage de connaissances, mais doivent encourager les jeunes équipiers des PBI à se préparer en amont de l’action, avant le départ. Vous arrivez au Guatemala. Qui trouvez-vous dans l’équipe ? G.N. : Implantées en 1983 au Guatemala sous l’impulsion de Julio Quan, de Adolfo Perez Esquivel, et d’Alain Richard les PBI, fêtent à peine leur second anniversaire… Vous connaissez les principes de base de l’association ; - Présence internationale non-violente, non partisane ; - Ouverture de la maison des PBI au G.A.M. comme espace de liberté puisque toutes les portes lui étaient fermées ; - Relais pour l’opinion publique internationale ; - Accompagnement 24H/24 de personnes menacées de mort. Sous la conduite d’Alain Richard, pour lequel j’ai une grande admiration et beaucoup d’amitié, l’équipe de la Calle Mariscal -constituée de Didier Platon, de religieuses catholiques qui venaient de séjourner au Nicaragua pour l’association Witness for Peace - était très soudée moralement, idéologiquement, spirituellement. J’en garde un souvenir ému et très reconnaissant. Monsieur Petit, ambassadeur de France au Guatemala à l’époque disait que les PBI avait rempli leur rôle à 90% en empêchant des assassinats. Fin 1985, l’équipe des PBI est expulsée du Guatemala par le général Mejía Víctores, dernier acteur de 30 ans de dictature militaire. Que devient l’équipe ? Que faites-vous ? G.N. : La moitié de l’équipe partit pour le Salvador. L’autre limites nous pouvons travailler fraternellement avec d’autres par delà les races, les cultures, les frontières. Puisque des amis, comme ceux du G.A.M. nous font l’amitié de nous accueillir, essayons de ne pas les décevoir afin que ces pays de tant de douleurs redeviennent les pays de l’éternel printemps… ». Telles étaient les bases théoriques de la section française des PBI en 1986, dont j’ai été président jusqu’en 1997. Des rencontres, le retour en France de Didier Platon, des échanges avec les responsables des sections européennes ont confirmé le travail entrepris au Guatemala. Pendant ces onze années, quelles étaient les grandes lignes du travail de la section française ? G.N. : Dés 1986, avec l’envoi d’une équipe au Salvador, les demandes ont afflué de tous les continents et de tous horizons. Nous étions débordés et comme paralysés avec des appels venant d’Afrique du Sud, du Tchad, de la Palestine… Courir au plus pressé malgré les attentats contre les maisons des PBI, les attaques contre les équipiers… ce qui signifiait : accompagnement des personnes menacées, service d’actions d’urgences par fax et téléphone, formation en lien avec des syndicats, des associations de défense des droits humains et en Europe : congrès, rencontres de formation, contact avec les ministères, les ambassades, etc. Il faut ajouter qu’en ce qui concerne la section française, nos A.G. à Paris avec les amis venant de chaque coin de l’Hexagone pour un échange fraternel étaient comme un oasis pour se ressourcer et un stimulant pour poursuivre la route. Pour parler des PBI nous avons sillonné la France du Havre à Forcalquier, de Brest à Colmar, de Lille à Toulouse… participé à des débats, des week-ends, des rencontres. La contribution de la section française dans la mise en place du Projet Haïti était sans conteste très grande, voire primordiale. Pour l’histoire du projet, les amis des PBI et les lecteurs de Présence Internationale peuvent se référer au passionnant ouvrage Expériences non-violentes en Haïti, Brigades de Paix internationales, éditions Karthala. En 1997, une autre équipe a pris la responsabilité de la section française des PBI. En quoi se différenciait-elle de la précédente équipe ? G.N. : D’abord par son âge et cela était vraiment réjouissant de voir des jeunes s’engager sur une longue période. Par les méthodes de travail de l’équipe, plus médiatiques, davantage en accord avec les moyens modernes de communication, de relations publiques…Par les diplômes : alors que « la vieille garde » avait été formée par un « engagement humaniste » remontant pour la plupart d’entre nous aux années 50/60, à la guerre d’Algérie, à la naissance en 1971 de la section française d’A.I., à la création de l’ACAT à la même époque, la jeune équipe, et c’est un bien, était bilingue ou trilingue, avait voyagé, vécu à l’étranger, etc. toutes « choses » qui devaient jouer en faveur de la section française mais avec peut-être le regret qu’elle n’ait pas assez pris en compte l’expérience des anciens. moitié retourna dans les pays respectifs de l’équipe. Pour ma part, je revins en France et m’empressai de poursuivre la lutte. La veille de notre expulsion, dans une lettre qui résumait mon bref séjour, j’écrivais, m’appuyant sur la devise du G.A.M. : « Vivants, ‘ ils’ les ont enlevés / Vivants nous les voulons / Jusqu’à ce nous les retrouvions ! » … « A nous de savoir comment nous pouvons aider ces amis. Il faut beaucoup d’amitié, de patience, de compréhension, de compassion et un certain courage. Il faut un projet politique et une foi en l’Homme pour ne pas être désespéré ! Il faut se savoir solidaire de la grande famille humaine, solidaire des amis de l’ACAT, des amis d’A.I., des ‘Folles de la Place de Mai’ et des amis du G.A.M.. Il faut, pour qui croit, la foi aux prophéties d’Esaïe : ‘le désert refleurira, le loup paîtra avec l’agneau, de leurs armes ils forgeront des instruments pour les labours des champs’. Il faut, pour celui qui ne croit pas, dans le sens religieux du terme, une foi en l’Homme, une foi dans les institutions qui servent la personne humaine (la Déclaration universelle des droits de l’Homme, les remarquables constitutions de certains pays –dont celle du Guatemala, hélas inappliquée) ; il faut croire que, malgré nos différences et nos Propos recueillis par Brigitte Chambolle 5 >>>> <<<< COLOMBIE Présence internationale n° 77 Silence sur la violence faite aux femmes colombiennes Entretien avec Yolanda Beccera, directrice de l’Organisation Féminine Populaire à Barrancabermeja, accompagnée par PBI-Colombie depuis plusieurs années. Yolanda participe au groupe de travail « Femmes et conflit armé » qui vient de publier son 8èmerapport (2007-2008). C'est le premier rapport thématique qui traite de « la violence sexuelle, non seulement dans le cadre de la violence socio-politique, mais aussi celle que les femmes subissent dans leur vie privée ». uelle est la situation de la violence faites aux femmes dans le Magdalena Medio ? Y.B. : Je crois que la situation dans le Magdalena Medio est très semblable à celle des autres régions du pays. La violence contre les femmes s’est transformée en un exercice systématique, tant dans la sphère privée que publique. Ainsi, dans des régions comme le Magdalena, où se font fortement ressentir les effets du conflit armé, la violence contre les femmes s’accentue, car c’est un exercice de démonstration de force et de pouvoir, une expression du patriarcat. La violence contre les femmes est une chose quotidienne, qui de surcroît n’est pas dénoncée. La dénoncer c’est être doublement victime, parce qu’au final ce sont encore les femmes qui souffriront de la situation. Mais là encore personne n'y prête attention, car personne n’accorde d’importance à ce type de violence. L’OFP a-t-elle des chiffres sur les violences sexuelles contre les femmes dans le Magdalena Medio ? Y.B: Personne n’a ces chiffres. Les femmes dénoncent la violence générale que ce soit la violence domestique, la violence politique ou la violence contre nos proches. Mais la violence contre nous, en tant que femmes, nous ne la dénonçons pas. Cela nous coûte, d’autant plus si la violence est sexuelle. Cela nous a, d’ailleurs, coûté beaucoup de faire comprendre aux institutions, à nos compagnons, aux organisations et à nos sœurs , que derrière chaque femme violée s’exerce une violation politique. Cela a été très difficile et c’est un travail qu’il faut encore poursuivre. Il faut le professionnaliser et le systématiser. Y a-t-il des tranches d’âge plus ou moins affectées par ces violations ? Y.B. : Oui, nous avons rencontré deux classes d’âge. L’une est l’adolescence, entre 14 et 20 ans. C’est une conséquence de tout ce que l’on a vécu durant l’année 1998. On avait alors évacué beaucoup de filles, bien que de nombreuses soient mortes aux mains des paramilitaires et aussi de quelques membres de l’État. L’autre classe d’âge dans laquelle on a répertorié beaucoup de cas d’agressions se situe entre 35 et 45 ans. Comment se croisent les problématiques du déplacement forcé et de la violence sexuelle contre les femmes dans la région ? Y.B. : Je crois qu’elles ont été concomitantes, bien que beaucoup de cas n’aient pas été dénoncés. Les institutions en sont restées au niveau général des violations des droits <<<< 6 Q humains comme tels. Mais aucun intérêt particulier n’a été accordé à la violence spécifique contre les femmes. Nous avons eu connaissance d’un cas à Puerto Wilches, où une femme a été violée et aucune institution n’a réagi. La médecine légale a même nié le cas. Quelles sont les stratégies du groupe « Femmes et conflit armé » pour changer le regard sur cette violence ? Y.B. : Le groupe de travail agit de façon très importante en montrant cette réalité. Il dénonce ce que qui se passe et diffuse les informations à l'international. Il offre ainsi un espace public à la parole mais également à la douleur. Il rend la dénonciation possible et donne du courage aux femmes. Quel effet a le bas pourcentage de dénonciation de violences sexuelles contre les femmes dans la société colombienne ? Y.B. : Cela a un effet très grave. Les femmes représentent plus de 50% de la population dans ce pays. Sans dénonciations, il n’y a pas de vérité et la justice ne peut pas s’appliquer. De plus, si les femmes ne dénoncent pas, cela veut dire que plus de la moitié de la population sera dans une situation difficile pour parler de la paix, de la reconstruction de la société, des communautés, du peuple et du genre. Le viol d’une femme dans une communauté affecte toutes les femmes. Le viol d’une femme dans un pays affecte tout le pays, la famille, la société. Il faut faire un appel très large afin que l’on réussisse à percevoir réellement les conséquences de ce que cela signifie et trouver une forme de réparation. Quelle peut être cette réparation ? Y.B. : Il faudrait travailler fortement le thème des plaintes. La plainte est un premier pas vers la guérison. Le fait de raconter, le fait de s’exprimer, sont des conditions essentielles pour exorciser la peur. C’est ainsi que l’on apprend à gérer la peur. Un autre élément est le travail de la justice, dès l’instant que l’on réussit à connaître la vérité et que le responsable est puni. Mais dans la majorité des cas, quand le cours de la justice avance, c’est seulement l’auteur physique de l’acte et non pas son auteur intellectuel qui est puni. Celui qui finance, qui définit, qui planifie, qui ordonne n’est pas inquiété. Je crois également à la réparation collective et sociale. La réparation en Colombie est individuelle, il n’y a pas de réparation sociale pour les femmes. Un autre point serait la reconstruction du tissu familial et du tissu social des femmes. Nous devons conquérir une attitude générale qui consiste à considérer que ce qui arrive à une autre, m’affecte aussi. C’est un engagement vis-à-vis de la femme, de la vie, de l’autre dans le sens de la défense et de la construction des droits. Traduction du Bulletin ColomPBIa - Pascal Blum Présence internationale n° 77 NÉPAL >>>> Des journalistes népalaises en danger Malgré l’élection d’une Assemblée constituante en avril 2008 et la formation d’un gouvernement intérimaire avec à sa tête le Parti Communiste Unifié – Maoïste, le processus de démocratisation du Népal reste fragile. La liberté d’expression et la liberté de la presse, fondements de toute démocratie, sont sévèrement malmenées, notamment par les Maoïstes et les groupes armés du Teraï1. La situation est particulièrement critique pour les femmes journalistes, sousreprésentées au sein de la profession et plus vulnérables aux menaces et aux attaques. e 11 janvier 2009, Uma Singh, 26 ans, une femme journaliste de Janakpur (District de Dhanusha, sud du Nepal) était brutalement assassinée chez elle. Attaquée par un groupe de 12 à 20 hommes non identifiés, Uma Singh est la première femme journaliste à être assassinée depuis l’Accord de Paix de novembre 2006. Elle était journaliste pour la Radio Today FM et membre du Women’s Human Rights Defenders Network de Dhanusha. Elle écrivait sur les droits des femmes, contre le système des castes mais également sur des sujets politiques. L’assassinat d’Uma Singh a entraîné l’envoi en urgence d’une Mission internationale pour la liberté de la presse2 qui a dénoncé, à l’occasion de sa visite en février 2009, une « situation dangereuse pour les médias népalais »3. La Mission note que « la Fédération des Journalistes Népalais a enregistré 342 violations de la liberté de la presse en 2008, avec une augmentation significative d’attaques physiques sur les journalistes et les locaux des médias ». Depuis les accords de paix de novembre 2006, quatre journalistes ont été assassinés et les attaques, les menaces, ainsi que les actes d’intimidations et de harcèlement à l’encontre de journalistes se multiplient en toute impunité. Selon la Mission, « Ceux qui couvrent les événements de manière critique subissent des violences et les auteurs ne sont pas punis. Les autorités ne remplissent pas leurs devoirs : prévenir, punir et réparer le mal qui est la conséquence de telles agressions. (…) De plus, les liens entre les partis politiques et certains auteurs de ces actes violents prouveraient le consentement, voire une possible complicité, des partis politiques dans ces violences ». La Mission relève par ailleurs que les attaques constantes compromettent la liberté de la presse, les journalistes et les médias étant contraints à l'autocensure, « ce qui menace gravement la paix et le processus de démocratisation actuellement en cours dans le pays.» Déjà sous-représentées dans la profession, les femmes journalistes sont plus vulnérables aux menaces et aux attaques. L’assassinat brutal le 11 janvier 2009 de Uma Singh est une sinistre illustration des conditions dans lesquelles les femmes, notamment journalistes et défenseurs des droits humains travaillent. Face aux menaces, aux actes d’intimidation et de harcèlement, les femmes journalistes de Dhanusha ont demandé une protection officielle en octobre 2008, après que des dizaines d’entre elles aient été contraintes d’abandonner leur profession suite aux menaces de groupes armés. Les femmes sont doublement menacées. Elles le sont en tant que défenseurs des droits humains mais également L en tant que femmes. Dans un rapport du 10 avril 20094, Amnesty International explique que beaucoup d’entre elles sont les cibles d’attaques parce qu’elles dénoncent les fondements de la société patriarcale et les violences et abus sexuels dont les femmes sont victimes. La police népalaise refuse souvent d’enregistrer les plaintes ou d’enquêter, laissant ainsi les femmes sans protection, vulnérables à d’autres persécutions de leurs familles ou de leurs propres communautés. Fort de ces constats, PBI a adapté sa stratégie de protection des défenseurs des droits humains au Népal. En décembre 2008 lors du Face 2 Face, réunion de l’ensemble des membres du projet à Katmandou, et suite à la consultation à cette occasion des différentes organisations avec lesquelles le projet travaille, PBI a développé comme objectif à long terme le renforcement de ses liens avec les femmes défenseurs des droits humains. Cette stratégie vise à soutenir la participation des femmes au processus de paix et leur engagement pour la reconnaissance de leurs droits. Dès le mois de janvier 2009, PBI a mis en place cette nouvelle stratégie en acceptant la demande d’accompagnement formulée par Kolika Dhakal, femme journaliste pour la radio locale Kanchenjunga FM et membre de l’alliance nationale des femmes défenseurs des droits humains à Ilam, dans l’Est du Népal. Kolika Dhakal a publié le 17 janvier un article au sujet des collectes d’impôt illégales effectuées par les groupes Limbuwan5 sur la route de Mechi. Avant la révélation de ces informations à la radio, Kolika Dhakal a reçu des menaces. Du fait du sentiment d’insécurité qui s’est amplifié pour les femmes journalistes depuis l’assassinat de Uma Singh, il a été décidé qu’elle devait être rapatriée à Katmandou. Le 24 janvier, PBI l’a accompagnée lors de son retour à Ilam et étudie de nouvelles demandes d’accompagnement de femmes défenseurs des droits humains. Myriam Renaud et Elise Tillet Dagousset Voir le rapport 2008 de Reporters sans frontières : http://www.surlestracesdepepe.org/ index.php?view=article&catid=42%3Ala-vie-au-nepal&id=72% 3ALiberte+de+la+presse+au+N%C3%A9pal&option=com_content&Itemid=74 2 La Mission internationale était représentée par Article 19, la Fédération internationale des journalistes (IFJ), l’International Media Support (IMS), l’International Press Institute (IPI), Reporters sans frontières (RSF), l’UNESCO et le Word Press Freedom Committee (WPFC). 3 Voir le communiqué de presse publié le 8 février 2009 sur le site de Reporters sans frontières : http://www.rsf.org/article.php3?id_article=30258 4 Amnesty International : Nepal’s government fails to protect women human rights activists: http://www.amnesty.org/en/news-and-updates/news/nepal-government-fails-protectwomen-human-rights-activists-20090410 5 Les groupes Limbuwan sont des groupes politiques opérant dans l’est du Népal. Ils demandent à ce que Limbuwan deviennent une province autonome fédérale à l’Est de la rivière Arun. 1 7 >>>> <<<< MEXIQUE Présence internationale n° 77 Femmes et défenseuses des droits humains au Mexique uelques jalons pour comprendre Le Mexique est une fédération de 120 millions d'habitants, et de 32 états autonomes et un District Fédéral. Il y a autant de codes civils que d'états, même chose pour l'enseignement, la santé ou le salaire minimum (entre 5 et 10€ / jour). La disparité économique est très grande : certains secteurs peuvent être très industrialisés, et riches, comme autour de Mexico, Monterrey, Guadalajara ou Puebla. Mais loin des villes, on peut rouler dans la montagne sur des centaines de km de routes de terre ; ce sont souvent des régions indigènes (environ 6 millions de personnes). A l'intérieur du pays, il est fréquent de traverser des villages à la population disparate : les femmes sont parties à la ville comme domestiques, les hommes aux États-Unis, restent des vieux, des enfants et quelques adultes désorientés. L'économie du village dépend alors de l'envoi de remesas (argent envoyé par les émigrés à la famille restée au pays). Enfin on parle parfois de 1/3 ou la moitié de l'économie qui serait liée à la mafia. Il faut aussi compter avec les rivalités entre la/les polices et l'armée dans la lutte contre les cartels ou parfois pour le contrôle de certains secteurs. Sans parler de la corruption traditionnelle. La frontière Mexique - USA est le seul endroit au monde où un pays très riche et un pays – globalement - très pauvre se côtoient sur près de 3 000 km. C'est donc une zone de tension, zone principale de passage des clandestins ; du côté mexicain se multiplient en vrac les maquilas, usines d'assemblage construites dans les années 60 pour profiter d'une main d’œuvre efficace et bon marché, et les centres de plaisir - souvent de simples bordels. Femmes victimes et femmes en lutte La femme est souvent la victime de la brutalité domestique, de la misère et de l'alcool. L'Assemblée nationale à Mexico a adopté, il y a dix-huit mois, une loi pour lutter contre les violences infligées aux femmes : Loi générale pour l’accès des femmes à une vie sans violence. Mais si les lois ne sont pas correctement appliquées et si les fonds nécessaires ne sont pas alloués pour leur mise en œuvre, elles ne contribueront guère à améliorer la vie des nombreuses femmes en danger. Par ailleurs, on assiste ici comme ailleurs à la criminalisation du mouvement social et particulièrement des défenseuses des droits humains. Elles sont poursuivis, perdent leur emploi, reçoivent des menaces constantes... quelques exemples – pris parmi beaucoup d'autres – illustrent leur force et leur détermination. 1 - Tout au long de 2008, l'Organisation du peuple indigène Me'phaa (OPIM), accompagnée par PBI, a souffert d'une campagne d'agressions et de criminalisation... Obtilia [présidente de l'OPIM dans le Guerrero] est un bon exemple de la violence dirigée contre une femme – mère, indigène, pauvre et lutteuse sociale... L'espoir de <<<< 8 Q ceux qui la traquent est qu'Obtilia s'arrête, préoccupée pour ses filles ou son fils, sa famille, son époux... outre le fait qu'elle a un rôle essentiel dans son organisation. Obtilia raconte que son organisation est née en partie pour remédier au problème de la violence intrafamiliale, d'où la forte participation des femmes en son sein. Elle ajoute que l'organisation a réussi à égaliser les rapports hommes-femmes et à réduire notablement le problème de l'alcoolisme masculin, principale source de violence dans le couple. Le 30 mars 2009, devant les menaces de plus en plus violentes, la Cour interaméricaine des droits de l’homme et l’Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés ont lancé avec de nombreuses autres organisations une campagne de sensibilisation internationale en faveur de cette femme (et de la cause qu'elle représente). 2 – L'AFADEM, autre organisation accompagnée par PBI est représentée dans le Guerrero par Tita Radilla, une femme qui n'était pratiquement jamais sortie d'Atoyac et qui, pour rendre justice à son père disparu en 1 974, enchaîne maintenant les voyages en Amérique du Nord et en Europe. 3 – Enfin la OMESP (Organisation des femmes écologistes de Petatlán) est menée par Celsa Valdovinos qui allie écologie et renforcement du pouvoir d’agir des femmes. Ce sont elles qui cultivent, qui nettoient la forêt, qui développent des projets productifs. Celsa a consolidé son projet pendant que son mari, Felipe Arreaga était en prison (prisonnier de conscience adopté par Amnesty International) ; il l'aide aujourd'hui dans son travail associatif. Croix érigées le 10 avril 2008 à Ciudad Juarez, en mémoire des centaines de jeunes femmes disparues dans cette seule ville depuis 1993. Faut-il désespérer pour autant ? Au Mexique comme ailleurs, il faut être solidaire pour résister et tenter d'inverser le cours des choses. Et c'est dans le combat non-violent pour le respect de l'homme - et de la femme - que la présence de PBI aux côtés d'autres observateurs, nationaux et internationaux, prend tout son sens… Michel Lambert Présence internationale n° 77 INDONÉSIE >>>> Être femme dans une équipe de terrain de PBI-Indonésie Carole Reckinger, 27 ans, native du Luxembourg a rejoint l’équipe de Jayapura en Papouasie en mars dernier après avoir passé plus d’un semestre à travailler sur l’île de Java pour Caritas. Elle nous fait part de ses impressions concernant les volontaires féminines au sein du Projet Indonésie. ous avez passé déjà presque une année en Indonésie, entre Java et la Papouasie. Jusqu’à présent comment percevez vous la condition particulière des femmes que vous avez pu rencontrer ou observer ? Quelles sont les premières différences qui vous sont apparues ? Pour moi en tant que femme, c’est beaucoup plus facile de vivre à Jogjakarta, sur l’île de Java. Je m’y suis sentie en sécurité comme nulle part ailleurs. Je n’ai jamais eu peur de me balader seule, y compris le soir. Rien à voir avec Londres, par exemple, où j’ai vécu 5 ans ! Les Javanais sont curieux mais ils respectent une certaine distance physique ce qui est très agréable. Le taux de criminalité est très faible pour une ville de cette importance. De manière générale, les femmes ont un comportement réservé, presque soumis, vis-à-vis des hommes. Le respect dont elles font preuve de manière visible, publique, est un marqueur très fort de l’identité javanaise. Les rapports entre les sexes sont clairs. Les codes sociaux établis depuis des siècles évitent toute idée de conflit. La religion joue un rôle prépondérant pour la statut de la femme. Les femmes catholiques, et peut-être de manière plus forte les musulmanes, essayent de vivre conformément aux représentations que leurs croyances ont fabriquées. En Papouasie, je me sens davantage vulnérable. En tant que femme, j’ai peur de me déplacer seule, même pendant la journée. Il n’y a pas la même distance « spatiale » entre les gens et le fort taux d’alcoolisme, essentiellement masculin, accroît la menace. L’extrême tension, à tous les niveaux de la société (politique, social, économique, racial) se cristallise dans ce ressenti d’insécurité personnelle. Les problèmes vous arrivent au visage, immédiatement quand vous débarquez à Jayapura. La condition des femmes est différente de celle de Java, les violences domestiques sont ici plus qu’ailleurs encore, un fait banal et très répandu. Ce manque de respect envers les femmes est perceptible de manière intense et parfois bruyante. Comment les femmes indonésiennes en général, papoues en particulier, peuvent-elles se faire entendre ? En Papouasie, le dialogue social et politique est pour ainsi dire inexistant. Les débats sur les enjeux propres aux Papous d’origine (par opposition aux Indonésiens venus via les incitations gouvernementales du programme de transmigration) sont très limités. Le souci de la condition féminine est encore moins présent sur le devant de la scène. Les V femmes n’ont pas de ‘voix’ dans un contexte où la répression militaire sanctionne la moindre revendication ethnique. Au regard du « dialogue social », les femmes n’ont pas leur mot a dire. Ceci dit le dialogue social est très faible. L’espace pour un dialogue est plus visible à Java. Et par conséquent, les femmes y ont un peu plus de place. Selon vous, pourquoi la question du « genre » estelle un des principaux thèmes de réflexion et de questionnement au sein du Projet PBI ? En quoi la vie quotidienne d’une volontaire diffère-t-elle de celle d’un volontaire ? Lors des rendez-vous professionnels par exemple, l'attitude des autorités est très différente lorsqu’une volontaire y prend part. Les volontaires masculins ont remarqué qu’une délégation sans femme a droit à des réunions de travail sans allégations hors de propos ou digressions étrangères à l’ordre du jour. Quand une femme est présente, l’ambiance et le comportement changent. Très souvent, les autorités posent des questions beaucoup plus personnelles, plus familières aussi. Cela peut les amener à aborder des questions plus délicates et sensibles ! Parfois nous pouvons en tirer profit mais l’impression que j’en ressors est que nous ne sommes pas prises au sérieux. Mes collègues partagent cette opinion. Au sein du projet, on « débriefe », on en parle souvent, notamment pour éviter de l’oublier. De la même manière que la société très patriarcale et machiste ignore l’avis de ses femmes, une équipe multi-culturelle pourrait tomber dans quelques travers semblables. Il est important d’en parler ouvertement, avec tout le monde. De part la pression inhérente au travail, on peut vite oublier que les femmes n’ont pas les mêmes possibilités de mouvement (déplacements physiques et comportement social). Nous essayons ainsi d’élargir et de rafraîchir la prise de conscience de ce point crucial. Et de trouver des réponses appropriées. Personnellement, quelles stratégies mettez vous en place pour assurer votre propre intégrité afin de vivre pleinement votre expérience de soutien aux défenseurs des droits de l’homme en zone de conflits ? Le fait d’en parler, de formuler mes impressions et de voir que ce sentiment d’insécurité est partagé par mes collègues masculins, fait du bien. Le dialogue et le soutien sont primordiaux. C’est important de pouvoir demander à un autre membre de la maison-bureau PBI de m’accompagner si je ne me sens pas tranquille dehors et de ne pas être raillée pour cela. J’ai aussi repéré quelques endroits sûrs, où je peux me rendre seule pour me retrouver avec moi-même et me ressourcer pleinement. Propos recueillis par François Perrinet 9 >>>> <<<< GUATEMALA Présence internationale n° 77 Les travailleuses guatémaltèques des maquiladoras face à l’impunité Les maquiladoras sont des usines implantées dans des pays où la main d’œuvre est peu chère, qui bénéficient d'une exonération des droits de douane pour pouvoir produire, à partir de composants importés, des marchandises ensuite réexportées. elon les données du Ministère du Travail et de la Prévision Sociale, 75% de la main d´œuvre des maquiladoras textiles est composée de jeunes femmes, âgées de 22 à 41 ans, dans leur majorité célibataires, sans accès à l´éducation et provenant de zones rurales. Dans un rapport, la Coordination nationale contre la flexibilité au travail1, entité constituée par plusieurs centrales syndicales, dénonce de nombreuses violations des droits des travailleurs dans ce secteur, entre autres : des journées de travail de 10 à 12 heures, de nombreux manquements au paiement de la sécurité sociale, des mauvais traitements, du harcèlement sexuel2 ainsi que des violations continues du droit à la santé et à la sécuri- S té sur les lieux de travail (interdictions de boire ou d´aller aux toilettes durant les heures de travail). Ce rapport conclut que le principal obstacle à l'amélioration de ces conditions de travail est l´impunité pratiquée dans le pays : « les représentants de la justice au lieu de protéger ces travailleuses favorisent les entreprises et leur permettent de changer de nom et d'adresse avant d´émettre quelque acte de justice prévu par la loi ». Quant à la Section de conciliation de l´Inspection générale du travail, elle rapporte que plus de 60% des plaintes émises contre les maquiladoras en 2004 concernaient des licenciements abusifs3. La Procureur pour les droits humains du Guatemala (PDH) a enregistré la fermeture de vingt maquiladoras textiles en 2008, dans lesquelles les droits des travailleurs n' ont pas été respectés4. De leur côté, les organisations syndicales5 ont dénoncé les restrictions persistantes à l'exercice des activités syndicales, notamment par l'établissement de listes noires et par des menaces de licenciement. Le cas Choi & Shin´s Co. Ltd. A la demande d´un groupe de travailleuses, l´équipe de PBI Guatemala a observé fin 2008 la fermeture d´une manufacture maquiladora, Choi Shin Ltd. Il s'agit de la filiale d´une société sud coréenne : la Choi & Shin´s Co. Ltd. Cette manufacture et Cima Textiles, qui appartenait à la même société, sous-traitaient la majeure partie de leur production pour la marque américaine Liz Clairborne (LC). Elles avaient leurs propres syndicats : SITRACIMA et SITRACHOI, les seuls à être implantés dans le secteur des maquiladoras. CIMA Textiles a fermé en 2007, au moment où ont pris fin les 10 années d'exonération fiscale, en laissant des centaines d´ouvriers sans emploi. Mais à la suite de pressions syndicales, un fort pourcentage de ces personnes ont retrouvé un emploi au sein de la société sœur, laquelle fonctionnait depuis 20 ans. Mais début 2008, la société s´est déclarée en faillite et a cessé sa production en juillet. Visite aux femmes du syndicat SITRACHOI durant l´occupation pacifique pour réclamer la réouverture de l´entreprise en novembre 2008 - PBI D´après Rafael Antonio Sanchez Morales, avocat de la Fédération syndicale des travailleurs du secteur de l'alimentation, de l'agroalimentaire et activités similaires <<<< 10 Présence internationale n° 77 GUATEMALA >>>> au Nicaragua où la société possède également une unité de production textile. Rappelons que SITRACHOI et SITRACIMA étaient exemplaires en tant qu'organisations syndicales au Guatemala : elles avaient réussi à s’implanter en 2001 et à obtenir la signature d'un accord collectif en 2003. Depuis 2005, les syndicats renégociaient cet accord, exerçant une pression constante sur l'entreprise9. L´Association pour un travail juste (FLA, son sigle en anglais) dont la marque LC fait partie, a entrepris d'enquêter sur la possible relation entre la fermeture de l´entreprise et la présence du syndicat10. Extrait de l´entrevue avec Ingrid Gomez, membre de l'équipe de direction de SITRACHOI quelques jours avant l´abandon de l´usine : « Nous demandons juste qu’ils nous payent en totalité toutes les prestations prévues par la loi parce qu´ils ne vont pas nous rendre notre travail (…) Ma famille n'en peut plus ; ma fille, la plus jeune doit rester seule à la maison. On nous a coupé l´eau, l'électricité. Nous sommes toutes couvertes de dettes et avec ce qu´ils vont nous donner nous ne pourrons pas faire face (…) Certaines de nos camarades sont malades, elles doivent aller à l´hôpital ; nous ne pouvons pas rester plus longtemps, et nous resterions pour quoi ? Nous n’y croyons plus. Ils sont en train d'emporter toutes les machines, le stock de tissus et n´ont même pas pris la peine de négocier une seule fois avec nous ». Bulletin PBI Guatemala 03/09 - traduction Marion Sornay 1 Coordination composée de l´Union Syndicale des Travailleurs du Guatemala (UNSITRAGUA), du Centre pour l´Action Légale en faveur des Droits Humains (CALDH), du Comité pour l´Unité Paysanne (CUC), de la Coordination Nationale d´Organisations Paysannes (CNOC), de la Fédération Nationale des Syndicats de Travailleurs de l´État du Guatemala (FENASTEG), du Syndicat des Travailleurs de l´entreprise Prensa Libre et Annexes (STEPLEA) et de la Fédération Syndicale des employés de Banque et d´Assurances (FESEBS). 2 Le Guatemala n´a pas tenu la promesse faite lors de la signature des accords de paix d´adopter des lois qui interdisent et sanctionnent le harcèlement et les agressions sexuelles. Voir http :www.albedrio.org/htm/noticias/lh020207.htm 3 Voir http://www.segeplan.gob.gt/, le site Internet du Secrétariat à la Programmation et à la Planification de la Présidence, (SEGEPLAN). 4 Données de la Procuradora de los Derechos Humanos de Guatemala, citées par Marco Vinicio Hernández, avocat des travailleurs et des syndicalistes. 5 Entrevues avec David Morales de la Fedération syndicale des travailleurs du secteur de l´alimentation, de l'agroalimentaire et activités similaires du Guatemala (FESTRAS). 6 L´Inspection du Travail compte 280 inspecteurs sur tout le territoire national. Selon la Procaduria de Derechos Humanos du Guatemala, l´Inspection du travail n´assume pas sa responsabilité de tutelle, mais plutôt un rôle de négociateur avec les entreprises et les travailleurs/ses, perdant ainsi leurs confiance. 7 Cf. Art 82 du Code du Travail du Guatemala. 8 Entrevue avec David Morales, Rafael Antonio, et Shenny Godinez de FESTRAS et entrevue avec l'équipe de direction de SITRACHOI (07/11/2008 et 11/11/2008) 9 1 Voir le rapport Paz, El Laberinto de la Soledad, CFE, Codes de conduite, COVERCO, sur oir Octavio de la Commission de vérification des 1999. 2 formation veut dire guerrier manufactures la Guerrero du syndicat dans les en espagnol. CIMA et Choi Shin 10 Voir http://lizclairborneinc.com/rights/conduct.htm : le Code de Conduite de LC établit 3 Contrôle de la vie locale par un cacique, un notable. la liberté d'association désignés populairement 4 C’est ainsi que sontet de négociation collective.les enlèvements au Mexique. Entrée de la maquila CHOISIN, SA, fermée en juillet 2008 / PBI (FESTRAS), les représentants syndicaux se sont mis en contact avec les représentants commerciaux de la marque LC, qui leur ont fourni des documents prouvant que la demande en production était restée inchangée. Le ministère du Travail et de la Prévision sociale guatémaltèque a demandé à l´entreprise qu´elle lui remette les preuves de sa faillite, mais celle-ci n´a pas répondu. La justice guatémaltèque a donc exigé la réouverture de l'usine. Après l´arrêt de la production, un groupe de travailleuses, faisant usage de leur droit, se sont relayées pour surveiller l´usine la nuit. Au bout de trois mois et malgré les visites de la PDH, l´entreprise, avec l´appui de l´Inspection du Travail6 guatémaltèque, a finalement liquidé son activité en négociant des indemnisations équivalentes a 50% du salaire minimum mensuel, à raison d´un mois par année travaillée, pour 568 travailleur/ses et de 100% du salaire minimum mensuel pour une cinquantaine de personnes. Selon le Code du travail7 guatémaltèque, l'indemnisation aurait dû être calculée en prenant comme base de calcul le salaire perçu au cours des 6 deniers mois travaillés, heures supplémentaires et bonifications incluses. Les travailleuses licenciées travaillaient en moyenne depuis 10 ans dans l´entreprise. Afin de revendiquer le respect de leurs droits, six membres de l'équipe de direction de la SIRACHOI décidèrent de continuer les négociations et l´occupation de l'usine jusqu’à la minovembre, date à laquelle les derniers représentants du syndicat abandonnèrent l'occupation8. Selon les représentants de la FESTRAS, la fermeture des deux usines serait directement liée à la présence de syndicats. Ils pensent que la production a été délocalisée 11 >>>> <<<< PBI-SECTION FRANÇAISE Présence internationale n° 77 S'impliquer avec PBI >>> Devenir bénévole Pour devenir bénévole et aider régulièrement ou ponctuellement, il faut - avoir un peu de temps à donner ; - être ouvert et convaincu de l’efficacité de la non-violence Les 12, 13 et 14 Juin 2009 à Tournefeuille (31) Le Festival Camino est le seul événement dont la vocation est de valoriser la culture de la non-violence de manière ludique, festive et populaire. Concerts, animation de rue, expositions, projections, spectacles, scène ouverte d'expressions artistiques, village associatif, procès théâtralisé, espace "cultures du mondes"... Organisé par l'Association columérine socio-éducative, le Festival Camino est unique en Europe. Après 3 jours de folies en juin 2006 (12 000 participants), la deuxième édition s'annonce explosive ! Mais attention, pas question ici de pacifisme. La nonviolence, c'est avant tout une arme pour lutter contre toutes les formes d'injustice sans utiliser la violence. Cette manifestation sera le fruit de diverses actions éducatives avec jeunes des quartiers, élèves et enseignants... Mais aussi partenaires privilégiés : associations humanitaires, AMAPS, entreprises d'éco-construction, services municipaux... Sans oublier les nombreux artistes qui seront présents tout au long du festival. Les objectifs ? Sensibiliser le public à d'autres possibles, d'autres manières de vivre, d'échanger, de consommer. En proposant des alternatives concrètes. Provoquer des rencontres créatrices d'initiatives collectives. Un festival catalyseur d'initiatives citoyennes. A ne manquer sous aucun prétexte ! Grâce à deux adhérents-bénévoles, PBI France sera présent au stand du Comité Intervention civile de Paix en compagnie d’associations partenaires (Pax Christi, Équipe de paix dans les Balkans, Collectif Guatemala...). Renseignements : ACSE - Festival Camino - 19, allée du Val d'Aran - 31770 Colomiers Tél : 05 61 78 40 74 Mél : festivalcamino@gmail.com Site : http://www.festival-camino.com/ Programme complet sur www.acse.info >>> Nos actions Appui aux Projets À chaque projet de terrain correspond un “référent”, chargé du suivi du projet au sein de la section nationale. Il/elle informe les candidats au volontariat, assure une veille informationnelle, et est la courroie de transmission entre le comité qui gère le projet et la section nationale. L’appui aux projets passe également par la recherche de fonds et le travail inter-associatif. Réseau d’appui / réseau d’alerte Il appartient aux sections nationales de constituer un réseau d’appui : celui-ci est composé de personnalités – élus locaux, députés, membres d’ONG – qui ont connaissance de notre action et la soutiennent moralement ou politiquement. En cas de difficulté rencontrée sur le terrain par un volontaire ou une personne accompagnée, ce réseau est sollicité pour une réaction immédiate auprès des autorités concernées. Communication > Communication externe Il s’agit de la création et la mise à jour des documents d’information (plaquettes, bulletin trimestriel etc.) et de la gestion de la liste de la liste de diffusion de PBI. Il faut également assurer la publicité des événements auxquels participent PBI, en tant qu’organisateur comme en tant qu’invité. > Communication interne En tant que membre d’une organisation internationale, PBI-section française doit participer à la vie de celle-ci : contribuer aux publications générales, se positionner sur différentes questions, participer à des rencontres internes etc. >>> Devenir volontaire Pour devenir volontaire il faut : - parler l’espagnol pour les projets latino-américains ou l’anglais (et être disposé à apprendre la langue du pays) pour les projets en Asie ; - avoir une expérience associative préalable est souhaitable. Chaque projet prend en charge la formation du volontaire, un voyage aller/ retour, le séjour sur place, l’assurance et une petite indemnisation mensuelle. On demande au volontaire de s’engager pour une durée initiale d’un an. Consultez le site Internet : www.pbi-france.org REJOIGNEZ-NOUS Je deviens membre de PBI-section française Adhésion au tarif ◊ Normal, 30 euros ◊ Réduit (étudiants, petits budgets) 15 euros ◊ De soutien, 60 euros L’adhésion comprend l’envoi du Rapport annuel et les invitations aux événements de PBI en France. Elle ne comprend pas l’abonnement au bulletin trimestriel Présence internationale. Je m’abonne au bulletin Présence internationale ◊ 10 euros par an Je souhaite participer aux activités de PBI dans ma région ◊ Suivi des missions ◊ Organisation d’événements Je souhaite faire un don de ◊ 30 euros, ◊ 60 euros, ◊ 100 euros, ◊ Autre : …… euros Nom : ......................................................................................................... Prénom :…………………………………………………… Adresse : ………………………………………………………………………………………………………………………… Code postal : …………………………………………… Ville : …………………………………………………….…. Tel. : …………………………………………………………… E-mail : …………………………………………………….... <<<< 12 9. Présence Internationale printemps 2009 (pdf 1.6 MB) 8. Présence Internationale Hiver 2009L'actualité des projets et de PBI France à l'hiver 2009. P SOMMAIRE Édito résence internationale p. 2 Bulletin numéro 76 Hiver 2009 Portraits de la section française de PBI p. 3 L'assemblée trisannuelle de PBI, l’ONGI p. 4 COLOMBIE / Le quotidien d’un accompagnateur à Bogota p. 5 NÉPAL / Aux côtés des proches des disparus dans leur quête de vérité et de justice p. 6 GUATEMALA / Programme na- tional de réhabilitation : attentes, résultats et perspectives p. 8 MEXIQUE / « Les Brigades de paix, une école de la vie ! » p. 10 PBI France p. 12 Sylvain fait l’un de ses premiers accompagnements à Nueva Venecia, Colombie PBI section française 21 ter, rue Voltaire 75011 Paris Tel./fax : 01 43 73 49 60 Émail : pbi.france@free.fr www.peacebrigades.org « Je suis plus consciente que jamais du rôle important joué par les Brigades de paix internationales et du travail qu’elles font dans mon pays où chaque jour l’horreur dépasse la fiction, tout comme je suis consciente que je leur dois la vie et celle de ma famille. » Osiris Bayter, ex-présidente de la Corporation régionale de défense des droits humains, Barrancabermeja, Colombie Peace Brigades International est une organisation non gouvernementale internationale officiellement reconnue par le département de l’information de l’ONU. PBI est une organisation indépendante de tout intérêt économique, tendance politique ou croyance religieuse. À la demande expresse d’associations locales menacées, PBI organise une présence internationale protectrice dans les zones de conflit afin de sauvegarder l’espace politique nécessaire à l’action de la population civile en faveur d’une résolution non-violente des conflits. <<<< FRANCE Présence internationale n° 76 Chers lecteurs, Il ne vous a certainement pas échappé qu'a été célébré, en décembre 2008 le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme (DUDH). PBI a participé à ces commémorations de deux façons bien différentes… Grâce à l'une de nos membres qui y travaille, PBI a été invité à une commémoration organisée par le Barreau de Paris dans son hôtel particulier de l'île de la Cité. Occasion de faire le point sur la situation des droits humains en 2008 : le caractère « universel » si novateur en 1948 est maintenant contesté par des pays asiatiques -qui voudraient que soient mieux reconnues leurs « valeurs » (prééminence du collectif sur l'individuel, respect de l'autorité)- et par l'Organisation de la conférence islamique (désireuse de poser des limites à la liberté religieuse et à la liberté d'expression). Par ailleurs, la lutte contre le terrorisme, devenue pour certains prioritaire à la suite des attentats du 11 septembre 2001, malmène certains grands principes. Face à la contestation du caractère universel de ces droits, François Zimeray, ambassadeur français pour les droits de l'Homme, nous livre un argument imparable : quelles que soient la race, la religion, la culture, la souffrance de la personne dont les droits sont bafoués est la même. Quant à Stéphane Hessel, dernier rédacteur en vie de la DUDH, il rappelle que cette déclaration ne valait pas mise en oeuvre : elle a été complétée par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), par le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), eux-mêmes développés dans de nombreuses conventions. Avec une sérénité souriante et optimiste, il relève que le nombre de démocraties a beaucoup augmenté depuis 1948, gage d'un meilleur respect des droits humains. Quelques jours avant, dans une auberge de jeunesse de la périphérie de Hambourg, PBI tenait son assemblée trisannuelle, organe suprême de décision de PBI. 60 participants, venant d'une quinzaine de pays différents, ont travaillé avec assiduité pendant 6 jours. Vous trouverez quelques échos de ce travail p. 4. PBI France travaille tous les jours à la protection des droits humains mais par moments, la petite équipe animatrice se demande si elle répond bien à l'attente de ses membres. C'est pourquoi nous avons adressé fin décembre, à un certain nombre d'entre vous, un petit questionnaire. Un grand merci aux 23 membres qui nous ont répondu. Si malheureusement, à une ou deux exceptions près, la plupart d'entre vous sont trop peu disponibles pour participer plus « activement » toutes les réponses nous encouragent à continuer. J'ai été particulièrement touchée par plusieurs témoignages d'anciens, comme celui de cet adhérent de 87 ans qui donne à PBI sa mini-pension militaire « heureux de détourner ainsi vers le service de la paix une toute petite partie du budget militaire... » : c'est grâce à eux que PBI France s'est constitué et que nous pouvons aujourd'hui participer à cette belle aventure. Brigitte Chambolle <<<< 2 Présence internationale n° 76 FRANCE >>>> Portraits de la section française de PBI Nous poursuivons ici la série -commencée dans le précédent numéro de Présence internationale- de portraits de bénévoles de PBI France qui s’engagent pour soutenir le travail global de l’ONGI et de ses Projets de terrain. Frédéric et Elise nous racontent comment ils ont connu PBI, pourquoi et comment ils ont progressivement rejoint notre équipe. « Pourquoi je me suis engagé à PBI ? Mon adhésion au mandat de PBI a été le fruit d’une réflexion personnelle sur la solidarité internationale. Je partage en effet le sentiment de la nécessité de réformer une certaine éthique « humanitaire » pour apporter de nouvelles réponses aux inégalités Nord Sud, notamment politiques. Les ONG occidentales doivent aujourd’hui s’adapter à un contexte politique mondial contrasté, marqué par la montée en puissance des sociétés civiles du Sud. A mon sens, un des enjeux de cette évolution se situe dans les modes de partenariat entre société civile du Nord et du Sud. La non ingérence de PBI ouvre pour moi un champ trop peu exploré de la solidarité internationale. L'application faite de ce principe fonde des partenariats concrets respectant totalement les cultures, les connaissances et les compétences des organisations de la société civile en place. Elle parvient ainsi à réconcilier l'action internationale et la volonté des peuples à disposer d'eux mêmes, PBI ne se supplantant pas aux organisations nationales existantes. Ceci comme facteur déclencheur.... ce qui m'a petit à petit permis de découvrir la richesse de l'action globale de PBI. Qu’est-ce que je fais à PBI ? Cela fait maintenant une année que je participe bénévolement aux différentes activités du groupe français de PBI en parallèle d'une activité associative salariée. Souhaitant dès le départ m'engager en tant que volontaire accompagnateur sur le projet Colombie, j'ai pu ainsi grâce au mode de recrutement de PBI vivre une période de formation active en m'intégrant peu à peu à l'équipe française. Aujourd'hui une nouvelle phase commence pour moi : je pars sur le projet colombien de PBI ! Donc une pensée émue et amicale pour tous les militants de PBI France que j'ai côtoyés durant cette année riche en expériences… » Frédéric Latour « Écrire quelque chose sur PBI... Écrire quelque chose de bien sur PBI... Ca va être publié tout de même ! C'est toujours quand il faut mettre des mots sur ce qui est évident, que soudainement je butte. Pourquoi je me suis intéressée à PBI ? Je ne vais pas vous dire qu'intégrer PBI est un rêve de petite fille, mais tout simplement la suite logique d'événements qui m'ont amenée à travailler au quotidien pour les défenseurs des droits humains. Chargée de mission droits de l'Homme au barreau de Paris, je lance des actions de mon petit bureau parisien en faveur d'avocats se trouvant dans des situations où exercer leur mission relève du challenge quotidien. Aujourd'hui, je ne veux plus seulement être derrière mon ordinateur, mais sur le terrain aux côtés de ces hommes et de ces femmes qui chaque jour risquent leur vie pour défendre les droits fondamentaux de tous. Ce que j’apprécie à PBI France ? Déjà convaincue de l'intérêt de l'organisation, j'ai particulièrement apprécié la disponibilité et l'encadrement de PBI France tout au long de la procédure de recrutement. Enfin, une mention spéciale peut-être pour la journée d'initiation à l’intervention civile de paix du 20 novembre dernier, organisée par PBI France en collaboration avec le Comité ICP et le Collectif Guatemala. Il ne me reste plus désormais qu’à espérer que la prochaine note que j'aurai à rédiger vous sera envoyée du Népal* ! » Elise Tillet Dagousset * Elise assistera à la formation du Projet Népal du 14 au 21 février. 3 >>>> <<<< FRANCE Présence internationale n° 76 L'assemblée trisannuelle de PBI, l’ONGI Anne, coordinatrice à mi-temps de PBI France et moi, avons participé à l'assemblée triennale de PBI à Hambourg. Difficile d'en faire un compte-rendu : le dossier préparatoire fait 121 pages et le résumé des décisions prises (ou proposées) 40 pages ! C'est dire que je fais le choix de ne pas être exhaustive … et d'être un peu subjective (dans ce dernier cas, j'écris en italique). ’ambiance C'est ce qui reste quand on a tout oublié ! Atmosphère très studieuse, et beaucoup de gentillesse. Mais ce qui m'a le plus frappée, c'est la modestie de chacun : des participants souvent très compétents mais libérés de cette pénible obligation toujours sous-jacente dans la vie professionnelle (au moins celle que j'ai connue) d'avoir à « se vendre », à faire mousser l'organisation pour laquelle on travaille. Chacun des 5 Projets PBI étaient représentés ainsi que 10 des 15 groupes nationaux. Étaient également présents presque tous les membres du Conseil international (« Conseil d'administration ») et les permanentes du bureau de Londres. Toutes ces entités avaient fait un rapport préparatoire et les Projets ont présenté leurs équipes et leur travail. Mais le plus nouveau m'a semblé être l'audit qu'avait fait un consultant extérieur sur le fonctionnement du Secrétariat international (ISEC), car il mettait en lumière ce qu'il fallait améliorer pour que PBI produise le meilleur de lui-même. Principaux sujets traités - Le Secrétariat international, ou le gouvernement de PBI, se compose actuellement de plusieurs entités : 1. Le Conseil international (IC) comprend 14 membres et autant -sinon plus- d'observateurs. Il fonctionne par conférences téléphoniques ; ses membres ne se retrouvent qu'une fois par an, ce qui contribue à limiter son efficacité. Il est proposé de le scinder en deux entités : un Conseil international de gouvernement ( International Governance Council) qui assurerait les fonctions de représentation (notamment vis-à-vis des donateurs) et d'élaboration d'une stratégie à long terme et un Conseil exécutif (International Operations Council) qui assurerait la coordination et le suivi des différentes entités de PBI (à moyens égaux cela sera-t-il plus efficace ?) 2. Plusieurs comités internationaux de natures et de fonctions très diverses. Bravo pour le comité financier qui a su faire considérablement progresser les finances de PBI international (Projets + Secrétariat international) passées de 100 000 dollars US en 1998 à 380 000 dollars en 2007 (plusieurs entités ont recruté des « fundraisers » professionnels dont le travail à plein temps consiste à lever des fonds). 3. Le Bureau international basé à Londres, structure salariée permanente dont la petite taille m'a surprise (2,6 équivalents temps plein). Éloges unanimes pour le dévouement et les compétences de cette mini-équipe ! - Une plus grande ouverture aux différences sexuelles et <<<< 4 L ethniques : si j'ai bien compris, ce souci d'ouverture devrait se concrétiser de différentes façons : 1. Que le combat mené par PBI pour le respect des droits humains prenne en compte celui pour le respect des minorités sexuelles. (Il me semble que cette ouverture est déjà acquise, puisque PBI accompagne, par exemple, au Guatemala, des associations comme LESBIRADAS ou OASIS, association de défense des droits des gays, lesbiennes, bisexuels et transgenres, dont les représentants ont fait une tournée en France en 2008). 2. Une plus grande diversité dans les équipes (mais là, PBI ne se heurte-t-il pas à des réalités incontournables : les volontaires du sexe féminin sont beaucoup plus nombreuses que ceux du sexe opposé -au Guatemala l'équipe ne compte en ce moment que des femmeset, par ailleurs, la vie d'un occidental en est encore à valoir plus que celle d'un citoyen du Sud, si bien que l'effet dissuasif d'un accompagnement est plus efficace si l'accompagnant est occidental. Tout le monde convient qu'être crédible et respecté des autorités locales est une nécessité pour PBI. C'est pourquoi deux volontaires français ont récemment accepté, l'un de couper ses cheveux longs, l'autre de se raser la barbe, pour pouvoir partir en Colombie. Il m'apparaît donc que « promouvoir la diversité », tout le monde est d'accord, dans la mesure où il n'y a pas d'autres priorités !) Ce que l'assemblée a aussi fait Elle a travaillé sur le soutien à apporter aux volontaires, le développement de nos publications et de l'intranet, l'accessibilité des archives de PBI … Ce que l'assemblée n'a pas travaillé 1. Une présentation concrète et attrayante du travail des équipes. Certes nous étions là pour réfléchir au « gouvernement » de PBI, pas pour écouter des reportages, des témoignages. Mais ces derniers seraient bien utiles pour stimuler la motivation de ceux qui ne peuvent aller sur le terrain... un peu de séduction ne fait pas de mal ! 2. Un travail sur les trois principes de PBI : non-violence, noningérence, impartialité, comment se vivent-ils dans l'engagement quotidien ? Y a-t-il des débats à ce sujet ? 3. La prise de décision par consensus : un autre grand principe de PBI. Je suis sensible à tout le bien qu'en dit Sylvain dans ce numéro et je conçois bien que ce fonctionnement soit motivant pour une petite équipe opérationnelle. Personnellement l'expérience que j'en ai faite dans l'atelier auquel je participais à Hambourg a été négative : le consensus n'a pas fonctionné et nous avons perdu un temps qui aurait -à mes yeux- été plus utilement employé autrement. L'expert qui a audité PBI recommande de « définir le mode de décision par consensus, quelles décisions doivent être prises par consensus et à quel moment ». Ce sujet n'a pas été abordé pendant cette assemblée. Brigitte Chambolle Présence internationale n° 76 COLOMBIE >>>> Le quotidien d’un accompagnateur à Bogota 1er janvier 2009. Cinq mois déjà ont passé depuis mon arrivée au sein du Projet Colombie des Brigades internationales de la Paix en tant que volontaire d'accompagnement. Cinq mois nécessaires pour prendre ses marques et ses repères, s'intégrer à une équipe de onze personnes vivant et travaillant ensemble 24h sur 24. Les trois premiers mois peuvent être déroutants. On se sent un peu perdu, on cherche sa place, on observe, et parfois, on se sent un peu inutile. Heureusement, j'ai eu la chance de réaliser de nombreux accompagnements dès le début, ce qui m'a permis de vite prendre mes marques sur le terrain et d'assimiler les discours de l'organisation. Partir en mission est généralement ce qui motive le plus les nouveaux volontaires, moi le premier, et c'est compréhensible. Mais le travail du volontaire ne se résume pas seulement aux accompagnements, loin de là. ette semaine il me faut écrire le compterendu hebdomadaire de l'actualité. Chaque matin donc, au réveil en prenant le petitdéjeuner, lecture de la presse et ensuite petit résumé des articles les plus intéressants. Deux ou trois fois par semaine, certains volontaires rendent également visite aux organisations accompagnées dans leurs bureaux à Bogota, pour faire le point sur les demandes d'accompagnements, les éventuelles menaces, la conjoncture actuelle, fixer la réunion mensuelle ou encore les inviter à la maison pour parler de leur organisation aux nouveaux volontaires qui viennent d'arriver pour 15 jours de formation à Bogota avant de partir dans leurs équipes respectives. D'autres sont occupés à préparer un entretien avec un général de l'armée afin de présenter notre travail et de faire part des préoccupations de PBI suite à différents incidents concernant une ONG accompagnée. Chaque lundi et vendredi après-midi, c'est réunion d'équipe. Celle du lundi est dédiée à l'actualité des organisations, aux éventuelles pétitions, ainsi qu'à différents thèmes divers et variés plus ponctuels. Celle du vendredi concerne des thèmes plus internes à la vie du Projet, comme les « corsems » -documents hebdomadaires dans lesquels chaque équipe ou section présente son actualité, ses préoccupations et ses réflexions, et qui sont un des principaux moyens de communication interne au Projet. On y discute aussi de l'actualité du pays et d'autres thèmes apparus au cours de la semaine. Ces réunions sont parfois interminables et peuvent durer jusqu'à 6 h. Inutile de préciser qu'on en sort quelque peu épuisé. Hier, il m'a fallu préparer l'accompagnement que je vais effectuer la semaine prochaine dans la région du Cauca, après que l'équipe s'est réunie pour répondre favorablement à la demande d'accompagnement et décider des personnes qui voyagent. Il s'agit tout d'abord de faire l' « AdR », l'analyse de risque, un document qui nous permet d'évaluer la conjoncture de la région où l'on se déplace. Pour le réaliser, nous appelons l'armée, la police, les institutions civiles nationales et internationales présentes dans la région concernée pour obtenir des informations, on consulte la presse ainsi que C l'ONG accompagnée, et on se sert des AdR précédentes. Ensuite, on présente ce document aux autres membres de l'équipe puis aux coordinateurs pour l'approuver. Je peux ainsi envoyer par fax les lettres avertissant les autorités locales, nationales et internationales de notre mission. Tous ne répondent pas. On réessayera demain. Enfin, la personne habituellement chargée des réservations d'avion se trouvant en vacances, il me faut réserver les billets. Réunions, lecture, préparation des missions et travail politique constituent les tâches principales qui occupent nos semaines. Mais au-delà du travail concret, découvrir PBI c'est aussi assimiler la prise de décision par consensus et s'intégrer au sein de l'organisation horizontale qui lui correspond, structure atypique tant on est habitué à l'organisation verticale qui structure nos sociétés et caractérise le fonctionnement de l'immense majorité des entreprises et même des associations. Au début on se dit, chouette, plus de patron !!!! Mais le consensus, impossible de savoir ce que c'est tant qu'on ne l'a pas vécu. Prendre une décision sur laquelle plus de 50 personnes doivent trouver un accord n'est pas chose aisée, c'est peu de le dire... Des heures de débats, parfois pour en revenir... au point de départ. Et le degré d'adhésion au consensus dépend quelque fois de facteurs totalement extérieurs à la décision en soi : l'humeur du moment, l'état de fatigue, les tensions pouvant exister entre certaines personnes, ou encore l'importance accordée par chacun à la décision. De plus, même s'il n'existe pas de chef, une hiérarchie informelle qui épouse le charisme ou caractère des uns et des autres se dessine le plus souvent et reflète l'influence de certaines personnes. Bref, on se demande parfois comment ça marche, et on se prend parfois à rêver d'un chef, ou d'être soi-même le chef ! Personnellement je pense que pour moi le retour à une forme plus hiérarchique d'organisation sera difficile. Car au final, malgré tous les efforts que requiert le fait de pouvoir donner son avis sur tout, avoir la chance de voir son opinion prise en compte lors de chaque décision fait que l'on se sent vraiment concerné par la vie du Projet. Sylvain Lefebvre 5 >>>> <<<< NÉPAL Présence internationale n° 76 Aux côtés des proches des disparus dans leur quête de vérité et de justice Une nuit, des hommes armés firent irruption chez Sunamati et repartirent avec son mari, sans expliquer ni où ni pourquoi ils l’emmenaient. C'était le 17 avril 2002. Sunamati n'a jamais revu son mari depuis et ignore tout de son sort. L'histoire de Sunamati est emblématique du phénomène des disparitions forcées1au Népal, qui détenait en 2003 et 2004 le sinistre record du plus grand nombre de disparitions forcées dans le monde. Le district de Bardiya, où vit Sunamati, a été particulièrement touché et enregistre le nombre le plus important de disparitions au Népal. Alors que le Bureau du Haut commissariat aux droits de l’Homme des Nations unies (HCDH) vient de publier un rapport sur les disparitions forcées dans le district de Bardiya2 et qu’une équipe de PBI s’y établit de manière permanente afin de renforcer sa présence internationale auprès des proches de disparus. e district de Bardiya, largement rural et sousdéveloppé, se situe dans l'Ouest du Teraï, la région qui borde la frontière sud du Népal. Le Teraï, c'est un autre visage du Népal, loin des clichés largement répandus sur le pays. Ici, pas de sommets enneigés ni de hauts plateaux, mais de vastes plaines fertiles, parsemées de rizières et de forêts subtropicales. Sur la route qui mène à Baidi, le village où vit Sunamati, on croise des charrettes à bœufs, des rickshaws colorés et des troupeaux d’imposants buffles. La proximité avec l’Inde est évidente, et cela ressort également de la configuration ethnique du Teraï, principalement peuplé de communautés plus proches culturellement et linguistiquement de l'Inde que des groupes ethniques des collines et montagnes du Népal. Sunamati est membre du Conflict Victims Committee (CVC), une organisation réunissant des proches de disparus et accompagnée par PBI depuis 2007. Le CVC se veut un groupe mixte, en ce qu’il réunit des victimes tant des forces de sécurité que des Maoïstes. Tous les membres du CVC appartiennent à la communauté tharue. Discriminés et marginalisés au Népal, les Tharus, qui constituent 52% de la population du district de Bardiya, ont payé un lourd tribut au conflit qui a opposé les Maoïstes au gouvernement népalais de 1996 à 2006. Ainsi, sur les 170 cas de disparitions forcées dans le district de Bardiya qui ont fait l’objet d’une enquête approfondie du HCDH, 85% des victimes sont d’origine tharue. 156 cas sont imputables aux forces de sécurité et 14 aux Maoïstes. Le fait que les Tharus aient été systématiquement ciblés par les forces de sécurité pendant le conflit est étroitement lié au contexte socio-économique local. Le rapport du HCDH explique ainsi que les problématiques liées à la distribution des terres, à la discrimination et au manque de représentation politique3, sont au cœur du conflit dans le district de Bardiya. Jusqu'en 1860, date à laquelle le Teraï fut rendu au Népal par les Britanniques en échange du soutien militaire apporté par les Népalais, les Tharus auraient été les seuls habitants des plaines de l'ouest du Népal, <<<< 6 L Réunion du Conflict Victims Committee largement infestées par la malaria. Après l'éradication de la maladie dans les années 1950, l'État a encouragé la migration de populations de haute caste issues des collines népalaises, plus proches du pouvoir en termes de caste, ethnie et culture. Discriminés par les autorités népalaises et privés d'un accès à la justice, les Tharus ont été frauduleusement dépossédés de leurs terres au profit de riches propriétaires terriens appartenant aux castes supérieures. Vulnérables à l’exploitation et aux abus, la majorité de la population tharue a été réduite au statut de locataire ou de kamaiya (une forme de travail forcé). Cette situation a favorisé l’émergence de mouvements revendiquant des droits pour les Tharus, y compris le droit à la terre. Le plus significatif de ces mouvements, qui réclamait la fin du système kamaiya , a abouti, en 2000, à l’abolition de cette pratique. La décision de « libérer » les kamaiyas aurait alors créé un sentiment d’insécurité parmi les propriétaires terriens, qui commencèrent à percevoir les Tharus comme une menace. Cette méfiance fut exacerbée en 1996, avec le lancement de la « Guerre du Peuple » par les Maoïstes. La stratégie des Maoïstes dans la région consistait en effet à mobiliser les groupes marginalisés, dont les Tharus, contre l’« exploitation des propriétaires terriens féodaux ». S’il n’existe pas de chiffres fiables, il est établi qu’un nombre significatif de Tharus aurait rejoint les Présence internationale n° 76 NÉPAL >>>> rangs des Maoïstes, parfois à la suite d’intimidations et de menaces. Les organisations tharues et les représentants des organisations non gouvernementales locales s’accordent à dire que cette situation a créé, dans l’esprit des propriétaires terriens, une confusion entre les Maoïstes et les mouvements pour les droits des Tharus. Du fait des liens entre les propriétaires terriens et les autorités népalaises, cette perception était également répandue parmi les autorités et les forces de sécurité locales. Beaucoup de Tharus ont été les victimes de cet amalgame, en particulier entre 2001, à la suite de la déclaration de l’État d’urgence en novembre, et le cessez-lefeu de 2003. Cette période, marquée par le déploiement de l’Armée royale du Népal (ARN), s’est soldée par des violations massives et systématiques des droits humains et du droit international humanitaire, tant de la part de l’ARN que des Maoïstes. Le rapport du HCDH, qui se concentre sur cette période, explique notamment que toute personne suspectée par l’Armée de liens avec les Maoïstes était systématiquement arrêtée, dans le contexte des opérations de contre-insurrection menées dans le district de Bardiya. Les enquêtes du HCDH sur les 156 cas de disparitions forcées imputables aux forces de sécurité ont démontré que la plupart des victimes étaient des civils, et que seuls 26 des disparus étaient effectivement membres du Parti communiste du Népal maoïste. La disparition forcée est un crime au regard du droit international. Elle affecte non seulement la Un volontaire PBI dans la région du Teraï personne disparue mais également ses proches, qui vivent dans l’angoisse de l’attente, parfois pendant de nombreuses années. Il s’agit d’une violation continue, qui a également un impact économique, lorsque la personne disparue est la source principale de revenus au sein du foyer. Depuis la disparition de son mari, Sunamati vit dans l’attente d’une réponse. Une attente douloureuse, nourrie par les promesses répétées, mais jamais tenues des autorités népalaises. Sans éducation et sans aucune source de revenus, elle doit élever seule ses deux enfants. Avec les autres membres du CVC, elle demande que la lumière soit enfin faite sur le sort de leurs proches disparus, que les responsables soient identifiés et traduits en justice, et que des réparations leur soient accordées. A ce jour, les auteurs de ces violations graves des droits humains et du droit international humanitaire jouissent d’une impunité quasi-totale et le sort des disparus demeure inconnu, bien que le gouvernement népalais et les Maoïstes se soient engagés, dans l’Accord de Paix de 2006, à faire la lumière sur le sort des disparus dans un délai de 60 jours. Le Népal n’a pas encore ratifié la Convention des Nations unies pour la protection de toute personne contre les disparitions forcées, et le droit népalais n’incrimine ni la torture ni les disparitions forcées. Un projet de loi visant à incriminer les disparitions forcées a été déposé en novembre 2008 mais beaucoup reste encore à faire pour garantir les droits des victimes à la vérité, la justice, et des réparations. Compte tenu du caractère éminemment politique des violations, des mesures doivent également être prises pour assurer l’indépendance des enquêtes et des poursuites, ainsi que la sécurité des victimes et témoins. Alors que le Népal traverse une période de transition, marquée par l’élection d’une Assemblée constituante en avril 2008, l’abolition de la monarchie et la proclamation de la République, ainsi que la formation d’un nouveau gouvernement mené par les Maoïstes, mettre fin à l’impunité des crimes du passé est nécessaire pour poser les fondements d’une paix durable. Présents aux côtés des membres du CVC depuis 2007, PBI va s’établir de manière permanente dans le district de Bardiya, notamment afin de répondre aux éventuels besoins de protection des membres du CVC suscités par le développement de leurs activités. Suite à la publication du rapport du HCDH, les membres du CVC se préparent à déposer des plaintes contre les Maoïstes et les forces de sécurité. Jusqu’à présent, l’équipe de PBI opérait à partir de Katmandou. La présence d’une seconde équipe à Bardiya, et l’ouverture d’un bureau dans le district permettra une plus grande visibilité et efficacité de sa mission de protection, auprès des membres du CVC et des avocats du bureau local d’Advocacy Forum. Myriam Renaud 1 Selon l’article 2 de la Convention des Nations unies pour la protection de toute personne contre les disparitions forcées (http://www2.ohchr.org/french/law/ disappearance-convention.htm) : « On entend par ‘disparition forcée’ l'arrestation, la détention, l'enlèvement ou toute autre forme de privation de liberté par des agents de l'État ou par des personnes ou des groupes de personnes qui agissent avec l'autorisation, l'appui ou l'acquiescement de l'État, suivi du déni de la reconnaissance de la privation de liberté ou de la dissimulation du sort réservé à la personne disparue ou du lieu où elle se trouve, la soustrayant à la protection de la loi. » 2 Publié en décembre 2008, le rapport du HCDH est disponible en anglais à l’adresse Internet suivante : http://nepal.ohchr.org/en/resources/Documents/ English/reports/HCR/2008_12_19_Bardiya_Report_E.pdf 3 La situation a évolué avec l’élection de l’Assemblée constituante en avril 2008, qui se veut plus inclusive et représentative de la diversité ethnique du Népal. 3 des 4 sièges du district de Bardiya ont ainsi été remportés par des Tharus représentant le Parti communiste du Népal - maoïste. 7 >>>> <<<< GUATEMALA Présence internationale n° 76 Programme national de réhabilitation : attentes, résultats et perspectives. Au début des années 1990, des organisations de la société civile demandèrent à l’État d’assumer ses responsabilités et de mettre en place un programme de réhabilitation1 en faveur des victimes du conflit armé (1960-1996). Ces premières négociations avec les institutions d’État prirent fin avec la signature des Accords de Paix, qui prévoyaient la création d’un système de réparation pour les victimes2. les financements furent gâchés en frais de fonctionnement4. Certaines organisations quittèrent la table des négociations en dénonçant des faits de racisme et de discriminations5. L’intervention du président de la République, Oscar Berger, eut pour conséquences la fin de la participation des organisations civiles qui se retrouvèrent dans un conseil consultatif sans droit de vote. La CNR fut alors uniquement constituée de représentants du gouvernement. C’est dans ces conditions que le PNR opéra. Fin 2005, il établit ces premiers chèques individuels à l’ordre des populations les plus affectées par le conflit et contracta des organisations Célébration religieuse après une inhumation, CONAVIGUA - PBI 2008 spécialisées pour commena genèse du Programme cer le travail d’exhumations des cimetières clandestins Au même moment, la Loi de réconciliation et la ‘dignification’ des victimes. nationale donna au Secrétariat pour la Paix Conception et mise en place du programme (SEPAZ) la responsabilité de mettre en œuvre Les principales missions du Programme sont la reune politique de réparation, qui se concrétisa par la construction du tissu social et la réconciliation natiomise en place de quatre projets de réparation intégrale nale. Pour cela, il instaure les mesures suivantes : la au bénéfice des populations du Quiché, département restitution matérielle des terres et la garantie juridique, le plus violemment touché par la guerre. l’habitat et les investissements productifs, la réhabilitaEn 1999, la Commission pour la clarification historition économique et culturelle,6 les mesures de que (CEH) rendit un rapport final comportant des re‘dignification’ par la conservation de la mémoire histocommandations sur la réparation des violations aux rique et les procédures d’exhumation et d’inhumation, droits humains commises pendant la guerre. Il s’agiset enfin les mesures de réparation et de soutien psysait de débuter par un Programme national de réparachosocial individuel et collectif. tion « à caractère urgent »3. En 2002, un premier projet Le concept d’intégrité exige la mise en place de mesude Loi de réparation est rejeté par le Congrès. Il faut res coordonnées dans le temps et l’espace, dans le resattendre 2003 pour qu’un Accord gouvernemental pect des spécificités culturelles et de la forme de vie (258-2003) crée le Programme national de réhabilitades victimes survivantes du conflit armé7. tion (PNR). Le 16 juillet 2003, se réunit la première Commission nationale de réhabilitation (CNR). Mais En dépit de ce principe fondamental, reconnu par les les éternelles discussions entre les différents représenpropres victimes du conflit armé qui sollicitaient ces tants du PNR et de la CNR sur les politiques de répamesures de ‘dignification’, par un accompagnement ration paralysèrent l’effectivité du programme et tous psychosocial et des mesures collectives (et pas seule- L <<<< 8 Présence internationale n° 76 GUATEMALA >>>> ment individuelles), le Programme débuta uniquement avec des mesures de réparations économiques. Le PNR réorienta sa vision de la réparation intégrale par la nécessité de mettre en place des mesures concrètes et en raison de la très grande pauvreté dans laquelle vivent les communautés affectées8. Au début, la remise isolée de chèques provoqua de vives tensions et des conflits à l’intérieur même des communautés et des familles, découvrant ainsi parfois un sentiment de culpabilité9. S’élevèrent alors de fortes critiques qui dénoncèrent la transformation du Programme vers un marchandage de la douleur10. Par suite, le PNR reconnu la nécessité d’apporter un soutien psychosocial après chaque remise de chèque afin de désamorcer les conflits. Selon certaines organisations de défense des droits humains, le travail social, à quelques exceptions près, échoua11. Jusqu’à aujourd ’hui, le PNR s’est seulement évertué à soulager la douleur, sans promouvoir la construction d’un tissu social entre les communautés12. La réhabilitation, pour réussir, devra se fonder sur l’objectif d’une réparation intégrale et non pas sur la séparation entre victimes et bourreaux13. Pour conclure, et selon le PNR lui-même, le Programme n’a pas répondu aux attentes des populations affectées par le conflit armé, qui attendaient une attention à leurs besoins et non une aide ponctuelle de l’État. Tout cela se traduit dans l’opinion publique : 60 % de la population n’a pas une idée claire du concept de réhabilitation et le reste le perçoit comme une aide économique14. Limites et obstacles La plus grande limite de ce Programme est sa faiblesse institutionnelle. Il fut créé par un Accord gouvernemental qui peut être modifié ou abrogé à tout moment. De plus, le fait qu’il ne dispose pas de fonds propres, constitua un frein à la mise en place d’actions concrètes, telles que les procédures d’exhumations et d’inhumations et les accompagnements psychosociaux15. En outre, l’existence de procédures administratives bureaucratiques et trop lourdes,16 ont représenté, pour les usagers, un gâchis en terme de déplacements, de temps alors même que le Programme est en principe gratuit17. A ce jour, il manque au Programme, un système de monitoring et d’évaluation, un plan de travail, une capitalisation de l’expérience et un registre national des victimes18. En considérant que c’est l’État qui fut responsable des violations des droits humains pendant le conflit armé et lui-même qui provoqua les difficultés d’identification des victimes, il lui reviendrait la responsabilité de faciliter l’accès à la réhabilitation pour toutes les victimes19. Nouvelles tendances Début 2008, le PNR prit une certaine distance, en terme de financement, avec la Coopération internationale dans l’exécution du Programme. En dépit des changements annoncés, le PNR continue de mener une politique stérile de remise de chèques et de mise à disposition de logements. Il commença son action mi 2008. Malgré un programme en cours de restructuration et des déficiences évidentes20, les organisations de la société civile craignent que le programme actuel représente un gâchis en terme et de financement, de temps et d’efficacité21. En outre, certaines initiatives envisagent la prolongation du programme dans le but d’atteindre une réconciliation et une réparation sociale intégrale22. Le projet de Loi de réparation, qui met fin à la fragilité judiciaire du PNR et légalise l’objectif de réparation intégrale et sociale, sera prochainement soumis au Congrès23. Son approbation serait la preuve d’une véritable volonté de se doter des bons outils et de mettre en œuvre une politique intégrale de toutes les instances de l’État pour la réhabilitation du peuple guatémaltèque dans son ensemble24. Traduction du bulletin du Projet Guatemala Virginie Barber 1 La réhabilitation est un terme général qui inclus plusieurs mesures de réparation : restitution, dédommagement, réhabilitation, satisfaction et mesures efficaces pour que cessent les violations. Résolution 60/147 approuvée par l’Assemblée générale des Nations unies (ONU) le 16 décembre 2005. http://www.ohchr.org/spanish/law/reparation.htm 2 Entre autres, par exemple, l’Accord sur « Conograma para la implementacion de los Acuerdos de Paz », exige la mise en vigueur du programme de réhabilitation, Chapitre III, Réhabilitation, P.71 3 CEH Guatemala : Mémoires du Silence, Chapitre V (Recommandations), numéros 7 et 8 4 PNR : La vie n’a pas de prix : Actions et omissions de la Réhabilitation à Guatemala, Guatemala, 2007, p.60 5 Entretiens avec le GAM, Ville de Guatemala, 22 juillet 2008 6 Ces mesures furent inclues sous la pression des organisations communautaires telles que CONAVIGUA. Ces mesures sont destinées à la récupération des différentes composantes de la culture et du tissu social des communautés affectées, cit. La vie n’a pas de prix. p.114 7 Principe de Maya Kem, ibid, pp. 107-121 8 GTZ et PNUD Rapport d’évaluation commune du Programme national de réhabilitation et des Programmes de soutien au PNR, Guatemala, décembre 2007, pp.11, 61 9 Idem p.155-164 (avec exemples concrets) 10 Bureau des droits de l’Homme de l’Archevêque de Guatemala (ODHAG). : Mobilisation de la mémoire : à 10 ans du REHMI. Guatemala, avril 2008, p.73 11 Cit. Entretien PBI avec CONAVIGUA. P.72 12 Cit. La vie n’a pas de prix. P.96-100. Mobilisation de la mémoire. p.74 13 Cit. Rapport d’évaluation commune. p. 158-160 14 PNR Entre l’héritage du conflit et les défis du futur : étude d’opinion publique sur la réconciliation et la réhabilitation dans l’aire métropolitaine de Guatemala. Guatemala. Décembre 2007. p.27 15 Cit. Rapport d’évaluation commune. pp. 34 et 45. Entretien PBI avec CONAVIGUA 16 La Loi temporaire spéciale pour l’identification et la documentation des personnes fut adoptée puis abrogée. Par conséquent, beaucoup de victimes en attente de documentation furent exclues du processus. 17 Cit. Rapport d’évaluation commune. p.158-160 18 Idem. p. 48-54 19 Cit. La vie n’a pas de prix. p.183 20 Idem. p.8-16 21 Le Programme fut approuvé pour cinq ans et nécessite au minimum trois ans pour se mettre en place. 22 Proposition de durée de 30 ans (équivalente au conflit). Entretien PBI - CONAVIGUA. 23 24 Projet de Loi du Programme national de réhabilitation. Registre 3551. 09/11/06. Rosalina Tuyuc Velasquez. Cit. La Vie n’a pas de prix. p. 23-25 9 >>>> <<<< MEXIQUE Présence internationale n° 76 « Les Brigades de paix, une école de la vie ! » A la différence de la plupart des volontaires, mon entrée dans l’équipe s’est faite très rapidement. Moins d’un mois après l’entraînement je commençais mon insertion dans le MEP (Mexico Project). Mon arrivée a coïncidé avec la réunion de l’ensemble du Projet, qui se tient deux fois par an. Un bon moyen de connaître tout le monde et de vite entrer dans le bain. Voilà trois mois que je travaille dans PBI… Et voici mes premières impressions. artir ou rentrer ? Montée dans une « camioneta » cahotante, en route pour Ayutla où Obtilia de l'OPIM (Organisation du peuple indigène Mephaa) nous attend, je ne me pose plus vraiment cette question. Je ne me la suis d’ailleurs jamais vraiment posée. Partir, rentrer….des mots qui ne veulent pas dire grand-chose. Je me sens autant chez moi de ce côté-ci de l’océan que de l’autre. J’ai grandi en Amérique latine et je suis aussi costaricienne que française. Le Mexique, où je vis depuis maintenant deux ans, m’a pourtant étonnée à bien des égards : par son immensité, par sa diversité, par ses inégalités. Mais surtout par sa culture foisonnante et le « ser mexicano »1. J’avais cependant une vision tronquée, limitée au DF (district fédéral, la capitale), une ville en route vers le « premier monde » dans un pays à la traîne. PBI représentait l’occasion de découvrir cet endroit sous un nouvel angle. C’était aussi un moyen d’acquérir de l’ « expérience terrain » une expression ressassée par les employeurs et passage obligé pour continuer à travailler dans l’humanitaire. C’était surtout et enfin quelque chose de nécessaire. Ras le bol des stages, enfermée entre quatre murs, la vue fixée sur un ordinateur, soi disant à retaper le monde ! J’avais besoin de m’engager à plein temps dans une cause qui en valait la peine. PBI, par ses principes m’a tout de suite plu. La non ingérence surtout. Nous n’avons rien à apporter. Par notre seule condition d’étrangers nous pouvons dissuader des attaques sans rien prétendre apprendre à des gens bouleversants par leur courage et leur combat. Facile donc la décision ? Pas autant que cela ! Plus qu’un travail, PBI rime avec vie en communauté. Beaucoup de règles et de discipline en perspective. Peu d’espace pour soi-même. Savoir si je voulais faire ce sacrifice m’a pris du temps. Surtout que cet engagement est généralement mal perçu. Au Mexique il est impensable de travailler sans gagner un salaire, aussi misérable soit-il. Le volontariat ou le bénévolat, n’existent presque pas. Quant aux amis et aux proches, ils comprennent mal le mandat de l’organisation. Les mesures de sécurité et les implications de la vie en groupe, comme le fait de devoir prendre toutes les décisions par consensus, ne pas pouvoir décider de son temps libre ou ne pas avoir de week-end à soi ne peuvent être conçus par beaucoup d’entre eux. Mais, PBI en vaut la peine ! <<<< 10 P Guerrero, le dur Guerrero, l’État où travaille principalement PBI, est à l’instar de son nom2. Outre les caciquismes3 et la corruption, structures archaïques qui subsistent malgré le changement de régime et le déclin du parti unique, le Parti révolutionnaire institutionnel, il est l’un des principaux territoires disputés par les « narcos ». Quotidiennement les journaux rapportent des assassinats, disparitions ou « levantones »4. Il n’est pas rare de trouver des personnes décapitées, preuve d’une violente lutte entre cartels de la drogue. Par ailleurs, sur les 32 états mexicains, le Guerrero est 26e dans les indicateurs socio-économiques. Il affronte de gros problèmes de pauvreté qui touchent principalement les communautés indigènes. Violence, inégalités, impunité et injustice, l’état de Guerrero en devient un foyer de mobilisations sociales avivées par le refus de dialogue d’un gouvernement qui criminalise en toute impunité les organisations sociales. Derrière le paravent de la « lutte contre la drogue », l’État se militarise et vit presque à l’heure d’un régime d’exception ou d’urgence. Les abus envers les activistes sociaux, que le gouverneur a récemment assimilés au « crime organisé », se multiplient. Ces problématiques sont peu connues des Mexicains. La répression et le harcèlement des défenseurs des droits humains sont souvent ignorés. Combien de fois n’ai-je pas, dans la limite des règles de confidentialité et d’impartialité de PBI, partagé mon expérience avec mes amis mexicains incrédules, qui n’en croyaient pas leurs oreilles. Et pourtant nous vivons dans le même pays, les faits rapportés sont tous consultables dans la presse ! Dans ce contexte, les personnes accompagnées que m’a permis de rencontrer PBI sont sans doute la plus grande richesse acquise ! Je ne peux qu’admirer et respecter profondément ces hommes et ces femmes militants qui continuent leur lutte malgré les menaces de mort, la diffamation ou les faux procès juridiques montés à leur encontre. L’expérience PBI est très forte au niveau humain et permet de connaître des personnalités inoubliables. Être sur le terrain, signifie aussi se former sans arrêt. L’alternance entre travail de bureau, réunions et accompagnements demande une très grande flexibilité. Nous sommes en quelque sorte « multitâches ». L’é- Présence internationale n° 76 MEXIQUE >>>> aussi de mobiliser le réseau d’appui quand quelque chose de grave arrive. A Guerrero nous sommes confrontés à une répression plus « subtile », basée sur la criminalisation de la lutte sociale. Nous déclenchons rarement des alertes où il est question de vie ou de mort. Régulièrement donc la question de l’utilité de sa présence revient dans la vie du volontaire MEP ! Il suffit cependant de comparer le sort de nos accompagnés avec celui d’autres organisations pour se rassurer. Si notre présence ne fait pas disparaître les menaces, elle empêche qu’elles se concrétisent. L’apprentissage de la vie en groupe Vivre dans PBI signifie bien plus qu’une colocation. Il faut cohabiter mais aussi travailler nuit et jour avec six à sept personnes dans un même Les volontaires du MEP participent à un atelier de santé mentale dans le cadre de la réunion semestrielle espace. Pas question de faire bande à de tout le Projet, à la maison PBI de Chilpancingo, octobre 2008 part ou de prendre des décisions unilatérales. Chacun a son mot à dire. L’écoute de l’autre quipe concrétise le Projet, elle le fait vivre. Et pour ceet le consensus sont de mise. Si ce dernier s’avère péla il faut se mettre en quatre, faire deux ou trois choses nible à certains moments, il est le gage de la légitimité à la fois, toucher à tout. Se mettre aux finances et à la du Projet. Personnellement, il m’apprend chaque jour comptabilité, écrire quelques articles, utiliser sa capacila patience et l’humilité. té d’analyse, plonger dans les relations publiques, se L’équipe est un appui, un soutien mais peut très vite dédier aussi à des tâches plus pratiques comme celle de devenir un vase clos. Il est très important de se troutenir la maison. Puis passer aux accompagnements et ver des activités à l’extérieur. Or Chilpancingo n’est aux heures de voyages à travers l’ensemble de Guerrepas une ville très remuante et il est dur de s’y faire des ro. Là, pas de travail à proprement parler, juste ouvrir amis. C’est sans doute ce qui me pèse le plus. En ougrand ses yeux et ses oreilles, savoir profiter de la prétre, chaque volontaire avale, sans arrêt, des doses élesence des accompagnés, de leur expérience et de ce vées de stress et de pression non seulement par le qu’ils peuvent nous faire vivre humainement. Surtout, contexte de groupe que nous expérimentons mais par il faut constamment prendre des décisions. Des déciles problématiques de répression auxquelles nous nous sions toute petites comme des décisions qui peuvent heurtons. Pour décompresser nous avons chaque mois changer la vie de tout le Projet. des ateliers de « santé mentale ». Bien sûr, PBI apporte aussi son lot de doutes et de Au sein de PBI j’ai toutefois vraiment rencontré des questions. Comment construire une relation de personnes d’horizons très divers. Toutes intéressantes confiance avec les personnes que l’on accompagne et motivantes. Rapidement, des liens très forts se tislorsqu’on sait le difficile contexte dans lequel elles visent, difficilement descriptibles. vent (elles ne peuvent pas toujours être disponibles) et Difficile d’en dire plus pour l’instant. Au-delà du traquand les volontaires ne restent pas plus d’un an sur le vail fourni par PBI, au-delà de l’originalité du Projet et terrain ? Cette valse des nationalités en fatigue plus de sa validité, les Brigades de paix sont une véritable d’un. J’ai ainsi conscience qu’il y a certains accompaformation, une école de la vie. Il me reste encore beaugnés que je ne verrai que deux ou trois fois pendant coup à découvrir. mon année. Frustrant ? Plus qu’un volontaire en partiMarianne Bertrand culier, c’est le travail de PBI et le Projet dans son ensemble qui sont indispensables. 1 Voir Octavio Paz, El Laberinto de la Soledad, CFE, 1999. Par ailleurs le Mexique n’est pas la Colombie. Nous ne 2 Guerrero veut dire guerrier en espagnol. 3 Contrôle de la vie locale par un cacique, un notable. sommes pas dans un conflit ouvert et il est parfois dur 4 C’est ainsi que sont désignés populairement les enlèvements au Mexique. de mesurer l’efficacité de notre présence. Plus difficile 11 >>>> <<<< PBI-SECTION FRANÇAISE Présence internationale n° 76 S'impliquer avec PBI >>> Devenir bénévole Pour devenir bénévole et aider régulièrement ou ponctuellement, il faut - avoir un peu de temps à donner ; - être ouvert et convaincu de l’efficacité de la non-violence >>> Nos actions PBI France, en consortium avec les ONG Nonvio- lent Peaceforce, Collectif Guatemala et le Mouvement pour une Alternative Non-violente / Comité Français pour une Intervention Civile de Paix (coordinateur du consortium) a répondu en juin 2008 à l’appel à initiatives du Ministère des Aff a ir e s ét r an g è r e s et eu ro p ée n n es « Renforcement des organisations des sociétés civiles du Sud pour la promotion de la démocratie et le respect des droits de l’Homme dans ces pays. » Le projet proposé par notre consortium « Renforcer la protection et favoriser les capacités d’action des défenseurs des droits de l’Homme et plus particulièrement des défenseurs des droits économiques, sociaux et culturels en s’appuyant sur les principes de l’intervention civile de paix » a été accepté et sera cofinancé par le MAEE en 2009 et 2010. Il permettra notamment de soutenir le travail des Projets PBI au Mexique, en Indonésie et au Népal. Les objectifs de ce projet sont : 1/ Renforcer la professionnalisation de l’accompagnement des défenseurs des droits de l’Homme des pays du Sud et le partage de compétences Nord-Sud/Sud-Nord. 2/ Renforcer la visibilité et la capacité d'action des défenseurs des droits de l’Homme et de la société civile du Sud. 3/ Faciliter la mobilité et améliorer la visibilité des acteurs locaux et ONG de défense des droits de l’Homme du Sud par le renforcement des actions de communication et de plaidoyer en Europe. Appui aux Projets À chaque projet de terrain correspond un “référent”, chargé du suivi du projet au sein de la section nationale. Il/elle informe les candidats au volontariat, assure une veille informationnelle, et est la courroie de transmission entre le comité qui gère le projet et la section nationale. L’appui aux projets passe également par la recherche de fonds et le travail inter-associatif. Réseau d’appui / réseau d’alerte Il appartient aux sections nationales de constituer un réseau d’appui : celui-ci est composé de personnalités – élus locaux, députés, membres d’ONG – qui ont connaissance de notre action et la soutiennent moralement ou politiquement. En cas de difficulté rencontrée sur le terrain par un volontaire ou une personne accompagnée, ce réseau est sollicité pour une réaction immédiate auprès des autorités concernées. Communication > Communication externe Il s’agit de la création et la mise à jour des documents d’information (plaquettes, bulletin trimestriel etc.) et de la gestion de la liste de la liste de diffusion de PBI. Il faut également assurer la publicité des événements auxquels participent PBI, en tant qu’organisateur comme en tant qu’invité. > Communication interne En tant que membre d’une organisation internationale, PBI-section française doit participer à la vie de celle-ci : contribuer aux publications générales, se positionner sur différentes questions, participer à des rencontres internes etc. >>> Devenir volontaire Pour devenir volontaire il faut : - parler l’espagnol pour les projets latino-américains ou l’anglais (et être disposé à apprendre la langue du pays) pour les projets en Asie ; - avoir une expérience associative préalable est souhaitable. Chaque projet prend en charge la formation du volontaire, un voyage aller/ retour, le séjour sur place, l’assurance et une petite indemnisation mensuelle. On demande au volontaire de s’engager pour une durée initiale d’un an. Pour contacter les projets, consultez le site Internet : www.peacebrigades.org REJOIGNEZ-NOUS Je deviens membre de PBI-section française Adhésion au tarif ◊ Normal, 30 euros ◊ Réduit (étudiants, petits budgets) 15 euros ◊ De soutien, 60 euros L’adhésion comprend l’envoi du Rapport annuel et les invitations aux événements de PBI en France. Elle ne comprend pas l’abonnement au bulletin trimestriel Présence internationale. Je m’abonne au bulletin Présence internationale ◊ 10 euros par an Je souhaite participer aux activités de PBI dans ma région ◊ Suivi des missions ◊ Organisation d’événements Je souhaite faire un don de ◊ 30 euros, ◊ 60 euros, ◊ 100 euros, ◊ Autre : …… euros Nom : ......................................................................................................... Prénom :…………………………………………………… Adresse : ………………………………………………………………………………………………………………………… Code postal : …………………………………………… Ville : …………………………………………………….…. Tel. : …………………………………………………………… E-mail : …………………………………………………….... <<<< 12 8. Présence Internationale Hiver 2009 (pdf 2.5 MB) 7. Présence Internationale automne 2008L'actualité des projets et de PBI France à l'automne 2008. P SOMMAIRE Édito résence internationale p. 2 Bulletin numéro 75 Automne 2008 France : Portraits de la section française de PBI p. 3 Parcours d’un volontaire français en Indonésie : d’un rêve à une autre réalité p. 4 Népal : Ménager la Chine au détriment des droits des Tibétains p. 6 Guatemala : Mégaprojets contre droits économiques, sociaux et culturels p. 8 Mexique : Rencontre avec Alejandra Gonzalez Marin du Centre Tlachinollan p. 10 Colombie : Trujillo : mémoire, oubli, impunité p. 11 PBI France p. 12 Consultation communautaire à Sibinal, Guatemala PBI section française 21 ter, rue Voltaire 75011 Paris Tel./fax : 01 43 73 49 60 Émail : pbi.france@free.fr www.peacebrigades.org « Nous demandons au gouvernement de ne pas criminaliser la lutte des peuples indigènes sur les thèmes agraires, miniers et hydroélectriques. » Conseil des peuples de San Marcos , Guatemala Peace Brigades International est une organisation non gouvernementale internationale officiellement reconnue par le département de l’information de l’ONU. PBI est une organisation indépendante de tout intérêt économique, tendance politique ou croyance religieuse. À la demande expresse d’associations locales menacées, PBI organise une présence internationale protectrice dans les zones de conflit afin de sauvegarder l’espace politique nécessaire à l’action de la population civile en faveur d’une résolution non-violente des conflits. <<<< FRANCE Présence internationale n° 75 Chers lecteurs de Présence internationale, Nous vous proposons, à travers notre petit journal, de travailler avec vous les trois grands principes qui guident l'action de PBI : la non-violence, la non-ingérence, l'impartialité. Avec vous, car ce qui nous intéresse avec ces concepts tellement riches, c'est de savoir comment vous les comprenez, comment vous les vivez ; si vous êtes ex-volontaire, comment vous les avez pratiqués sur le terrain. L'intérêt de cette chronique sera proportionnel à votre participation. Commençons par la non-violence. Sans répéter ce que nos maîtres* nous ont appris, rappelons néanmoins que l'expression « non »-violence dit mal que c'est une façon fort active de mener un combat pour une cause juste –les droits de l'homme, par exemple– par des moyens compatibles avec la fin recherchée. N'est pas non-violent celui qui reste passif dans son coin. C'est quand on mène un combat que les exigences de l'action non-violente révèlent toutes leurs difficultés, la tentation première étant d'être violent quand quelqu'un ou quelque chose entrave notre chemin. La non-violence est à la fois une pratique dans le champ social et une discipline personnelle. Nous ne naissons pas non-violents et cultiver cette façon d'être est le travail de toute une vie. Et cette façon d'être ne se manifeste pas seulement dans nos engagements, nos relations mais dans les choix importants de notre vie : choix professionnels, choix de notre résidence, de nos loisirs, etc. Ces choix vont-ils contribuer à renforcer les situations structurelles de violence qui tissent nos sociétés ou les amoindrir ? En attendant de recevoir vos contributions sur ce vaste sujet, je voudrais ouvrir quelques pistes de réflexion à partir d'une question souvent posée : notre société progresse-t-elle vers la non-violence ou non ? Ne me semblent pas un progrès vers la non-violence les valeurs de compétitivité, de rapidité, la croissance à tout prix, la pression constante pour que les gens se distraient (au sens pascalien du terme) et consomment, le « court-termisme » : vouloir un résultat rapide rend difficile la prise en compte que « la fin est dans les moyens comme l'arbre est dans la graine ». Mais personnellement, pour avoir notamment travaillé 15 ans en psychiatrie et en alcoologie, je pense que certains secteurs de la société ont fait des progrès considérables et très réjouissants vers des pratiques non-violentes. Grâce aux découvertes de la psychologie des profondeurs, on ne juge plus un trouble du comportement comme une déviance mais souvent comme le symptôme d'une souffrance psychique. Cet enfant n'est pas « méchant » ou « paresseux », son attitude est le reflet d’un problème qu’il n’arrive pas à surmonter. Cet alcoolique n'est pas « vicieux », il apaise grâce à l'alcool une grande souffrance psychique et il est devenu malade. Le mouvement écologique, qui nous appelle au respect de l'environnement et nous invite à développer les valeurs relationnelles au détriment de notre consommation me semble aussi aller dans le sens d'une société plus « non-violente ». Et puis, tous les dispositifs mis en place depuis la nuit des temps pour que la loi du plus fort n'ait pas le dernier mot : la loi, le syndicalisme, la sécurité sociale, la liberté de presse ; l'émergence de ce que les journalistes appellent l'opinion publique internationale, une prise de conscience plus généralisée que la guerre n'est pas une fatalité, que les sources de la pauvreté et du sous-développement peuvent être mises en lumière et combattues, que les droits de l'Homme méritent d'être défendus partout, etc. participent à ce combat contre les structures de violence mais sans impliquer nécessairement le travail sur soi que nécessite – à nos yeux - l'action non violente. Chers lecteurs nous comptons sur vous pour enrichir cette petite présentation ! * Les nombreux ouvrages de Jean Marie Muller – notamment – analysent bien toute la complexité de ce concept. Brigitte Chambolle <<<< 2 Présence internationale n° 75 FRANCE >>>> Pourquoi je me suis engagé à PBI ? Il faut remonter des années en arrière pour situer mon arrivée mais avant tout ma découverte des Brigades de Paix 1987 ? 1988 ? 1989 ? Je ne sais plus quand, mais je me souviens du comment. Jean-Jacques Samuel qui venait de rentrer du Guatemala parcourait la France avec sa voiture pour informer du travail des PBI, des organisations accompagnées, des volontaires... sur Rennes nous avions préparé sa tournée : soirées, journalistes... Évidemment j'ai trouvé ce type formidable, cette organisation géniale et 20 ans après je n'ai pas changé d'avis. Les années qui ont suivi ont été riches car il fallait tout mettre en place pour créer une association (groupe France) digne de ce nom : les années 90/95 avec des anciens volontaires qui s'investissaient beaucoup à leur retour : Gilbert Nicolas, Marie Catherine Menozzi, etc. Lors des appels pour le Réseau d'Urgence nous utilisions les télex et les aérogrammes (les moins de 40 ans regarderont dans le dictionnaire !). Les compagnons de l'Arche s'investissaient également dans ce travail de création d'une structure associative. Nos contacts militants venaient de toute la France, notre carnet d'adresses augmentait régulièrement. L'équipe de base s'est ainsi petit à petit constituée et n'a guère changé durant 5/6 ans Geneviève Lhôpiteau, Hervé Belin, Marie-Odile Jordan, Annie Moncozet, Annick Préaubert et bien d'autres... Nous laissions de côté les aérogrammes pour passer au Fax. Nous étions une équipe soudée et c'est avec plaisir que nous nous retrouvions sur Paris 2 à 3 fois dans l'année ; malheureusement aucun d'entre nous n’avait été volontaire sur le terrain et dans les années 1999/2000 l'association ne recrutait plus de nouveaux membres, les finances étaient toujours au minimum environ 50 000F de budget annuel, PBI-France participait donc très peu à PBIInternational. Nous étions contre la recherche de financement auprès des ministères et des grosses collectivités (la peur d'être récupérés…). Heureusement, en 2000, une vingtaine de "jeunes" (moins de 30 ans !) est arrivée avec dans la tête plein d'idées et plein d'énergie. PBI France revivait et repartait sur des bases nouvelles : nouveau moyen de communication et surtout nouvelles recherches de fi- « Portraits de la section française de PBI nancement. Le PBI-France actuel est le fruit de ce nouveau départ. J'ai parfois l'impression d'être un vieux dans cette association, la mémoire, mais je reste toujours avec la même idée lors de ma rencontre avec Jean Jacques : cette asso est géniale ! » Philippe Pirot « Pourquoi je me suis engagée à PBI ? J'ai découvert la sale guerre et l'existence de la torture avec la guerre d'Algérie et depuis j'ai toujours cherché comment je pouvais contribuer à lutter contre ce qui me semblait l'horreur absolue. Vers 1969, la découverte de la non-violence, ou plus précisément du combat non-violent, un combat qui soit cohérent avec la fin recherchée, a été un grand moment dans ma vie : j'avais enfin une réponse à une recherche douloureuse. Depuis j'essaie de concrétiser cela dans ma vie et c'est pourquoi je me suis engagée à PBI une fois que la retraite m'a donné plus de temps. J'aime l'engagement de PBI pour la non-violence et j'aime aussi beaucoup la notion de non-ingérence car les occidentaux ont tellement la tentation d'avoir à « apporter » leur supériorité technique, économique, et même éthique aux autres ! A PBI on est édifié par le courage des membres des associations accompagnées, et on estime qu'on n'a rien à leur apprendre. Qu'est-ce que je fais à PBI ? Avec mes limites, de santé notamment, j'essaie d'être utile à PBI : notre coordinatrice facilite beaucoup mon engagement. Elle sait nous demander avec une grande gentillesse ce que chacun sait et peut faire, sans nous culpabiliser de ce que nous ne pouvons faire. Je fais surtout du travail de traduction et de rédaction, mais notre grand chantier, c'est d'augmenter la « base » de PBI France, dramatiquement étroite. L'existence de PBI France repose sur notre coordinatrice à mi-temps et 5 ou 6 bénévoles plus ou moins disponibles : il est urgent que nous puissions nous adjoindre d'autres talents ! Pour la photo, j'aurais aimé vous montrer ma famille (mari, enfants et bientôt 5 petits-enfants qui sont ma joie), mais je n'ai pas de photo sous la main. » Brigitte Chambolle 3 >>>> <<<< INDONÉSIE Présence internationale n° 75 Parcours d’un futur volontaire français en Indonésie : d’un rêve à une autre réalité Tout vient à point à qui sait attendre ! Serait-ce la devise de tout volontaire en partance pour les Projets de terrain ? Nous l'allons montrer tout à l'heure… En effet, il va à contre-courant de nos habitudes de travail, voire de vie, de pratiquer la plus tertulienne des vertus. Cependant en matière d’engagement, la patience m’est apparue très bonne conseillère et même juge. De la prise de contact au départ sur le terrain, c’est en effet une course d’endurance qu’il a fallu mener. Personnellement, j’ai ainsi eu le temps de prendre la mesure de mon acte. Enfin, je crois… miers tests ; le premier mois de prise de contact est très dense. Ensuite il viendra un second entretien et l’invitation sélection au training, sur place, en Indonésie. Ici un deuxième temps s’installe. Prévu en février 2008, celui-ci se déroule finalement en mai. 10 mois d’attente. 10 mois au cours desquels je prends contact avec la section française, avec le dernier volontaire parti en Papouasie et le tout premier parti au Guatemala, je provoque des rencontres avec François en bas à droite / Sur les 11 sélectionnés, neuf se sont vus proposer d'intégrer le Projet Indonésie des responsables politiques pour densifier le Réseau n fait de départ, il s’agit plutôt d’un retour en d’Appui, je trouve des bailleurs... Je réfléchis sur le Indonésie. Ou pour être tout à fait juste d’un fond des dossiers et les manières dont je pense pounouveau départ. Car j’ai vécu deux ans expavoir apporter mon concours. Je participe à une journée trié sur Java. En tant que coopérant au Cend’information au siège à Paris avec comme objectifs de tre culturel de Surabaya. Déjà, adolescent je participais rencontrer les gens qui se sont déjà engagés dans un et organisais des échanges européens. Et depuis la fin combat que je souhaite mener, et de vérifier, de sentir de cette mission asiatique en 2006, je cherche à poursi j’en suis capable. Tout se passe bien. suivre dans cette direction de la collaboration internationale entre les peuples. J’ai ainsi découvert l’existence de PBI sur un site de recrutement en juin 2007. Le mandat de non violence, de non ingérence, d’impartialité en réponse à des acteurs locaux m’a alors paru incroyable…incroyablement « matcher » [aucun traduction française ne me vient à l’esprit ; veuillez pardonner cet anglicisme] avec mes valeurs, mes envies. Oh je ne me focalisais pas sur un pays mais bien sur une manière d’agir. La préparation : le temps de mobiliser des ressources diverses et variées L’accroche avec l’équipe du Projet Indonésie s’est faite rapidement. Lettres de soutien, premier entretien, pre<<<< 4 E Et enfin, le training ! Des contacts préalables, à caractère logistique, et des premières présentations rapides par Yahoo groupe nous découvrons enfin le visage et les forces de ceux qui seront –sûrement- nos futurs équipiers et colocataires !! Dès le premier jour, le premier après midi, il se passe quelque chose de difficilement descriptible mais une ambiance de confiance à la fois détendue et sérieuse emplit la grande salle de travail, dans laquelle nous allons passer le plus clair des 11 prochains jours. Nous sommes également 11 venus d’Allemagne, de Londres, d’Écosse, de Manille, du Texas, de Bâle, de Johannesburg, et donc de Concarneau, Finistère. Avec le staff (6 personnes dont quatre anciens participants à des Projets de terrain, deux d'en- Présence internationale n° 75 INDONÉSIE>>>> tre eux anciens du Projet Indonésie) cela fait 17 personnes à vivre en quasi autarcie dans un centre tout à fait approprié à de tels moments : salles de réunion, de restauration, terrasse couverte, bungalow pour 2 ou 3, cabinet de douche en extérieur pour tout le monde, il y a même un terrain de foot ! En bordure d’une petite rivière dans un cadre calme et très vert, très ombragé et proche d’une rue passante disposant de cybercafés. Training : des journées remplies… au maximum Le programme est lui aussi bien ficelé : brainstorming, discussion, ateliers (dessins, mapping), présentation en groupe afin d’uniformiser nos connaissances sur les principes et les mécanismes de l'accompagnement protecteur. A travers des exercices pratiques, de multiples jeux de rôle et leurs débriefing, nous pouvons mieux cerner nos futurs rôles sur le terrain, en respect des principes de non-violence, de non-ingérence, d’impartialité, à travers la méthode du consensus. De la fin du petit déjeuner vers 8h00 au coucher vers 23h30, du ‘check in’ au ‘check out’ ou chacun tour à tour s’exprime sur ce qu’il ressent à ce moment là, la journée est balisée en 6 temps forts. Après le « Morning Gathering » concocté pour nous réveiller de bonne humeur, nous enchaînons deux séances de travail, coupées d’une tasse de café sur des thèmes comme l’analyse des conflits, les méthodes de facilitation des rencontres, le débriefing et la gestion des peurs, les moyens et les effets de la dissuasion… La pause déjeuner est alors tout à fait bienvenue pour recharger les batteries. En effet, on remet le même couvert l’après midi autour de la dynamique de groupe, des étapes de transformations des conflits, des réseaux de soutien, de la sécurité, des comportements culturels appropriés… Le tout entrecoupé d’energizer, des petits jeux qui stimulent l’esprit de groupe et la bonne ambiance dont chaque groupe de réflexion assurait tour à tour le déroulement. Le facteur de la fatigue et du stress induit par la vie ensemble a donc été abordé aussi de manière très concrète. A l’heure où les agences gouvernementales mais aussi les banques locales sont fermées depuis bien longtemps, nous nous retrouvons alors en petit groupe de réflexion de 2 ou 3 personnes. Cette heure de discussion m’a d’abord paru superflue quand j’aurais bien été m’allonger et commencé à digérer toutes les informations de la journée. Au final, ce temps de détente intellectuelle est l’une des choses que j’ai préférées : moment privilégié pour approfondir les relations avec quelques uns et clarifier ses propres idées, j’y ai trouvé des échanges de grandes sincérité, de ceux qui vous donnent de la force pour dépasser les craintes, de ceux qui nourrissent vos convictions. Et en parlant de se restaurer, il ne faut pas ensuite oublier d’aller rejoindre l’ensemble du groupe pour le buffet du soir. Il est alors 19h30. Car ensuite nous nous retrouverons dans la grande salle pour visionner un documentaire, écouter un expert, jouer à un quiz sur notre propre réseau de soutien ou poser toutes les questions qui nous turlupinent encore… Soutenir ce rythme permet aussi de prendre conscience de l’importance des facteurs simples de vie tels que le régime alimentaire, la chaleur humide, la condition physique, le sommeil… dans la participation (ou non) à une mission si particulière. De cela aussi dépend sa réussite car le péril n’est jamais loin et le pire peut être au bout du chemin. De cela aussi le training fait prendre pleine conscience. Sans dramatiser ni se fourvoyer d’angélisme, une mission au sein des PBI ne s’improvise pas. Au conseil reçu avant ce training « d’être moi-même, ni plus ni moins », j’ai ajouté une tactique qui m’a permis, je crois, de rester réceptif et actif dans cet enchaînement de journées chargées : « se suffire de chaque jour et les prendre les uns après les autres. Le temps de la complète digestion viendra ensuite. Ici, il s’agit pour moi d’entendre les émotions. » Plus j’ai approfondi ma connaissance des Brigades, par des lectures, des rencontres, plus je me sentais approcher de ce qui fait le cœur de l’aide aux autres qui n’ont pas la chance de grandir dans un pays libre comme le nôtre. Si j’ai d’abord été intéressé par le Programme d’éducation à la paix (PPE), je suis petit à petit arrivé à la conviction de vouloir participer à l’accompagnement protecteur. Décision : devenir volontaire ne s'improvise pas « La patience est la plus héroïque des vertus, précisément parce qu’elle n’a pas la moindre apparence d’héroïsme » nous dit Giacomo Leopardi [Zibaldone]. Avant d’aller « jouer au super héros » et « sauver le monde » comme l’on peut entendre autour de soi, parfois très près (et il faut être tout à fait prêt à comprendre ces soutiens), il m’a été très précieux de prendre tout le temps de l’euphorie, du doute, de la réflexion, de la décision pour cultiver un enthousiasme qui va maintenant affronter une autre réalité : celle du terrain proprement dit. J’en suis tout enchanté et ne manquerai pas de vous le faire partager dans ce bulletin ou sur mon blog http://franzsoa.blogzoom.fr/ François Perrinet 5 >>>> <<<< NÉPAL Présence internationale n° 75 Ménager la Chine au détriment des droits des Tibétains Août 2008. Alors que le monde avait les yeux rivés sur les Jeux oympiques de Pékin, au Népal, les volontaires de PBI avaient, eux, le regard porté sur les manifestations tibétaines quasi quotidiennes à Kathmandou, qui ont été le théâtre d’abus répétés de la police népalaise. Avec l’arrivée des Maoïstes au pouvoir, rien ne semble indiquer que les droits des Tibétains en exil au Népal seront davantage respectés. endant plusieurs décennies, le Népal a représenté une terre d’asile pour nombre de Tibétains fuyant les persécutions d’ordre politique, religieux et culturel dont ils font l’objet au Tibet. Le Népal a également toujours constitué un point de transit pour les demandeurs d’asile tibétains en route vers Dharamsala, en Inde, où leur chef spirituel, le Dalaï-Lama, et le gouvernement tibétain en exil sont installés. Selon le Bureau du Haut commissariat aux Réfugiés des Nations unies, le nombre de Tibétains établis au Népal avoisinerait les 20 000. La majorité d’entre eux bénéficient du statut de réfugié politique. Le gouvernement népalais a cependant rendu l’obtention du statut de réfugié de plus en plus difficile, jusqu’à la rendre impossible. Ainsi, à partir du 1er janvier 1990, le Népal a cessé, sous pression chinoise, d’accueillir sur son sol les demandeurs d’asile tibétains alors que nombre d’entre eux fuyaient le Tibet à la suite des troubles de Lhassa de 1989. Depuis le 1er janvier 1990, les nouveaux arrivants sont ainsi renvoyés auprès du Bureau du Haut commissariat aux Réfugiés des Nations unies, qui les assiste dans leur périple vers Dharamsala. Aujourd’hui, la situation de la communauté tibétaine au Népal demeure précaire. Soumis aux pressions de son puissant voisin chinois, le gouvernement népalais applique à la lettre la politique d’une seule Chine et a indiqué à de nombreuses reprises ne tolérer aucune activité anti-chinoise sur son sol. P A ce titre, les manifestations pacifiques pro-tibétaines, qui se sont succédées de manière quasi quotidienne à Katmandou depuis le 10 mars 2008, dénonçant les violations des droits de l'Homme commises par la Chine au Tibet, ont fait l’objet d’une ferme répression de la part des autorités népalaises1. Les organisations de défense des droits de l'Homme, parmi lesquelles Amnesty International2 et Human Rights Watch3, ont vivement dénoncé l’usage excessif de la force à l’encontre des manifestants pacifiques, ainsi que les arrestations et détentions arbitraires de Tibétains. Selon les médias népalais, plus de 10 000 manifestants tibétains ont ainsi fait l’objet d’arrestations arbitraires, certains ayant été arrêtés à de multiples reprises. Si les manifestants ont pratiquement tous été relâchés après quelques heures sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux, beaucoup ont fait état de violences et mauvais traitements. De nombreux témoignages de violences sexuelles ont également été recueillis par les organisations de défense des droits de l'Homme4. Participant de la même stratégie visant à décourager les manifestants et les dissuader de poursuivre leurs activités, les autorités népalaises ont eu recours à des pratiques d’intimidation et de harcèlement. L’arrivée des Maoistes au pouvoir a marqué un durcissement de la politique du gouvernement à l’égard des Tibétains présents au Népal. Ainsi, les autorités népalaises ont récemment opté pour un changement de stratégie et procèdent désormais au contrôle des pa<<<< 6 Présence internationale n° 75 NÉPAL >>>> piers des Tibétains arrêtés lors des manifestations à Kathmandou. Le gouvernement a clairement indiqué que ceux qui se trouvent en situation irrégulière sur le sol népalais seront expulsés vers le Tibet5. Ainsi, le 13 septembre, le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Modraj Dotel, a déclaré que 106 Tibétains ont récemment été détenus par la police pour vérifier s’ils ont des papiers valides leur permettant de bénéficier du statut de réfugié6. « S’ils ont le statut, ils seront autorisés à rester. Sinon, ils devront quitter le pays. »7, a t-il précisé. Ces Tibétains sont parmi les derniers en date à avoir été arrêtés dans le cadre des manifestations face à l’ambassade de Chine. En coordination avec le Bureau du Haut commissariat aux droits de l’Homme des Nations unies et des organisations népalaises de défense des droits de l'Homme, PBI observe, de manière indépendante et impartiale, depuis mai 2008, les manifestations tibétaines. L’objectif pour PBI est de dissuader, par sa présence internationale, le recours à la violence et contribuer à la protection du droit de manifester et de se rassembler de manière pacifique. A l’inverse des accompagnements protecteurs, qui nécessitent une demande formelle des organisations accompagnées, PBI observe les manifestations liées aux droits de l'Homme de sa propre initia- tive, en respectant strictement ses protocoles de sécurité liés aux activités d’observation. Alors que les médias tendent à se détourner de la situation des Tibétains au Népal, le rôle de PBI apparaît d’autant plus pertinent, afin de rappeler aux autorités népalaises que la communauté internationale reste attentive à la situation des Tibétains au Népal et n’acceptera pas de nouveaux abus. Myriam Renaud Photos : août 2008 - manifestations pacifiques devant l’ambassade de Chine 1 Cf. Appel Urgent, 1er avril 2008, Asian Human Rights Commission “Nepal: constant and arbitrary arrest of tibetan protesters by police”, en ligne à l’adresse Internet suivante: http://www.ahrchk.net/ua/mainfile.php/2008/2802/ 2 Voir l’article “Des centaines de manifestants arrêtés au Népal”, 24 mars 2008, en ligne sur le site Internet d’Amnesty International : http://www.amnesty.org/ fr/news-and-updates/news/hundreds-tibet-protesters-arrested-nepal-20080324 3 Cf. Le rapport publié par Human Rights Watch en juillet 2008, “Apeasing China : Restricting the rights of Tibetans in Nepal”, en ligne à l’adresse Internet suivante: http://www.hrw.org/reports/2008/tibetnepal0708/ 4 Voir le rapport publié par Human Rights Watch en juillet 2008, “Apeasing China : Restricting the rights of Tibetans in Nepal”, pp. 24-26 5 Voir l’article publié sur le site Internet Nepalnews.com, “Government to deport illegal Tibetans”, en ligne à l’adresse Internet suivante: http://www.nepalnews. com/archive/2008/sep/sep12/news03.php 6 Voir BBC News, 13 Septembre 2008, « Nepal to tackle illegal Tibetans » : http://news.bbc.co.uk/2/hi/south_asia/7613664.stm 7 Reuters, 13 septembre 2008, « Nepal says to deport illegal Tibetans back to Tibet » : http://www.reuters.com/article/worldNews/idUSDEL5947420080911? pageNumber=2&virtualBrandChannel=0 7 >>>> <<<< GUATEMALA Présence internationale n° 75 Mégaprojets contre droits économiques, sociaux et culturels Le Guatemala a une longue histoire d’intervention et d’investissement par des capitaux étrangers à travers le développement de mégaprojets de diverses natures. Il s’agit le plus souvent de projets pétroliers, miniers et hydroélectriques.1 armi les multinationales implantées au Guatemala, on peut citer l’entreprise guatémaltèque Montana Exploradora S.A., filiale de l’entreprise canadienne Gold Corp, Glamis Gold ltd, implantée dans le département de San Marcos ou la Compagnie Guatémaltèque du Nickel (CGN), plus connue sous le nom de Maya Nickel et filiale de l’entreprise canadienne Skye Resources installée dans la région d’Izabal. A ces dernières sont venus s’ajouter les projets de production à grande échelle d’agro-carburants. Ainsi il existe des projets de plantations de palmier à huile à Sayaxché, dans le Péten, dans le Nord-Est de la municipalité de l’Ixcan, à Quiché et dans le Nord-Ouest de la municipalité de Coban, Alta Verapaz. Ces projets sont conçus par l’entreprise américaine Green Fuels Earth, du Texas via sa filiale guatémaltèque, Palmas del Ixcan S. A. (Palmas Ixcan S.R.L).2 Luis Solano dans son étude sur l’histoire du pétrole et de la mine au Guatemala, met en lumière les relations qui se sont tissées depuis le début du XXème siècle entre les gouvernements et les élites des mondes de l’entreprise et de la politique. Ces dernières ont permis aux entreprises multinationales américaines de faire du Guatemala une de leurs sources de profit pour son potentiel en richesses pétrolifères3. A partir de 1970, avec les militaires au pouvoir, les privilèges accordés aux entreprises minières sont plus qu’évidents. En 1996, le secteur de l’électricité se restructure via la Loi générale d’électricité, loi qui régule, entre autres, la privatisation de la distribution et d’une grande partie de la production d’énergie électrique au Guatemala4. La dynamique en matière d’investissements pétroliers et miniers a connu un renouveau à partir de 1996. Durant le mandat d’Alvaro Arzu (1996-2000), la plus grande campagne de promotion de l'histoire du Guatemala a été menée pour attirer l’investissement étranger dans le développement d’exploitations pétrolières et minières. Des facteurs importants sont venus conforter l’existence de ce programme d’investissement : la fin du conflit armé et la signature des accords de Paix, la privatisation du secteur de l’électricité ainsi que les réformes de la loi minière5. Réactions des communautés Selon l’article 6 de la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur les peuples indigènes et tribaux dans les pays indépendants, ratifiée par le Guatemala, les gouvernements « doivent consulter les <<<< 8 P peuples intéressés, par des procédures appropriées, et en particulier à travers leurs institutions représentatives, chaque fois que l'on envisage des mesures législatives ou administratives susceptibles de les toucher directement ». De même cet article établit que « […] Les consultations effectuées en application de la présente Convention doivent être menées de bonne foi et sous une forme appropriée aux circonstances, en vue de parvenir à un accord ou d'obtenir un consentement au sujet des mesures envisagées ». En vertu de cette Convention ainsi que d’autres instruments législatifs nationaux tel que le Code municipal6 et la Loi sur les Conseils au développement7, 27 consultations ont été organisées entre 2005 et le premier semestre 2008 dans diverses régions du pays. Elles concernaient des projets cimentiers, pétroliers, hydroélectriques et miniers. Dans tous les cas, la majorité des votes enregistrés sont défavorables au projet8. Cependant, le résultat de l’une de ces consultations a été invalidé par la Cour constitutionnelle, ce qui pourrait faire jurisprudence pour les autres9. Quelques cas récents Cas de la centrale hydroélectrique de Xalala : le 20 avril 2007 la population de la municipalité d’Ixcan a organisé une consultation communautaire de bonne foi au cours de laquelle 18 982 personnes sur un total de 21 155 ont voté contre le projet de construction d’une centrale hydroélectrique à Xalala10. Si ce projet se réalisait, Xalala deviendrait la 2ème centrale hydroélectrique du pays par la taille après celle de Chixoy11. Les habitants de l’Ixcan ont majoritairement exprimé leur rejet de ce projet à l'occasion de cette consultation, affirmant : « Nous ne nous opposons pas au développement, mais nous voulons un développement qui prenne en compte les besoins des communautés. Nous savons que notre pays requiert une politique énergétique autonome, qui consoliderait la souveraineté et le développement nationaux, et non des lois et des politiques qui permettent le pillage de nos ressources naturelles12 ». Pourtant le gouvernement d’Alvaro Colom a confirmé le projet de construction de cette centrale. Il affectera plus de 30 communautés des municipalités de Coban, Ixcan et de la Zona Reina, Uspatan dans les départements des Verapaces et du Quiché. L’énergie produite par Xalala sera connectée à la centrale de Chixoy et de là desservira la capitale et le Salvador. Cas de la mine Marlin : l'exploitation Marlin est une mine à ciel ouvert située dans le département de San Marcos. Elle a obtenu une licence en 2003 et a commen- Présence internationale n° 75 GUATEMALA >>>> cé l’exploitation en mai 2004. Elle est gérée par l’entreprise guatémaltèque Montana Exploradora S.A., filiale de l’entreprise canadienne GoldCorp (Glamis Gold) ltd.13 A ce jour, 7 consultations ont été réalisées à San Marcos dans les différentes municipalités touchées. A une grande majorité la population a rejeté la mine Marlin. D’après Inforpress CentroAmericana, il se pourrait que la situation prenne la même tournure que celle vécue à San Juan Sacatepéquez situé dans le département de Guatemala où en juillet avait été décrété l’état de « Prévention ». Cette mesure avait été prise à la suite d'actes de violence et à l’encontre des populations qui manifestaient leur opposition à un projet de cimenterie initié par l’entreprise guatémaltèque Cementos Progreso (projet auquel s’associe également la multinationale suisse Holcim14). Le Conseil des peuples de San Marcos a conclu « l’imposition de mégaprojets transnationaux tels que les mines à ciel ouvert ou souterraines, les barrages hydroélectriques nécessitant l'utilisation et l’appropriation de la terre, ne nous apportent que la destruction, la répression et la mort. Nous voyons bien comment les politiques de développement bénéficient uniquement aux entrepreneurs qui sans aucun scrupule spéculent. En plus, ils ne sont pas obligés de payer d’impôt sur les richesses qu’ils amassent de la même manière que le capital étranger. Et tout cela avec l’aval des gouvernements successifs. En conséquence, nous demandons au gouvernement de ne pas criminaliser la lutte des peuples indigènes sur les thèmes agraires, miniers et hydroélectriques. »15 Cas des agro carburants, des coûts sociaux et environnementaux élevés : selon inforpress Centroamericana, le bio-diesel n’est en aucun cas la solution miracle pour remplacer l’énergie fossile. Les étendues de terre nécessaires pour satisfaire la demande sont énormes et la production se fera au détriment de la production alimentaire. Une autre critique majeure de ce type de plantations réside dans le fait qu’elle requiert l’utilisation massive de substances chimiques. Celles-ci provoquent l’érosion et la pollution des terres et de l’eau. Elles affectent la santé des travailleurs et aggravent le changement climatique via la déforestation. Selon la Pastorale de la Terre du Guatemala, il existe de fortes pressions de la part des entrepreneurs pour promouvoir la culture du palmier à huile et pour réaliser des projets hydroélectriques. Tous ces projets ont contraint près de 2 000 familles à vendre et à abandonner leurs terres dans le Nord du pays16. La réponse du gouvernement : la criminalisation de la lutte sociale L’Unité de protection des défenseurs et défenseuses des droits humains au Guatemala (UDEFEGUA) affirme qu’il existe une tendance croissante à criminaliser le mouvement social et les peuples indigènes qui exercent leur droit à défendre leurs ressources naturelles. Durant les six premiers mois du nouveau gouvernement, la conflictualité sociale a augmenté pour cette raison. Divers mouvements sociaux choisissent la manifestation pacifique pour mettre en avant la situation grave des droits économiques et sociaux. En réponse, le gouvernement de Colom a endurci la politique de répression par la criminalisation déjà en place. Selon l’UDEFEGUA, le cas de San Juan Sacatepéquez est emblématique de cela. L’application de l’état de « Prévention » a généré une série de violations graves des droits humains17. Déjà en 2007, le barrage d’une route afin de marquer l’opposition à la mine Marlin à San Miguel Ixtahuacan avait débouché sur des mandats d'arrêt délivrés à l’encontre des manifestants18. Plus récemment dans la même ville, huit femmes et un homme ont été l’objet de mandats d'arrêt pour s’être opposés à l’installation de pylônes électriques destinés à la mine sur leurs terrains.19 Luis Solano signale qu’il faudrait tenir compte de la conflictualité sociale que génèrent ces projets. A court et moyen terme, ils risquent d’affaiblir la stabilité du pays. Dans ce nouveau scénario de luttes sociales, il faudra négocier sur des bases justes avec les mouvements sociaux représentant les droits communaux et nationaux20. A ce jour, le gouvernement d’Alvaro Colom est loin d’avoir tenu sa promesse électorale de mettre en place une démocratie sociale qui aurait un « visage maya »21. Traduction du Bulletin du Projet Guatemala - Marion Sornay Pour plus d’information, consultez : PBI La mine de minerais et les Droits humains au Guatemala – 2006 – p 4-6 et Luis Solano – Guatemala, pétrole et mine dans les entrailles du pouvoir – Chapitres I et II 2 Inforpress Centroamérica, N°1760, du 11 juillet 2008 3 Cit Solano, p 10 4 Cit PBI 5 Ci Solano, p.87 6 Articles 63, 65 et 66 7 Article 26 8 Inforpress Centroamérica (IC) N°1755, du 6 juin 2008 et le communiqué du Conseil des Peuples de San Marcos du 8 août 2008. 9 Résolution de la Cours de Constitutionnalité du mai 2007 sur la consultation communautaire de bonne foi sur l’exploration et l’exploitation minière dans la municipalité de Sipakapa. 10 Dossier de la commission organisatrice des Résultats de la consultation communautaire de bonne foi, Municipalité d’Ixcan, le 20 avril 2007, p.1 11 Prensa Libre Nueva prorroga para hidroelectrica de Xalala du 29 juillet 2008 12 Citation du rapport de la Commission Organisatrice, p23 13 Citation PBI, p 7 14 IC, N°1763, du 1er août 2008 et PBI Alerte de juillet 2008 sur les événements à San Juan Sacatepéquez 15 Communiqué du Conseil de San Marcos 16 IC, N°1761, du 18 juillet 2008 17 Unité de potection des défenseurs et défenseuses des droits humains (UDEFEGUA) Rapport préliminaire de la situation des défenseurs et défenseuses des droits humains janvier-juin 2008. 18 UDEFEGUA Criminalisation du Mouvement Social, tendance croissante – juillet 2008 19 Action urgente de Network in Solidarity with people of Guatemala (NISGUA) du 2 juillet 2008 sur www.nisgua.org 20 Citations Solano, p 138 21 Citation Communiqué du Conseil des Peuples de San Marcos 1 9 >>>> <<<< MEXIQUE Présence internationale n° 75 Rencontre avec Alejandra Gonzalez Marin du Centre Tlachinollan Alejandra González Marin est psychologue pour le Centre des droits humains Tlachinollan depuis 4 ans. Elle travaille étroitement avec le département juridique pour apporter une aide psychologique aux victimes de violences domestique et socio-politique. Elle conseille également les organisations telles que l'OMESP (Organisation des femmes écologistes de la Sierra de Petatlán) et l'OPIM (Organisation du peuple indigène me'phaa), victimes de persécution juridique. La plupart des personnes avec lesquelles elle travaille sont indigènes et possèdent de faible ressources financières. Le 11 juillet 2008, deux volontaires de PBI l’ont rencontrée ... ourrais-tu nous parler de ton travail ? Je coordonne un programme d'aide psychologique aux victimes de violence domestique, sexuelle et aux victimes de violence sociopolitique qui ont souffert de graves violations de droits de l'Homme. Dans le passé, j'ai travaillé avec l'environnementaliste Felipe Arrega qui a été emprisonné pour un crime fabriqué et je travaille actuellement avec cinq membres de l'OPIM qui sont aussi emprisonnés pour un crime qu'ils n'ont pas commis. Je travaille aussi avec la secrétaire de l'OPIM, Obtilia Eugenio Manuel, qui doit faire face à des menaces et harcèlements fréquents. Le travail psychologique que je dois mener est très compliqué car la notion de justice dans le Guerrero est très relative, ceux qui ont souffert de violations de droits de l'Homme obtiennent rarement justice pour ces crimes, et je dois conseiller les victimes avec cela en tête. Quels sont les effets psychologiques de la persécution juridique sur les défenseurs des droits de l'Homme ? Il existe différents effets. Ce ne sont pas les mêmes pour les prisonniers et pour les autres membres de l'organisation. Les prisonniers se demandent constamment : « Pourquoi ? Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? ». Une partie du travail consiste à les aider à comprendre qu'ils ont été emprisonnés parce qu'ils se battent pour leurs droits. C'est une situation injuste pour eux mais une fois qu'ils ont compris pourquoi ils sont emprisonnés, ils auront plus de force pour faire face à cette situation. L'objectif sous-jacent derrière les persécutions juridiques est d'affaiblir l'organisation. Même si l'organisation se sent forte et possède de réelles capacités, il faut qu'elle comprenne qu'elle n'est pas forte et que l'État a beaucoup de pouvoir. Dès que l'organisation arrête de faire son travail de défense des droits de l'Homme, l'État a réussi son objectif. Généralement, une organisation qui doit faire face à cette situation arrête complètement sa mission et se concentre sur la libération de ses prisonniers. Les départements d'éducation et de psychologie à Tlachinollan travaillent avec les organisations pour qu'elles puissent continuer leur travail de défense des droits de l'Homme et ne concentrent pas tous leurs efforts uniquement sur les prisonniers. Non seulement les prisonniers souffrent de leur incarcération, mais leur famille aussi est détruite. Avoir un père ou un mari en prison signifie que la personne qui apporte <<<< 10 P la principale source de revenus n'est plus apte à subvenir aux besoins de la famille. Les femmes doivent être plus actives dans l'organisation, bien qu'elles n'y aient jamais joué un rôle auparavant. En même temps, on fait circuler des rumeurs au sein de la communauté, ce qui effraie les gens qui voudraient rejoindre l'organisation. Les rumeurs donnent une mauvaise image de l'OPIM, font propager l'idée que les personnes qui participent aux activités de l'organisation sont des malfaiteurs et que se battre pour ses droits impliquent d'aller en prison. On lutte contre ces rumeurs avec succès grâce à la capacité de l'organisation à développer ses actions. Les persécutions juridiques affectent également les leaders de l'organisation, comme Obtilia Eugenio, secrétaire de l'OPIM, qui a été harcelée, menacée et constamment espionnée. Je pense que la situation d'Obtilia est un bon exemple de violence faite envers les femmes. Obtilia est une femme, une militante, une défenseuse des droits de l'Homme. L'État se concentre sur elle à cause de ces cinq aspects : c'est une femme, une mère, une indigène, pauvre et militante. Ceux qui la harcèlent pensent qu'Obtilia peut mettre fin à son combat parce qu'elle s'inquiète pour ses enfants, sa famille, son mari. Cependant, ils ont tort parce que les convictions d'une femme comme Obtilia sont plus fortes que son épuisement. Sans aucun doute, ce harcèlement constant l'a épuisée et c'est pourquoi je travaille avec elle. Quels sont les effets psychologiques à long terme ? L'effet à long terme est la destruction de l'organisation. Les prisonniers vont passer des mois en prison et quand ils seront enfin libérés, ils vont voir que beaucoup de choses auront changé. Ils vont sans doute trouver leur femme plus forte, l'organisation aussi ou peut être plus faible, beaucoup d'autres choses. Peut être qu'ils ne sauront pas comment s'adapter à leur famille, à l’évolution de l’organisation : ils risquent de rester des victimes au lieu de se hisser pour être les leaders qu'ils sont. Et vois-tu des effets dans la société ? Oui, bien sûr, PBI et Tlachinollan travaillent aussi à Ayutla ! Le gouvernement utilisent les médias pour justifier ses agissements et influencer l'opinion publique. C’est dangereux pour les organisations comme les nôtres dans la région. Les gens disent souvent : ce sont ceux qui défendent les délinquants de l'OPIM. Traduction du bulletin PBI Mexique - Irina Uberti Présence internationale n° 75 COLOMBIE >>>> Trujillo : mémoire, oubli, impunité Ce n'est pas un hasard si le Groupe de la mémoire historique (GMH) a décidé de commencer son travail par le massacre de Trujillo, avec son premier rapport intitulé Trujillo, une tragédie sans fin1. Ce groupe, dirigé par l'historien colombien Gonzalo Sanchez, est issu de la Commission nationale de réparation et réconciliation. Il s'est vu confier la tâche titanesque de reconstruire la mémoire historique de la violence en Colombie, d'épisodes tels que les massacres de l'Union patriotique, de la Rochela, de Bojayá, ou bien la violence à l'encontre des femmes, afin de montrer comment certains crimes restent dans l'ombre. contrôle territorial plus amples que ceux attribués aux responsables directs des faits, et trouve son origine dans une alliance entre narcotrafiquants – tel Diego Montoya, alias « Don Diego », et Henry Loaiza, alias « el Alacrán » – et membres des forces armées, comme a pu l'établir en 1995 la Commission d'enquête sur les faits violents de Trujillo (Comisión de Investigación de los Sucesos Violentos de Trujillo, CISVT). Ce fut l'imposition dans le sang et le feu d'une vision déterminée de l'ordre ou de la sécurité. Photos de victimes des massacres à Trujillo « Trujillo symbolise, à plus d'un titre, la Colombie » Selon le GMH, « revenir sur le cas de Trujillo représente un premier effort afin de rassembler la solidarité citoyenne et montrer au pays que les faits s'étant déroulés à Trujillo appartiennent au passé de la Nation. Trujillo symbolise, à plus d'un titre, la Colombie.(...) C'est aussi important de se tourner vers Trujillo dans la mesure où la mémoire des victimes continue d'être bafouée : le monument dédié aux victimes a subi quatre attentats, le dernier en janvier de cette même année : la profanation de la tombe du Père Tiberio Fernández, considéré comme le leader communautaire de la région. Le massacre de Trujillo est un massacre continu. ». Lorsqu'on évoque le massacre de Trujillo, on ne fait pas seulement référence à un simple massacre, mais à une succession de faits et d'actes de terreur entre 1988 et 1994, à Trujillo, Bolívar et Riofrío (au nord-ouest du département de Valle del Cauca). Selon les familles des victimes et les organisations humanitaires, plus de 342 victimes d'homicides, de torture et d'enlèvements ont été recensées, conséquence d'un même objectif criminel. C'est sans doute l'assassinat du Père Tiberio Fernández, le 17 avril 1990, qui a le plus marqué la mémoire collective, pour sa cruauté et pour le rôle que cet homme jouait au sein de la communauté. Une alliance entre narcotrafiquants et membres des forces de l'ordre Les forces de l'ordre (armée et police) ont été impliquées dans plus de 37,4% des cas qui ont pu être clarifiés. Alors que l'action de l'armée avait pour principal objectif de lutter contre la guérilla, la police exécutait de plus des actions de nettoyage social et d'élimination des principaux témoins. En outre, le massacre continu qui s'est déchaîné obéissait à des calculs stratégiques de Tombe de Tiberio Fernandez : « Si mon sang contribue à ce que naisse et fleurisse la paix dont nous avons tant besoin à Trujillo, je le verserai volontiers ». L'État, celui d'hier comme celui d'aujourd'hui, a toujours une dette envers les victimes La création, devant la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH), de la Commission d'enquête sur les faits violents de Trujillo en 1995, fruit des accords conclus entre l'État et la communauté des victimes, a représenté un premier effort de reconstruction historique des faits. L'État y participait, ce qui l'a conduit à reconnaître sa responsabilité. Cependant, l'impunité est toujours la règle. « L'histoire et la mémoire de Trujillo peuvent être reconstruites et racontées aujourd'hui comme exemple de l'impunité accumulée et tolérée par l'État et la société colombienne. Des fragments de vérité ont émergé, les mécanismes de terreur employés ont été révélés, un semblant de justice a été prononcé et les centaines de victimes du massacre ont été partiellement rétablies dans leurs droits. Mais l'État, celui d'hier comme celui d'aujourd'hui, a toujours une dette envers les victimes. » Sylvain Lefebvre 1 Trujillo, una tragedia sin fin. Primer Informe de Memoria histórica de la Comisión Nacional de Reparación y reconciliación, Planeta, 2008, Bogotá. 11 >>>> <<<< PBI-SECTION FRANÇAISE Présence internationale n° 75 Un agenda pour fêter la solidarité, les droits de l'homme, la non-violence et la paix … S'impliquer avec PBI >>> Devenir bénévole Pour devenir bénévole et aider régulièrement ou ponctuellement, il faut - avoir un peu de temps à donner ; - être ouvert et convaincu de l’efficacité de la non-violence >>> Nos actions Appui aux projets À chaque projet de terrain correspond un “référent”, chargé du suivi du projet au sein de la section nationale. Il/elle informe les candidats au volontariat, assure une veille informationnelle, et est la courroie de transmission entre le comité qui gère le projet et la section nationale. L’appui aux projets passe également par la recherche de fonds et le travail inter-associatif. Réseau d’appui / réseau d’alerte Il appartient aux sections nationales de constituer un réseau d’appui : celui-ci est composé de personnalités – élus locaux, députés, membres d’ONG – qui ont connaissance de notre action et la soutiennent moralement ou politiquement. En cas de difficulté rencontrée sur le terrain par un volontaire ou une personne accompagnée, ce réseau est sollicité pour une réaction immédiate auprès des autorités concernées. Non-violence XXI, fonds associatif pour une culture de non-violence au XXIème siècle, participe à l'édition de l'Agenda de la Solidarité Internationale 2009, en partenariat avec Ritimo et beaucoup d'autres associations. Au fil des semaines, vous y découvrirez des dates pour un autre monde, des campagnes citoyennes, des événements historiques, des projets et des associations. Avec chaque mois un thème abordé, la non-violence trouve sa place dans cet outil de sensibilisation à la solidarité. Pour soutenir Non-violence XXI, choisissez cette année l'Agenda de la Solidarité Internationale pour vous, vos amis, vos collègues! Semaine sur 2 pages ; 16x16,5 cm ; reliure spirale ; plannings ; répertoire ; notes … 1 exemplaire: 13€ - 5 exemplaires : 45€ (port inclus) Pour toute commande, contactez Non-violence XXI : 114 rue de Vaugirard 75006 Paris – 01 45 48 37 62 – infos@nonviolence21.com ou envoyez votre demande accompagnée du règlement à l'ordre de Non-violence XXI. Communication > Communication externe Il s’agit de la création et la mise à jour des documents d’information (plaquettes, bulletin trimestriel etc.) et de la gestion de la liste de la liste de diffusion de PBI. Il faut également assurer la publicité des événements auxquels participent PBI, en tant qu’organisateur comme en tant qu’invité. > Communication interne En tant que membre d’une organisation internationale, PBI-section française doit participer à la vie de celle-ci : contribuer aux publications générales, se positionner sur différentes questions, participer à des rencontres internes etc. >>> Devenir volontaire Pour devenir volontaire il faut : - parler l’espagnol pour les projets latino-américains ou l’anglais (et être disposé à apprendre la langue du pays) pour les projets en Asie ; - avoir une expérience associative préalable est souhaitable. Chaque projet prend en charge la formation du volontaire, un voyage aller/ retour, le séjour sur place, l’assurance et une petite indemnisation mensuelle. On demande au volontaire de s’engager pour une durée initiale d’un an. Pour contacter les projets, consultez le site Internet : www.peacebrigades.org REJOIGNEZ-NOUS Je deviens membre de PBI-section française Adhésion au tarif ◊ Normal, 30 euros ◊ Réduit (étudiants, petits budgets) 15 euros ◊ De soutien, 60 euros L’adhésion comprend l’envoi du Rapport annuel et les invitations aux événements de PBI en France. Elle ne comprend pas l’abonnement au bulletin trimestriel Présence internationale. Je m’abonne au bulletin Présence internationale ◊ 10 euros par an Je souhaite participer aux activités de PBI dans ma région ◊ Suivi des missions ◊ Organisation d’événements Je souhaite faire un don de ◊ 30 euros, ◊ 60 euros, ◊ 100 euros, ◊ Autre : …… euros Nom : ......................................................................................................... Prénom :…………………………………………………… Adresse : ………………………………………………………………………………………………………………………… Code postal : …………………………………………… Ville : …………………………………………………….…. Tel. : …………………………………………………………… Email : …………………………………………………….... <<<< 12 7. Présence Internationale automne 2008 (pdf 3.4 MB) 11. Présence Internationale Printemps 2010L'actualité de PBI France et des projets au printemps 2010 P SOMMAIRE résence internationale Bulletin numéro 79 Hiver 2010 Édito p. 2 Le principe d’impartialité p. 3 Alain Richard : une vie dans le refus de la violence p. 4 « Les femmes sont en train de briser le silence » p. 6 Campagne médiatique de diffamation contre le projet PBI Colombie et plusieurs organisations accompagnées en Uraba p. 8 Ouverture d’une nouvelle équipe à Oaxaca p. 10 Xalala : le droit de participation de la population p. 11 PBI France p. 12 Yvonne Berner d’Allemagne et Sylvain Lefebvre de France lors d’un accompagnement à Casanare—Colombie PBI section française 21 ter, rue Voltaire 75011 Paris Tel./fax : 01 43 73 49 60 Émail : pbi.france@free.fr www.pbi-france.org « A la lumière de ce que j'ai vu et entendu [...] je peux conclure qu'il y a encore en Colombie des modèles de persécution à l'encontre des défenseurs des droits humains et souvent de leur famille. » Margaret Sekaggya, rapporteur spécial de l'ONU sur la situation des défenseurs des droits humains, en visite en Colombie en septembre 2009 Peace Brigades International est une organisation non gouvernementale internationale officiellement reconnue par le département de l’information de l’ONU. PBI est une organisation indépendante de tout intérêt économique, tendance politique ou croyance religieuse. À la demande expresse d’associations locales menacées, PBI organise une présence internationale protectrice dans les zones de conflit afin de sauvegarder l’espace politique nécessaire à l’action de la population civile en faveur d’une résolution non-violente des conflits. <<<< FRANCE Présence internationale n° 79 Chers lecteurs, En plein cœur de cet hiver bien froid et triste, un rayon de soleil nous est venu d’Indonésie, apporté par Suciwati, qui se bat depuis des années pour que justice soit rendue au sujet de l’assassinat de son mari Munir Said en 2004. Munir était le porte drapeau des familles des victimes du régime de Suharto (de 1968 et 1998). « Il n’hésitait pas à dénoncer les faits et à donner des noms » ditelle. Sa réputation avait franchi les frontières, il faisait connaître son combat contre l’impunité partout dans le monde (il est même passé par Paris en l’an 2000). Il devenait donc gênant, on l’a éliminé. Loin de se laisser abattre, malgré les pressions et les menaces, sa veuve a décidé de porter plainte. Il y a eu plusieurs procès : la justice a condamné les exécutants, mais les vrais commanditaires sont encore libres. Suciwati Allende Suukyi Suci, comme nous l’appelons avec une familiarité mêlée d’un peu de tendresse et de beaucoup d’admiration, n’a rien d’impressionnant à première vue. Mais sa détermination, son engagement politique pour les opprimés et les exclus (toute jeune, elle s’est engagée dans la défense de collègues de travail honteusement exploitées) forcent le respect. PBI Indonésie a accompagné Suci de 2006 à 2009, lorsqu’elle recevait des menaces très directes. Depuis l’accompagnement a cessé, mais PBI continue de la soutenir. Comme elle venait à Dublin à l’occasion d’un grand colloque sur la défense des droits de l’Homme, elle a souhaité passer à Paris pour faire connaître son combat. Nous avons ainsi organisé des rencontres avec Amnesty International et la FIDH, mais aussi avec le ministère des Affaires étrangères, le Groupe d’amitié parlementaire France-Indonésie, et le Barreau de Paris, et nous lui avons aussi ménagé une visite découverte de Paris. Tout cela grâce à la mobilisation de tout un groupe de nouveaux bénévoles sympathiques et motivés : un grand merci à eux ! Nous avons bon espoir que les retombées de ce voyage soient positives. Toujours au sujet de l’Indonésie, nous vous avons fait part dans le dernier Présence de notre préoccupation au sujet de la crise que traversait le Projet : ce fut en effet un moment très difficile, surtout pour les volontaires de Papua qui ont collectivement décidé de partir, et même de quitter l’Indonésie suite à des pressions et des menaces portant sur leurs visas. Notre action a surtout consisté à essayer de comprendre ce qui se passait, et à aider notre volontaire sur place. Tout ceci est maintenant derrière nous, François est rentré, nous l’avons même rencontré à Paris, il se tourne désormais vers l’avenir. Avant de terminer, un dernier rappel : l’Assemblée Générale aura lieu le 20 mars chez notre Présidente. Beaucoup de jeunes motivés, futurs volontaires comme Alice qui vient d’apprendre qu'elle était retenue pour la Colombie, ou Guillaume qui se prépare pour tenter sa chance pour le Guatemala, ou bien bénévoles pleins d’allant comme Maud, Anne-Caroline, Julien, Marine, Sandrine, Christophe, Jessica seront présents. Vous êtes tous conviés ! Georges Leperchey <<<< 2 Présence internationale n° 79 FRANCE >>>> Le principe d’impartialité Dans ce numéro, Cécile Dubernet, enseignante à l’Institut catholique de Paris et bénévole en charge des formations à PBI France, revient pour nous sur le dernier principe du mandat de PBI : l’impartialité. 'impartialité, littéralement ne pas prendre partie, est un concept juridique. Depuis la fin du XIXème siècle et l'avènement du droit international humanitaire (DIH), l'impartialité est devenue un principe d'action clé de nombreux acteurs intervenant dans des conflits. Les Conventions de Genève de 1949 la posent comme prémisse de tout engagement humanitaire en zone de guerre. En droit humanitaire, est impartial un secours apporté à une personne dans la détresse dans la mesure où la priorité est donnée aux plus nécessiteux et où cette action reste non-discriminatoire. L'équité dans des situations conflictuelles extrêmes doit reposer sur quelques repères fermes, sur des règles simples, des droits fondamentaux. Au cœur de la violence, c'est le droit à la vie qui prime, le droit aux soins médicaux pour les blessés, aux vivres pour les affamés. Pour le Comité international de la Croix rouge (CICR) comme pour Médecins sans frontières (MSF) ou d'autres ONG humanitaires, le besoin est le critère opérationnel fondamental. Complété par le principe de nondiscrimination, l'accent mis sur ce besoin peut impliquer de donner plus à une partie qu'à une autre. Or nourrir les réfugiés d'un camp ou les assiégés de Sarajevo sont des engagements qui peuvent contribuer à renforcer la résilience de populations civiles et, de ce fait, à prolonger le conflit. On est bien loin ici d'une action neutre au sens arithmétique du terme, c'est à dire d'une action qui ne change rien à l'équilibre des forces. L'acteur impartial rappelle la règle de droit sur le terrain du conflit et, lorsque cette dernière est bafouée, agit en faveur de son rétablissement. Son intervention a donc pour objet de changer la situation, non pas en faveur de l'un ou de l'autre des belligérants, mais en faveur du respect de quelques règles fondamentales dans la conduite du conflit. Est-il possible d'être impartial au-delà du champ strict humanitaire ? Les Brigades de Paix internationales (PBI) le prétendent. L'organisation applique dans le domaine des droits humains le même principe que le CICR dans le champ des droits de la guerre. Les équipes de PBI interviennent en soutien des droits fondamentaux d'acteurs de la société civile engagés dans des conflits politiques, économiques, sociaux et culturels. L'intervention des PBI consiste donc à rappeler quelques droits acceptés comme fondamentaux, en particulier la liberté de parole, le droit d'association, l'accès à une justice équitable. En effet, de même que les États ont signé les Conven- L tions et Protocoles humanitaires s'engageant à respecter le DIH (encore nommé « droit de la guerre »), les états dans lesquels PBI agit ont signé, et prétendent respecter, différents traités de protection des droits de la personne, entre autres, la Déclaration universelle des droits de L'Homme de 1948. De plus, la plupart de ces États ont inscrit dans leur constitution d'extensifs droits civils et politiques. Néanmoins, comme pour le droit de la guerre, le respect de ces règles de base est souvent aléatoire. Dans ce contexte la présence dite 'pro-active' des tiers est clé. En effet les observateurs sur le terrain enregistrent de façon fiable les écarts entre la norme déclarée et la réalité du conflit. Lorsque la norme humanitaire est bafouée, le CICR prend contact avec les autorités responsables et les rappelle à leurs obligations. L'organisation produit de nombreux rapports d'observation la plupart destinés aux acteurs armés engagés dans le conflit. En parallèle, l'organisation apporte aux victimes le secours dont elles ont besoin. Il est néanmoins important de comprendre que l'action de secours si visible n'est que la partie émergée de l'iceberg. Le CICR, gardien officiel du droit humanitaire, dialogue, pétitionne, engage, forme les acteurs armés à en respecter les règles de base. Dans le domaine des droits humains, il n'y a pas de gardien officiel, mais une multitude d'organisations institutionnelles et de la société civile, qui jouent un rôle similaire. Une petite ONG telle que PBI se concentre sur une dimension « essentielle » du travail : l'observation basée sur une présence de terrain, la collecte d'information, le relais et la pétition des autorités en charge, toujours dans le dialogue et le respect. C'est en ce sens que les PBI sont impartiales. Le cœur de leur mission n'est pas tant la défense de tel ou tel partenaire mais plutôt celle des droits fondamentaux de tous les acteurs du conflit. Si les PBI accompagnent des avocats dans les prisons, c'est tout simplement pour que ces derniers puissent effectuer un travail essentiel au respect de droits fondamentaux. PBI n'accompagne pas d'acteurs illégaux, voire violents, dans la mesure où ces derniers ne respectent pas le droit. En ce sens les Brigades de Paix donnent corps à une définition de l'impartialité qui n'est pas simplement négative. Comme le dit avec force Jean-Marie Muller, il ne s'agit pas d'être « ni pour l'un, ni pour l'autre » il s'agit d'être « à 100% pour les deux ». Je rajoute qu'il s'agit d'être à 100% pour une transformation du conflit dans le respect des règles de droit. Cécile Dubernet 3 >>>> <<<< FRANCE Présence internationale n° 79 Alain Richard : une vie dans le refus de la violence Ancien bénévole et adhérent infaillible à PBI France, Jean-Jacques Samuel a réalisé une interview en novembre 2009 d’Alain Richard, l’un des pionniers de PBI et militant infatigable de la non-violence. Il nous en retranscrit l’essentiel ici. e rencontre Alain Richard dans sa communauté franciscaine de Toulouse. Je vois un jeune homme de 85 ans avec une belle barbe et les yeux pétillants d'enthousiasme. Nous allons passer une heure agréable, ponctuée de grands éclats de rire et de moments émouvants. Comment veux-tu te présenter ? Je suis franciscain. Tous mes engagements découlent de là. Toutes les souffrances, avanies et morts dont sont victimes les petits, les personnes vulnérables me touchent très profond à l'intérieur de moi. Comment as-tu rencontré PBI ? Ça a été très accidentel. J'habitais Oakland (Californie). C'était en 1983, j'avais 59 ans. Je ne connaissais pas PBI. Je ressentais comme de plus en plus intolérable les conflits en Amérique centrale. Je travaillais sur un projet de jeûne sur la tombe de Mgr Romero. Dans ce contexte je rencontre Domingo Barbe qui m'invite à une session de non-violence à Panama organisée par le SERPAJ [Service de Paix et justice, organisation sociale d’inspiration chrétienne-œcuménique pour la reconnaissance des droits de la personne et des peuples]. J'y rencontre un avocat de Seattle qui explorait les possibilités pour démarrer le premier projet PBI. Peu après commence un jeûne à Panama où je représentais l'organisme Fast for Peacemakers. Ce jeûne devait se terminer au Guatemala. Le lendemain de ce jour-là devait démarrer le projet Guatemala. Cet avocat me téléphone peu avant pour me demander de rester 3 mois dans l'équipe. J'en parle à Domingo qui me répond : « C'est ce que tu souhaitais, non ? Tu ne savais pas comment ça allait t'arriver et ça t'arrive sur un plateau d'or ». J'accepte pour un mois. Parle nous de ce démarrage du premier projet PBI. Les débuts se sont passés dans des conditions aussi mauvaises que possible. Nous nous retrouvions à 2 suite à des refus de visa et renoncements. Avec moi, une femme quaker nord-américaine qui ne parlait pas espagnol et moi qui le parlait très mal. La maison était vide, nous mangions avec 2 petites fourchettes en plastique récupérées dans le jardin. Nous dormions sur des journaux et enveloppés dans un poncho. Nous n'avions que quelques feuilles précisant les "principes". Notre mission consistait à faire un rapport pour dire si c'était un bon endroit pour démarrer une équipe. J Qu'avez-vous pu faire dans ces conditions? Notre première visite fut pour Mario Sandoval Alarcon, un homme d'extrême droite dont nous ne savions pas alors qu'il était le père des escadrons de la mort. Notre première visite fut donc pour le "loup". Des policiers, des tourelles, entouré comme un général. - « Voici ce que nous envisageons, nous souhaitons recueillir votre opinion… » - « Mais oui, c'est une très bonne idée. Nous allons avoir des élections, vous pourriez vérifier qu'il n'y a pas de tricherie. » Or nous savions que son propre parti avait amené des tricheries. Nous avons attendu dix jours l'arrivée de Pablo Stanfield qui parlait couramment espagnol. Avec lui nous avons fait ce rapport au "Board" de PBI à Toronto, disant « il y a un sens, beaucoup de gens disent que c'est important ». Par exemple, il y avait encore des tribunaux d'exception. Des protestants viennent nous trouver pour des gens de leur communauté qui doivent passer devant ce tribunal et il y a de grandes chances qu'ils soient condamnés à mort et exécutés immédiatement. On s'est démenés avec Pablo allant voir notamment le nonce, l'ambassade américaine, etc. Finalement le jugement n'a pas eu lieu, le tribunal a été supprimé quelques semaines après et les deux personnes ont pu être libérées. Tu es retourné par la suite au Guatemala dans une équipe PBI. Je suis retourné 5 fois au Guatemala dont un séjour de 7 mois. C'est seulement deux ans après que nous avons pu réfléchir, avec notamment Didier Platon, à ce qu'on voyait comme axe à privilégier : donner un peu d'oxygène à des gens qui se trouvaient comme une souris à côté d'un lion. Il a fallu découvrir s'il y avait une raison d'être et puis découvrir la façon d'être pour être le plus efficace possible par exemple avec l'accompagnement. Nous avons dû nous adapter de façon pragmatique pour affiner des outils de pensée qui allaient nous servir ailleurs, comme au Sri Lanka ou Haïti. Peux-tu nous conter quelques anecdotes sur ton séjour au Sri Lanka ? L'équipe venait de démarrer et le responsable a dû par- <<<< 4 Présence internationale n° 79 FRANCE >>>> tir. On m'a demandé de le remplacer. Nous étions 3 dont un américain et une anglaise connaissant peu PBI. Nous étions en lien avec Sulak Sivaraksa, un moine thaïlandais. Nous escortions un avocat menacé. L'attaché de l'ambassade d'Angleterre vient nous voir et nous dit : « Mon patron voudrait vous voir ». Nous nous rendons à son invitation. Un homme de grande prestance avec monocle : « J'ai un seul conseil : partez le plus rapidement possible ». Je regarde mes compagnons « Monsieur le High Commissioner, dans PBI we don't know how to pack up (nous ne savons pas faire nos bagages) ». Puis nous nous apprêtons à prendre congé poliment. « Non non restez ! », et à son attaché « Je veux voir cet avocat qu'ils protègent, ici à l'ambassade et le plus tôt possible ». Il nous accompagne, nous le remercions ; « Ne me remerciez pas, c'est moi qui tiens à vous remercier, nous étions désespérés et vous nous donnez l'espoir ». Larmes d'émotion que nous essayons de cacher en passant devant le soldat en faction dans la guérite. 20 ans après j'en suis toujours ému. Des histoires de ce type Alain en a plein sa besace, des dizaines et des dizaines bouleversantes. Il m'en racontera certaines comme celle de ce haut fonctionnaire des RG (en Amérique centrale) qui fait savoir par un intermédiaire à l'équipe PBI qu'il a l'ordre de préparer contre eux un coup fourré, ce qui permet à l'équipe de s'en protéger. C'est le pouvoir du satyâgraha [nom que Gandhi donnait à la non-violence et qui signifie approximativement « témoignage pour la vérité »]. C'est le fer de lance du pouvoir transformateur de la non-violence. Il introduit des doutes chez l'adversaire, qui à un moment décide « non je ne peux pas, je ne suis pas un salaud ». Et aujourd'hui, Alain, qu'est ce que tu deviens à 85 ans ? Je ne me suis pas arrêté. Comme PBI n'a pas pu me verser la retraite du militant non-violent, je continue d'être actif et à mettre mon grain de sel ici ou là. Vous pourrez en savoir plus en lisant le livre que je viens d'écrire, paru fin décembre : Une vie dans le refus de la violence. Entretien avec Christophe Henning; édition Albin Michel. Je ne saurais trop vous recommander ce livre écrit par un homme plein d'humour, tourné vers l'avenir, enraciné dans la spiritualité de Saint François, animé par une foi profonde dans les êtres humains. Après l'avoir vu (ou lu) on a une plus haute idée de l'Homme sans naïveté ni irénisme. C'est la marque des grandes âmes. Jean-Jacques Samuel ■ ALAIN RICHARD ■■ ALAIN RICHARD Entretiens avec Christophe Henning Une vie dans le refus de la violence Entretiens avec Christophe Henning Une vie dans le refus de la violence ■ Depuis maintenant deux ans, dans plus d’une centaine de villes françaises, des citoyens venus de tous les horizons se regroupent en cercles sur les places publiques. Ces cercles de silence sont autant de manifestations d’un nouveau genre, censées attirer l’attention du public et des pouvoirs sur la situation inhumaine faite aux étrangers sans papiers dans les centres de rétention. L’inspirateur de ce mouvement inédit, qui est parti de la place du Capitole à Toulouse, est un franciscain, vieux sage à la barbe blanche et au sourire espiègle, personnalité charismatique et en même temps profondément humble. La non-violence du frère Alain Richard, inspirée de l’Évangile, de Gandhi et de la geste du poverello d’Assise, est essentiellement orientée vers la défense des plus démunis. Défense concrète et subversive qu’il a exercé, au risque de sa santé et même de sa vie, aussi bien dans les quartiers populaires de Chicago que chez les déshérités du Guatemala, au temps des dictatures les plus sanglantes. Interrogé par Christophe Henning, journaliste au mensuel Panorama, Alain Richard nous livre avec humour et profondeur le récit de cette vie turbulente, tout entière consacrée à la justice et à la non-violence. En librairie le 6 janvier 2010 - 18 e - ISBN 978 2 226 19138 0 5 >>>> <<<< NÉPAL Présence internationale n° 79 « Les femmes sont en train de briser le silence » Du 13 au 22 novembre, PBI France accueillait pour la première fois des défenseures népalaises des droits humains : Indira Ghale, membre de Protection Desk – Népal (PD-N) et Laxmi Devi Kadhka, conseillère au Comité des victimes du conflit (CVC). Cette tournée de sensibilisation visait à attirer l’attention sur la participation des femmes au processus de paix et leur engagement pour la reconnaissance de leurs droits. Entre deux rendez-vous, Anne-Caroline Duplat, nouvelle bénévole à PBI France, les a interviewées. ourriez-vous tout d’abord dire quelques mots sur vos histoires personnelles respectives ? Laxmi : Je suis née en 1970 dans le district de Bardiya, la région du Népal constituée de plaines. J’ai grandi dans une famille de fermiers, avec mes parents et mes deux frères. A l’âge de 16 ans, je me suis mariée et j’ai dû quitter l’école pour m’occuper de ma famille. Trois ans plus tard j’ai eu mon premier enfant, un fils, puis deux filles. Mon mari ayant trouvé du travail en Inde, il s’absentait pendant de longues périodes et j’ai élevé mes enfants en grande partie seule. Indira : C’est dans la partie montagneuse du Népal, à Dhankuta, que je suis née en 1967. Je viens d’une famille dalit (intouchable -la plus basse des classes sociales). Nous étions sept enfants à la maison, cinq filles et deux garçons. Nos parents étaient analphabètes, mais ma mère –qui s’était mariée à l’âge de 14 ans et eut son premier enfant un an plus tard- tenait à ce que nous allions à l’école. A l’âge de 7 ans, j’ai fini première d’un concours régional –devant 400 participantes- et obtenu une bourse pour étudier à Katmandou. C’était du jamais-vu pour une dalit comme moi. Deux ans plus tard, je quittai ma famille pour m’installer dans la capitale, que l’on mettait trois jours à atteindre à cette époque. J’y suis restée plusieurs années et ne revins chez moi que lors du décès de ma mère, à 17 ans, pour m’occuper du reste de la famille. Quel événement ou suite d’événements est à l’origine de votre engagement pour la défense des droits de l’homme dans votre pays ? Laxmi : Le lendemain du mariage de ma fille, soit le 13 mars 2004, mon mari a disparu aux alentours de 20h45. Les Maoïstes (CPN-M) étaient venus le chercher en faisant croire qu’ils voulaient lui parler pendant 5 minutes à l’écart de la maison. Il n’est jamais revenu. Quinze jours pour tard, les Maoïstes annoncèrent dans le journal local qu’ils l’avaient tué pour avoir mal agi dans la communauté –le CPN-M opérait selon sa propre justice et ne répondait de personne. Je n’ai jamais pu récupérer le corps de mon mari. Indira : C’est en revenant à Dhankuta que j’ai été confrontée à la réalité du Népal. Il y avait peu ou pas de discrimination au sein du foyer dans lequel j’avais vécu à Katmandou. Par contraste, j’ai ressenti une forte <<<< 6 P discrimination au sein de la communauté dans laquelle je revenais –pour nous les dalits, tout était plus difficile, l’accès à la nourriture et aux soins, la pratique de la religion… Je ne me sentais même plus comme un être humain ! Je ne me pouvais me résoudre à subir cette situation, que je vivais comme une véritable torture mentale. Qu’avez-vous fait par la suite ? Laxmi : En 2006, en écoutant la station de radio locale, j’ai entendu parler du Comité pour les victimes du conflit. Initialement mis sur pied par le Comité international de la Croix Rouge, le CVC est depuis devenu une organisation indépendante. Je me suis présentée au CVC et suis devenue membre, puis conseillère. Le CVC, qui compte 250 membres (la plupart sont des proches de Népalais qui ont souffert aux mains des rebelles et du gouvernement), est la première organisation indépendante qui s’occupe des victimes du conflit, notamment dans le district de Bardiya, qui a été particulièrement touché par les crimes et la violence. Indira : Peu après mon retour à Dhankuta, j’ai entrepris de sensibiliser les dalits et le reste de la population aux discriminations dont nous étions victimes et je me suis engagée auprès d’une ONG locale active dans la défense des droits humains. Puis j’ai lancé un petit groupe constitué de femmes dalits mais aussi de femmes provenant d’autres classes sociales –notamment les brahmanes [caste la plus élevée] et les indigènes. A la fin de l’année 2004, après avoir passé un entretien avec Protection Desk, j’ai suivi une formation sur la sécurité et la protection. Ils m’ont alors désignée comme représentante locale dans l’Est du Népal. Je suis ensuite devenue une employée de Protection Desk pour former les défenseur(e)s des droits humains –d’abord dans ma région, puis dans tout le Népal. Depuis 2005 je suis basée à Katmandou et je parcours le pays, mais je suis toujours activement impliquée dans le groupe de femmes à Dhankuta ainsi que dans d’autres projets. Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans le cadre de votre activisme ? Laxmi : Faire de l’activisme dans un tel environnement n’est pas simple. On se bat pour obtenir la vérité mais on fait face à de tels obstacles… Il est quasiment impossible d’exercer une pression sur le gouvernement. D’autre part les membres du CVC ne comprennent pas Présence internationale n° 79 NÉPAL >>>> ses à vouloir se battre pour leurs droits et faire avancer le débat sur ces questions. Comment percevez-vous le rôle et l’impact de PBI au Népal ? Laxmi : PBI entretient des liens très proches avec le CVC. Nous bénéficions d’une protection et d’un accompagnement accrus. Grâce à PBI, nous avons une plus grande liberté de parole, et cela se ressent dans les démarches que nous entreprenons pour arriver un jour à connaître la vérité. Indira : PBI travaille de façon rapprochée avec Protection Desk. L’organisation est intervenue dans 68 des 75 Indira et Laxmi (au centre) ont partagé leur expérience avec les participants et formateurs de la Journée d’orientation du 14 novembre. De gauche à droite : Maud Batellier, Georges Leperchey, Anne-Caroline régions du Népal et continue d’être Duplat, Guillaume Riboulo, Licia Nardi, Julien Antonio et Cécile Dubernet. particulièrement active auprès des défenseur(e)s issus de groupes minoritoujours que les procédures prennent du temps. Ils sont malheureusement nombreux à être influencés par taires. Quant à moi je considère PBI comme un des leles partis politiques, qui cherchent à les éloigner du Co- viers les plus importants dans le combat que je mène. mité. Et il est parfois difficile de prendre part à des ré- C’est une sorte de parrain ou de marraine –je les ai connus au moment où j’étais visée par le CPN-M et le unions, notamment en raison du manque de sécurité. gouvernement, et ils m’ont beaucoup aidée, notamIndira : Les difficultés sont multiples. Les défenseur(e)s ment lors de mes déplacements. Plusieurs organisations des droits humains sont la cible de menaces constantes, nationales et internationales participent à la défense des tout comme les journalistes. Tant de crimes ont été droits humains au Népal, mais je pense que PBI joue commis… Et les pouvoirs en place n’ont pas intérêt à un rôle fondamental. PBI redonne espoir à ceux qui rendre publique la vérité. Et puis la condition des femn’en avaient plus, tout simplement. mes au Népal est particulièrement difficile. Il existe 57 lois discriminant les femmes ! Le gouvernement ne fait Qu’attendez-vous de cette tournée en Europe ? pas grand chose pour protéger les femmes et régler les Laxmi : Je souhaite partager mon histoire avec le public problèmes dont elles sont victimes. Mais leur combat et les gouvernements. J’espère que cela permettra commence au sein même de leurs familles -plus de la d’exercer une pression sur le gouvernement népalais moitié d’entre elles sont mariées avant l’âge de 15 ans. afin que les actions du CVC soient soutenues et que Toutes ces injustices sont exacerbées pour les femmes justice soit rendue. Je vois à présent que la condition dalits. Le système de castes est très ancré au Népal, des femmes au Népal est très rétrograde par rapport à même au sein des groupes de défenseur(e)s. celle des femmes en Europe. Je sais maintenant qu’il Avez-vous tout de même constaté des améliora- est nécessaire de se battre et d’exiger ses droits pour les obtenir. tions ? Indira : Ce voyage est une opportunité de créer et étenLaxmi : Je sens que notre voix commence à être malgré dre les réseaux de contacts, de militer pour les droits tout entendue par le gouvernement, mais aussi au-delà humains –et de la femme. Avec la tournée, j’espère de nos frontières. faire prendre conscience des problèmes qui existent au Indira : Lorsque j’ai commencé à faire de l’activisme, les Népal, et insister sur l’importance du financement des conditions étaient très difficiles. En tant que femme organisations locales, qui interviennent au plus près des dalit, défenseure des droits humains et célibataire, je populations. Cette mobilisation doit se poursuivre, il faisais face à des obstacles familiaux, sociaux, politiques reste tant à faire. Je suis très reconnaissante envers PBI qui me semblaient insurmontables… Je me sentais très de m’avoir permis de faire cette tournée, car elle me seule. Je suis fière du chemin parcouru depuis, je me donne un nouvel élan. Je me sens pleine d’énergie et considère un peu comme un exemple –très peu de gens continuerai à aider les gens du mieux que je peux dans parviennent à ce genre de poste, encore moins les fem- mon pays. mes dalits. De façon générale les femmes sont en train de briser le silence, elles sont de plus en plus nombreuAnne-Caroline Duplat 7 >>>> <<<< Colombie Présence internationale n° 79 Campagne médiatique de diffamation contre le projet PBI Colombie et plusieurs organisations accompagnées en Uraba Le 14 décembre dernier, le Wall Street Journal (USA) publiait un article intitulé « Les ONG amies des FARC »1 accusant ouvertement plusieurs associations accompagnées par PBI (la Communauté de Paix de San José de Apartadó, la Commission inter-ecclésiale Justice et Paix (CIJP), le Comité des droits de l'Homme Luis Eduardo Guerra composé du Père Javier Giraldo, d’Edward Lanchéro et de Gloria Cuartas) ainsi que PBI elle-même de collaborer avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Cet article a marqué le début d’une intense campagne de diffamation qui a conduit certains journalistes à accuser la CIJP et PBI d'être les « auteurs intellectuels » de l’assassinat de deux leaders afro-colombiens de la région de Curvaradó. ccuser publiquement la société civile d'entretenir des relations avec les groupes armés : le concept de « señalamiento » Ce n’est malheureusement pas la première fois que les associations accompagnées par PBI doivent faire face à de telles insinuations. Les défenseurs colombiens, qui travaillent sur les crimes commis par l'État, ont même donné un nom à cette stratégie qui est passé dans le jargon populaire : le « señalamiento » (le signalement) ; ce qui veut dire : accuser publiquement une personne ou une organisation de collaborer avec l’insurrection ou, plus directement, d’être guérillero. Dans un pays où la société civile est très marquée par la présence des armes, où l'État de Droit est bien souvent absent et où la priorité de la politique intérieure est de lutter contre le terrorisme, signaler que quelqu’un appartient à une des factions en lutte signifie souvent le condamner à une mort violente… surtout dans le cas de défenseurs pour la plupart déjà menacés. Face à l'amplitude du problème, une directive du ministère de la Défense2 a été émise à ce sujet. Les lacunes de l'État colombien en la matière ont été à maintes reprises dénoncées au cours de l’année 20093. De telles accusations publiques ont, bien souvent, pour autres conséquences, des arrestations arbitraires sur la base de dénonciations infondées4 comme dans le cas de Carmelo Agámez secrétaire technique du Mouvement national des victimes de crimes d’État de Sucre, détenu depuis un an parce qu'il aurait des liens avec les paramilitaires. A l‘heure actuelle, le jugement n’a toujours pas eu lieu et les procédures judiciaires présentent de graves irrégularités5. La diffusion de témoignages de démobilisés comme source unique d’information... Dans ce dernier cas, les accusations se basent exclusivement sur les déclarations de Danis Daniel Sierra alias « Samir » ex-commandant d’une colonne des FARC qui sévit dans la région d’Uraba. Démobilisé officiellement en mai 2009, ce personnage s’est ingénié à affirmer dans de multiples médias (journaux, radios) que la Communauté de Paix était une façade du groupe armé et qu’elle manipulait les organisations internationales en détournant leurs fonds. La Communauté a répondu à plusieurs reprises à ces accusations6, notamment face <<<< 8 A aux Nations unies et à certaines ambassades. PBI a réagi comme les autres organisations qui appuient directement ou indirectement la Communauté de Paix (OXFAM, Amnesty International...). Un des bailleurs de PBI, Mensen met een Missie, directement mis au ban par ces accusations7, a mis en place une évaluation interne de la gestion des fonds adressés a la Communauté. PBI a pu accueillir les auditeurs de Mensen met een Missie durant l'automne 2009. L’évaluation a démenti clairement les allégations de détournement de fonds. Malgré le peu de crédibilité accordé par les entités gouvernementales et internationales aux déclarations de « Samir », ce sont les mêmes déclarations qui furent reprise par la journaliste Mary O'Grady (du Wall Street Journal) sans plus de questionnements. Que ce type d’insinuations soient courantes dans le quotidien des défenseurs est un fait, souvent vérifié par les volontaires de PBI sur le terrain (sans compter les entretiens avec les autorités colombiennes de caractère privé). En 2009, PBI a répertorié une vingtaine d’articles de journaux nationaux à caractère diffamatoire. Que ces insinuations soient divulguées à l’échelle internationale dans des grands journaux comme le Wall Sreet Journal est plus que préoccupant en terme de conséquences : perte d’appuis internationaux politiques et financiers, légitimation d’une stratégie de répression des défenseurs et légitimation d’informations peu crédibles. ...a pour conséquence la violence directe sur le terrain Peu de temps après la sortie de cet article, deux leaders de la zone du Bajo Atrato (zone de Curvaradó et Jiguamiandó) où la CIJP accompagne une partie des communautés retournées sur leurs terres, furent assassinés8 : les faits ont été le jour même imputés à la guérilla, sans enquête préliminaire. A ce jour, les résultats de l’enquête n’ont toujours pas été communiqués. Immédiatement après cet acte criminel, les journalistes qui, durant toute l’année avaient été les auteurs réguliers des insinuations les plus contestables, se référant à l'article du Wall Street Journal, ont publié une série d’articles suivant la même dialectique allant jusqu’à accuser la CIJP et PBI d’être les « auteurs intellectuels » du crime. Syllogisme imparable : les ONG sont le bras civil des FARC dans la zone, le meurtre a été commis par les FARC, donc les ONG sont coupables du crime. PBI et la CIJP9 Présence internationale n° 79 NÉPAL>>>> ont bien entendu exprimé leur profonde tristesse face à ce double crime, démenti publiquement ces accusations sans plus de fondements majeurs que la plume de quelques journalistes, et exigé que l’enquête sur ce crime soit effective et les coupables jugés. Lier un groupe social10 à un acteur armé particulier comme nous l’évoquions plus haut a des conséquences dramatiques en Colombie : le groupe adverse répond toujours par la violence. Le 13 janvier, Argénito Díaz membre du Conseil majeur de Curvaradó fut assassiné : il était menacé par les groupes paramilitaires reconstitués après la démobilisation11 qui sévissent toujours dans la zone. Argénito était membre d’ASCOBA12 et avait travaillé avec la CIJP lors de l’élaboration du cadastre de la zone de Curbaradó. Face à la gravité du problème, le Comité interinstitutionnel des Alertes Précoces13 a déclaré une « Alerte Précoce » pour la région du Bajo Atrato, suite à un diagnostic des populations à risque de la zone réalisé par la « Defensoría del Pueblo », organisme étatique chargé de la protection des droits humains (Ministère public). Dans ce rapport, la Defensoría analyse les campagnes de diffamation comme un des facteurs majeurs de risques : « Ces campagnes publiques incluent des communiqués payants dans des médias de grande diffusion, ou des éditoriaux qui accusent la CIJP et PBI d’ingérence dans le but de favoriser la subversion. De telles accusations, dans le contexte actuel du conflit caractérisé par la présence de groupes armés illégaux constitués à la suite de la démobilisation des Autodéfenses unies de Colombie, constituent la source de la majorité des violations graves des droits humains » (in Sistema de Alerta Temprana, Informe de riesgo nº 03109 a.i., 21 décembre 2009, « Financement de campagnes de discrédit contre les humanitaires et les communautés en résistance », p. 9) Quelle réponse de PBI ? PBI a dû élaborer un plan d'intervention face à ces attaques. Notre réseau d’appui, le corps diplomatique et les Nations unies ont d’ores et déjà exprimé tout leur soutien au travail de protection de PBI. Nous avons répondu directement au Wall Street Journal dans un droit de réponse qui a été publié. Un communiqué public de PBI International a été aussi publié sur le site de l’organisation. De même, les organisations accompagnées ont elles aussi réalisé un travail d’éclaircissement des faits et de propositions concrètes. La CIJP, par exemple, a proposé une réunion tripartite entre un représentant de l’État, « Samir » et l'OACNUDH dans le but de confronter les déclarations du démobilisé. A ce jour, l’État colombien n'a pas répondu à cette proposition. Si nous estimons peu probable l'occurrence d'actes violents à l’encontre des volontaires de PBI en Uraba, le risque direct pour les organisations accompagnées et les communautés réinstallées est tout autre, surtout pour celles qui ne bénéficient d’aucune garantie en terme de protection. Nous réitérons dans chacune de nos entrevues nos préoccupations et la nécessité d’obtenir une déclaration publique du gouvernement rétablissant la réputation et la légitimité des communautés et organisations accompagnées victimes des diffamations. Dans le contexte actuel du conflit colombien, faire connaître l’impartialité des ONG et des défenseurs est plus que nécessaire pour continuer de protéger le travail en faveur des droits humains. PBI s’efforce de la faire tout en soulignant la nécessité de respecter les procédures judiciaires avant diffusion de toute information non vérifiée. Frédéric Latour Volontaire PBI Colombie http://online.wsj.com/article/SB126074385559789749.html Directive 09 de 2003 qui oblige les membres de la Force publique à protéger les syndicalistes et les défenseurs des droits humains, à prendre au sérieux les menaces reçues et qui insiste pour que « tout le personnel du ministère s’abstienne de faire des déclarations infondées qui puissent mettre ces personnes en danger ». 3 Le 13 décembre 2009, un des premiers journaux du pays El Espectador a publié un article intitulé « la guerre politique du DAS » pour alimenter le débat du scandale des écoutes téléphoniques dévoilé tout au long de l’année. Cet article explique comment l’Intelligence colombienne (DAS) qui dépend directement de l’exécutif « a planifié des stratégies pour délégitimer et diviser les ONG et les partis politiques d’opposition » 4 Dans son rapport annuel de 2008 sur la Colombie, l'OACNUDH (Bureau du Haut commissaire des Nations unies pour les droits de l'Homme) souligne que « la Fiscalía General de la Nación –équivalent du Parquet– continue d’émettre des mandats d'arrestation, pour motifs de rébellion, sans bases juridiques solides, ce qui se traduit par des détentions arbitraires. Ces mandats d'arrêt sont pour beaucoup d’entre eux fondés sur les dépositions d’ex-membres de groupes insurrectionnels démobilisés qui reçoivent des primes et divers avantages de l’État pour participer à de telles poursuites judiciaires. Ceci fait que l’information obtenue n’est pas toujours crédible » (in B. Detenciones ilegales y arbitrarias, p.9) 5 Voir bulletin de PBI Colombie de décembre 2009 6 Voir communiqués de la Communauté de Paix de San José d’Apartadó www.cdpsanjose.org 7 A l’époque les déclarations de Samir avaient aussi été reprises par un journaliste néerlandais qui concluait en demandant des comptes à la coopération néerlandaise (articles de Harm Ede Botje dans la revue Vrij Nederland du 12 juin 2009 et du 25 juillet 2009). 8 Il s’agissait de 2 leaders de déplacés des zones de Curbaradó et Jiguamiandó en désaccord avec les projets de retour appuyés par les ONG dans la zone. 9 Rapport 30 CIJP En pleine campagne de désinformation et signalements Justice et Paix exige une enquête efficace sur les crimes dans le Curvaradó, 22 décembre 2009 : http://justiciaypazcolombia.com/En-medio-de-campana-de 10 En l’occurrence les communautés réinstallées de Curbaradó et Jiguamiandó accompagnées par la CIJP, ASCOBA et CINEP, autres organisations que PBI a accompagnées dans la zone durant les premières années du retour en 1999. 11 Voir Bulletin spécial de PBI sur Curvaradó; la zone de Curvaradó, depuis les opérations conjointes de l’armée régulière et des Autodéfenses unies de Colombie (groupe paramilitaire) qui ont conduit au déplacement massif de la population à la fin des années 90, souffre toujours des exactions de ces deux acteurs armés malgré la démobilisation officielle des AUC en 2005. La guérilla réapparaît sporadiquement depuis peu. Sur les échecs du processus de démobilisation de 2005, voir le dernier rapport de Human Rights Watch. 12 Association des Conseils communautaires et organisations du Bas Atrato ; pour plus d’information voir : http://www.irenees.net/fr/fiches/analyse/ficheanalyse-139.html e t h ttp://www.irenees.net/fr/fiches/experience/ficheexperience-27.html 13 Groupe de travail inter-institutionnel chargé de coordonner la réponse face aux évaluations de risques provenant de la « Defensoría del Pueblo ». Le but des Alertes précoces du CIAT est d'alléger ou stopper les exactions concernant les droits humains dans les zones de conflit les plus vulnérables en coordonnant une politique étatique décentralisée et multi-institutionnelle en termes de protection. 2 1 9 >>>> <<<< MEXIQUE Présence internationale n° 79 Ouverture d’une nouvelle équipe à Oaxaca Depuis que le Projet PBI Mexique (MEP) s'est implanté au Mexique, l'Etat de Oaxaca a toujours été considéré comme prioritaire et comme l'un des Etats où la présence internationale était nécessaire. Pendant plusieurs années l'équipe de Guerrero1 s'est ainsi déplacée à Oaxaca pour répondre aux demandes des organisations et réaliser accompagnements, ateliers de sécurité ou encore des visites ponctuelles afin de diffuser vers l'étranger les problématiques propres à cet Etat. n octobre 2008 le projet était suffisamment mûr pour envoyer sur le terrain une équipe de deux personnes ayant pour mission de réaliser un diagnostic de la situation et des possibilités d'une implantation permanente de PBI dans la région. De plus, suffisamment d'éléments conjoncturels permettaient d'y prévoir l'ouverture d'un bureau. Les évènements de 20062 avaient mis en évidence une situation sociale très conflictuelle à l'origine de nombreuses violations des droits humains, une forte répression aujourd'hui encore impunie et un manque total de dialogue entre les autorités et la société civile. Au bout de six mois les conclusions de cette première mission exploratoire ont mis en évidence une société très fragmentée, l'insécurité dont sont victimes les défenseurs de droits humains et la nécessité d'une présence internationale qui couvrirait en priorité trois problématiques : l'impunité et le manque d'accès à la justice, les ressources naturelles et les méga projets de développement, et enfin les droits des peuples indigènes. En conséquence, depuis mai 2009 le MEP maintient de façon permanente une équipe de 4 à 5 volontaires dans la ville de Oaxaca. L'ouverture d'une nouvelle équipe a signifié une soudaine expansion du projet Mexique. Adapter notre stratégie, apprivoiser la conjoncture et les acteurs de ce nouvel environnement, construire une équipe et s'assurer de sa cohérence avec celle de Guerrero afin de maintenir une certaine homogénéité dans le projet, bâtir une relation de confiance avec les organisations de la région et recevoir une première demande... autant de défis à relever ! En quelques mois à peine les quelques volontaires y sont arrivés. Aujourd'hui ils accompagnent deux organisations, font partie à part entière du MEP et sont les témoins et artisans de l'excitante phase de lancement d'une nouvelle équipe PBI. Après une période d'approche entre PBI et les organisations de défense des droits humains de Oaxaca, 2 ONG ont franchi le pas et reçoivent aujourd'hui un accompagnement international. La première, Cedhapi (Centre de droits humains et de conseil des peuples indigènes) est une organisation qui dénonce des cas de graves violations des droits humains dans la région mixtèque et assure leur défense devant les tribunaux. Elle suit en particulier le cas de Santo Domingo Ixcatlán, une commune en proie aux conflits de la terre où s'est déroulé un massacre en avril 2008. Depuis, 177 habitants de cette commune sont couverts par des mesures de protection de la Commission interaméricaine des droits de l'Homme (CIDH). <<<< 10 E En novembre 2009, PBI a également accepté la demande d'accompagnement du Comité de libération 25 novembre3. Cette organisation, née du contexte de 2006, travaille pour trouver une solution aux 139 détentions arbitraires perpétrées le 25 novembre 2006 et se bat contre le manque de justice. En particulier elle défend le cas de Juan Manuel Martínez, un activiste injustement emprisonné et jugé pour le crime du journaliste étasunien d'IndyMedia4, Brad Will dont le procès est truffé d’irrégularités. Ce cas est d'autant plus polémique que les Etats-Unis conditionnent l'arrivée des ressources du Plan Mérida5 à l'avancée de l'enquête sur ce cas. Le Comité 25 novembre a souffert à plusieurs reprises de harcèlement et de surveillance. En conséquence, ses membres sont eux aussi bénéficiaires de mesures de protection de la CIDH depuis 2007. Enfin, l'équipe continue de s'ouvrir à de nouvelles organisations en particulier à travers des ateliers de sécurité et des tournées dans l'Etat de Oaxaca. L'objectif est d'y rencontrer autorités, ONG, communautés, journalistes afin de mieux cerner les acteurs et les dynamiques à l'oeuvre dans Oaxaca et d'ouvrir d'éventuels nouveaux terrains de travail. Face à cette belle avancée, il reste cependant plusieurs obstacles à surmonter. Outre la consolidation de notre présence dans ce nouvel Etat, la problématique de la construction de la paix reste encore à creuser. Elle est d'autant plus difficile à aborder que la société civile de Oaxaca est extrêmement fragmentée, très marquée sur un plan psychosocial par le conflit de 2006-2007 et par la stigmatisation dont sont victimes les défenseurs et militants des droits humains. L'équipe ne manque cependant pas d'énergie et de volonté pour aller de l'avant. Si tout va bien, elle devrait s'agrandir cette année pour pouvoir répondre au nombre croissant de demandes d'accompagnements. Marianne Bertrand Bureau de Coordination sur le terrain 1 2 6 à 8 volontaires PBI dans la ville de Chilpancingo, Guerrero depuis 2000. En 2006 les problèmes sociaux de Oaxaca (pauvreté, exclusion, absence de démocratie participative) se cristallisent en une longue crise sociale et politique que le gouvernement est incapable de gérer. Celle-ci démarre par la confrontation entre une faction des fonctionnaires de l’éducation (la section 22) et le gouvernement pour de meilleures conditions de travail. Elle est suivie par la création de l’Assemblée populaire des peuples de Oaxaca (APPO) qui soutient d'abord la Section 22 puis rassemble plus largement les secteurs de la société opposés au gouvernement. Celui-ci réagit par la violence et la répression et étouffe les manifestations par la force. Pour plus d’information : http:// www.serapaz.org.mx/paginas/oaxaca.html, en particulier voir le rapport de la Commission civile internationale d'observation des droits. 3 http://comite25denoviembre.org/ 4 Collectif de médias et de journalistes indépendants 5 Programme de coopération signé depuis 2008 entre les États-Unis et le Mexique pour combattre le crime organisé, en particulier, le narcotrafic. Présence internationale n° 79 GUATEMALA >>>> Xalala : le droit de participation de la population Le projet hydroélectrique de Xalala fut initié par des instances internationales et le gouvernement guatémaltèque avec comme objectif la construction d'une centrale répondant aux besoins énergétiques de la région. Ce projet et son histoire symbolisent comment l'État entreprend un projet de développement sans consulter les communautés directement affectées et ignorant comment les Indigènes conçoivent le développement. Cet article nous renseigne sur les possibles effets directs sur le milieu naturel des communautés de la région, ainsi que sur l'histoire de leur résistance. alala se trouve entre Ixcan (Quiché) et Coban (Alta Verapaz). Dans cette région se rejoignent les rivières Chixoy et Copon dont la centrale s'alimente. Attirés par sa richesse naturelle, depuis 1970, les gouvernements militaires successifs ont choisi cette région pour mener à bien un projet de développement1, coïncidant avec la politique d'expropriation et de nombreux massacres commis par l'armée contre la population majoritairement indigène qui s'opposait à ce développement imposé par l'État2. S'il arrivait à terme, ce projet serait le second plus important du pays3. C'est en septembre 2007 que l'Institut national d'électrification (INDE) lança l'appel d'offre international de la CHX4. Mais un an plus tard la INDE se retrouva avec des déclarations de désintéressement des entreprises internationales. Luis Solano met en cause "la crise internationale qui a limité les liquidités et les crédits, ainsi que la forte opposition communautaire à la CHX". Selon Solano, "plusieurs investisseurs intéressés mentionnèrent deux problèmes clés : 1) Face à la gestion des conflits sociaux et l'acquisition des propriétés, l'investisseur se retrouvait seul, sans l'appui de l'État. 2) L'étude de faisabilité n'existait pas. Elle restait à la charge de l'investisseur5. Quant à la population affectée, les manifestations sociales ont révélé un refus quasiment unanime. Selon Marcos Ramirez, maire de Playa Grande, l'opposition au projet est présente dans 178 communautés ; 30 d'entre elles devront être déplacées si la centrale se finalise6. De plus, Ramirez estime que "ce genre de projet ne bénéficie qu'aux entreprises transnationales au détriment des communautés, et il est évident que les gens s'opposent aux études menées car elles ne disent pas où ils seront déplacés avec leurs semences et leurs animaux"7. En avril 2007, 21 155 personnes ont été consultées, dans 144 communautés d'Ixcan. Cette consultation révéla que 18 982 personnes se positionnèrent contre la CHX et 1 829 pour. Ce résultat peut s'expliquer par une étude menée par l'Initiative de Copenhague pour l'Amérique centrale et le Mexique (CIFCA) qui dénonce entre autre "l'inondation des noyaux d'habitation, des terres cultivées, des terres fertiles, la coupure des voies de communication et de la profonde relation que les communautés entretiennent avec leur terre et leurs ressources"8. Malgré la forte opposition et en réponse aux incertitudes des investisseurs, la INDE décida que l'État se chargerait de l'étude de faisabilité. Cette étude impliquerait "le recen- X sement de la population, des services, de l'éducation, de la santé, des activités économiques, de l'habitat et de la sécurité alimentaire. De plus elle devra s'intéresser aux aspects culturels, au projet de développement, et à la perception de l'énergie électrique (par les communautés). Un autre point important sera d'estimer les possibilités de conflit"9. Le but est d’élaborer une stratégie d'intervention qui permette à la INDE de créer un climat de confiance avec la population. Cette stratégie devra prendre en compte les caractéristiques de la population et son organisation sociale. Elle devra inclure la prévention des conflits. Edwin Barrios, gérant de la INDE s'exprime à ce sujet : "Si nous n'entrons pas en relation harmonieuse avec les communautés, les projets n'aboutiront pas"10. Ces consultations ne sont pas seulement un droit reconnu par l'accord 169 de l'Organisation internationale du travail (OIT) pour les peuples indigènes et tribaux ratifié par l'État guatémaltèque, mais ont aussi une valeur légale dans l'article 66 de la Constitution politique du Guatemala et dans les articles 63, 65 et 66 du Code municipal. Cependant aucune des 32 consultations réalisées n'a été reconnue par l'État11. Xalala devient ainsi un cas emblématique de participation des citoyens dans la prise de décisions qui menacent leurs territoires et leur survie. Il symbolise aussi le mode d'intervention de l'État guatémaltèque. Mais il ne s'agit pas d'un cas isolé. De nombreux autres exemples de communautés revendiquant leur droit à être consultées existent dans le pays. PBI maintient une présence internationale dans ces localités à travers l'accompagnement d'organisations de défense des droits humains et de collectifs sociaux qui s'y développent. Guillaume Riboulo Traduction du Bulletin de PBI Guatemala Reemtsma, Kerstin; Briones, Soledad; Ibero, Marta, Proyecto Xalalá, ¿Desarrollo para todos?, Initiative de Copenhague pour l'Amérique centrale et le Mexique (CIFCA), nov. 2008, p. 10. 2 Ibidem., p. 11 3 Solano, Luis, “El negocio de la electricidad: transformación de la matriz energética y sus impactos”, El Observador No 16, 12.2008 / 01.2009, p. 17. 4 Solano, Luis, “Fracasa licitación de Xalalá; INDE insistirá”, Inforpress Centroamericana nº1746, 14.11.2008. 5 Ibidem., Solano, El Observador No. 16, p. 30 6 Siglo Veintiuno, “Conflictos sociales frenan la inversión”, 23.22.2006. 7 Ibidem., Siglo Veintiuno. 8 Ibidem., Siglo Veintiuno. 9 Ibídem. 10 Ibídem. 11 CIDSE, Impactos de la Industria Extractiva en America Latina: Análisis y pistas de acción, 01.2009 en http://www.cidse.org/uploadedFiles/Regions/ Latin_America/EPLA%20analysis%20final%20SPA.pdf. 1 11 >>>> <<<< PBI-SECTION FRANÇAISE Présence internationale n° 79 S'impliquer avec PBI >>> Devenir bénévole Pour devenir bénévole et aider régulièrement ou ponctuellement, il faut - avoir un peu de temps à donner ; - être ouvert et convaincu de l’efficacité de la non-violence >>> Nos actions Appui aux Projets À chaque projet de terrain correspond un “référent”, chargé du suivi du projet au sein de la section nationale. Il/elle informe les candidats au volontariat, assure une veille informationnelle, et est la courroie de transmission entre le comité qui gère le projet et la section nationale. L’appui aux projets passe également par la recherche de fonds et le travail inter-associatif. Réseau d’appui / réseau d’alerte Il appartient aux sections nationales de constituer un réseau d’appui : celui-ci est composé de personnalités – élus locaux, députés, membres d’ONG – qui ont connaissance de notre action et la soutiennent moralement ou politiquement. En cas de difficulté rencontrée sur le terrain par un volontaire ou une personne accompagnée, ce réseau est sollicité pour une réaction immédiate auprès des autorités concernées. Communication > Communication externe Il s’agit de la création et la mise à jour des documents d’information (plaquettes, bulletin trimestriel etc.) et de la gestion de la liste de la liste de diffusion de PBI. Il faut également assurer la publicité des événements auxquels participent PBI, en tant qu’organisateur comme en tant qu’invité. > Communication interne En tant que membre d’une organisation internationale, PBI-section française doit participer à la vie de celle-ci : contribuer aux publications générales, se positionner sur différentes questions, participer à des rencontres internes etc. >>> Devenir volontaire Pour devenir volontaire il faut : - parler l’espagnol pour les projets latino-américains ou l’anglais (et être disposé à apprendre la langue du pays) pour les projets en Asie ; - avoir une expérience associative préalable est souhaitable. Chaque projet prend en charge la formation du volontaire, un voyage aller/ retour, le séjour sur place, l’assurance et une petite indemnisation mensuelle. On demande au volontaire de s’engager pour une durée initiale d’un an. Consultez le site Internet : www.pbi-france.org Infos pratiques Cinéma d’Art et d’Essai - Le Nouveau Latina 20, rue du Temple, 75004 Paris Tel. 01 42 78 47 86 www.lenouveaulatina.com Tarifs Tarifs : plein 6 € / réduit 5 € / groupe (scolaires ou groupes à partir de 10 personnes) : 2,5 € / personne Réservations : Le Nouveau Latina au 01.42.77.93.88 > Pass 5 entrées : 20 € > Pass Festival : 50 € Plus d’infos 06 09 08 41 15 contact@alliance-cine.org www.festival-droitsdelhomme.org REJOIGNEZ-NOUS Je deviens membre de PBI-section française Adhésion au tarif ◊ Normal, 30 euros ◊ Réduit (étudiants, petits budgets) 15 euros ◊ De soutien, 60 euros L’adhésion comprend l’envoi du Rapport annuel et les invitations aux événements de PBI en France. Elle ne comprend pas l’abonnement au bulletin trimestriel Présence internationale. Je m’abonne au bulletin Présence internationale ◊ 10 euros par an Je souhaite participer aux activités de PBI dans ma région ◊ Suivi des missions ◊ Organisation d’événements Je souhaite faire un don de ◊ 30 euros, ◊ 60 euros, ◊ 100 euros, ◊ Autre : …… euros Nom : ......................................................................................................... Prénom :…………………………………………………… Adresse : ………………………………………………………………………………………………………………………… Code postal : …………………………………………… Ville : …………………………………………………….…. Tel. : …………………………………………………………… E-mail : …………………………………………………….... <<<< 12 11. Présence Internationale Printemps 2010 (pdf 1.3 MB) 10. Présence Internationale été-automne 2009L'actualité de PBI France et des projets à l'automne 2009! P SOMMAIRE Édito résence internationale p. 2 Bulletin numéro 78 Été - automne 2009 Le principe de non-ingérence p. 3 « Marginalisation, impunité et oubli forment une combinaison courante en territoires indigènes au Mexique » p. 5 Le mouvement social face à la criminalisation au Guatemala p. 8 Dernière étape avant le Népal p. 9 Mission de suivi en Indonésie p. 10 PBI France p. 12 Fête du Bakar Batu à Minimo- Papouasie occidentale PBI section française 21 ter, rue Voltaire 75011 Paris Tel./fax : 01 43 73 49 60 Émail : pbi.france@free.fr www.pbi-france.org « Soulignant la contribution de la démilitarisation des terres et territoires des peuples autochtones à la paix, au progrès économique et social et au développement, à la compréhension et aux relations amicales entre les nations et les peuples du monde » Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, Septembre 2007 Peace Brigades International est une organisation non gouvernementale internationale officiellement reconnue par le département de l’information de l’ONU. PBI est une organisation indépendante de tout intérêt économique, tendance politique ou croyance religieuse. À la demande expresse d’associations locales menacées, PBI organise une présence internationale protectrice dans les zones de conflit afin de sauvegarder l’espace politique nécessaire à l’action de la population civile en faveur d’une résolution non-violente des conflits. <<<< FRANCE Présence internationale n° 78 Chers lecteurs, Il faisait très beau ce matin du 10 septembre à Poissy, au bord de la Seine. Une petite quinzaine de candidats participaient à un jeu de rôle assez sophistiqué mis au point pas des formateurs de Nonviolent Peaceforce. Ils devaient négocier avec des représentants de diverses autorités pour obtenir des informations ou une aide. Phil était le général local, Serge le chef des rebelles, moi j’étais le représentant du Haut Quelques uns des formateurs (de gauche à droite) : Georges (PBI), Serge (MAN), Phil et Robert (Nonviolent Peaceforce) Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. La formation s’est déroulée sur 8 jours (du 4 au 11 septembre 2009). Et d’autres membres de PBI ont participé en tant que formateurs : Cécile Dubernet, notre coordinatrice Anne, Sylvain volontaire de passage à Paris entre deux missions en Colombie, Virginie ex-volontaire au Guatemala, Maud Batellier nouvelle bénévole en charge Petit exercice sur la confiance des photos, Pascale Bellier bénévole et participante à la formation. Cette formation, organisée par le Comité ICP (Intervention Civile de Paix), fait partie d’une des actions inscrites dans le plan d’action en consortium avec le Comité ICP le , Collectif Guatemala, Nonviolent Peaceforce et PBI, pour lequel nous avons obtenu un financement du ministère des Affaires étrangères et européennes. Nous espérons vivement que ce nouvel élan donné à la formation ICP suscitera beaucoup de candidatures ! La mauvaise nouvelle du moment, c’est que le Projet Indonésie traverse une crise. En septembre des doutes ont été émis sur la légalité des permis de travail accordés aux volontaires en Papouasie. Par sécurité, ces derniers ont quitté la Papouasie puis l’Indonésie. Sur les 12 concernés, 3 ont réintégré le Projet à Djakarta depuis, les autres ont mis fin à leur contrat – comme notre volontaire François Perrinet. Les équipes de Jayapura et de Wamena sont temporairement fermées. En attendant l'équipe de Jakarta reste en relation étroite avec les « clients » de PBI en Papouasie, par des appels quotidiens et des missions régulières sur le terrain. Plus réjouissant : depuis quelques mois PBI France a lancé un recrutement de nouveaux bénévoles (à travers Espace bénévolat notamment) afin d’améliorer le dynamisme associatif et la couverture des activités. L’opération a bien marché. Une trentaine de personnes nous ont contactés, dont quelques unes se sont déjà engagées à nos côtés. Nous les accueillons avec grand bonheur et espérons qu’elles se plairont durablement au sein de notre association. Enfin, PBI France accueillait, pour la première fois, deux défenseures népalaises des droits humains du 13 au 22 novembre. Des réunions avec les institutions politiques et des rencontres publiques ont permis de donner un coup de projecteur sur la grande vulnérabilité des femmes du Népal lorsqu’elles dénoncent les fondements de la société patriarcale et les violences et abus sexuels dont elles sont victimes. Nous y reviendrons dans le prochain bulletin… Georges Leperchey <<<< 2 Présence internationale n° 78 FRANCE >>>> Le principe de non-ingérence La rédaction de Présence Internationale a souhaité « travailler », grâce à un dialogue avec ses lecteurs, les trois règles qui guident l'action de PBI : non-violence, non-ingérence et impartialité. Dans le n°75, nous avons inauguré ce travail avec une réflexion sur la nonviolence. Bien que nous n'ayons pas reçu d'échos (!!?) nous persévérons en abordant dans ce numéro le principe de non-ingérence. Nous vous proposons de le faire grâce à trois voix différentes : un texte plutôt théorique (bien qu'avec des implications concrètes) reçu de PBI Colombie, le témoignage d'un volontaire de terrain, et celui d'une bénévole qui explique en quoi ce principe a puissamment motivé son engagement à PBI. a non-ingérence présentée par le Projet Colombie « La non-ingérence est d'abord pour PBI une question de principe, qui se déduit de deux des quatre principes de base de PBI : le caractère international et l'impartialité [NDLR : les deux autres principes sont la non-violence et le fonctionnement sur un mode non hiérarchique]. Le caractère international : PBI respecte l'autonomie et le droit à l'autodétermination de tous les peuples et considère ses services comme une petite contribution complémentaire aux efforts de ces peuples pour construire la paix. De ce fait PBI évite de s'imposer et d'interférer avec leur propre façon de penser et d'agir. L'impartialité : le travail de PBI, en tant que tiers impartial, exige que les équipes de PBI et ses membres ne deviennent pas partie prenante dans le travail des groupes et des individus qu'ils assistent ou escortent (…), qu'ils ne deviennent pas partie prenante dans les politiques officielles des pays hôtes ; qu'ils partagent les outils de résolution des conflits dont ils disposent avec ceux qui le demandent, soit comme information soit dans des sessions et ateliers de formation sans intervenir ni imposer leurs propres opinions. Nous ne voulons donc pas faire d'ingérence parce que nous respectons l'autonomie des groupes et des personnes et que nous voulons seulement leur apporter un espace de travail « tranquille », pour qu'ils puissent faire ce qu'ils pensent être le meilleur pour atteindre la paix dans leur pays. La non-ingérence n'est pas une stratégie, mais un principe. Pourquoi est-il important de faire cette distinction ? Parce qu'un principe est quelque chose en lequel nous croyons, que nous voulons défendre, de l'ordre du politique, du philosophique et que cela ne dépend pas de la conjoncture. Une stratégie répond à une nécessité conjoncturelle, on peut la modifier facilement. Un principe est un fondement inamovible de notre travail. En droit international, l'ingérence est le fait, pour un État, de s'immiscer dans les affaires internes d'un autre État en violation de sa souveraineté. Mais, notamment depuis la guerre du Biafra (1967-1970), les organisations « sans frontières » ont revendiqué un « droit d'ingé- L rence » en affirmant que les actions de secours des organisations humanitaires impartiales ne doivent pas être considérées comme des ingérences dans les conflits ou comme des actes hostiles. PBI Colombie comprend et vit la non-ingérence à plusieurs niveaux : La non-ingérence à l'égard des organisations et communautés accompagnées : cela signifie ne pas intervenir dans leurs affaires internes, dans leurs méthodes de travail, ne pas se prononcer sur leur façon de voir le conflit colombien, sur les solutions qu'ils envisagent, ne pas leur dire « vous devriez être plus démocratiques et moins hiérarchiques, mieux traiter les gens, dénoncer la guérilla, vous devriez accepter telle chose, refuser telle autre, vous devriez ... ». Les organisations nous ont demandé de venir en Colombie pour les aider à se protéger, pour les protéger. C'est pourquoi, sur ce thème de la protection, nous sommes beaucoup plus ouverts pour donner notre point de vue, partager les analyses et les expériences, mais sans imposer nos opinions. Dans beaucoup de cas c'est ensemble que nous construisons les stratégies de protection. C'est l'objet des « ateliers de sécurité » de partager des outils et de faciliter les débats, sans que nous disions « c'est ainsi qu'il faut faire ». D'autre part, il est clair que PBI Colombie a défini certaines conditions pour travailler à la protection qu'on nous demande, par exemple à propos de la diffusion d'informations sur le travail des organisations et les risques qui lui sont liés, ou encore de l'information faite à l'avance sur les déplacements effectués sur le terrain. Mais on peut en discuter, cela n'est pas figé et se travaille conjointement avec les organisations accompagnées. La non-ingérence à l'égard des autorités colombiennes : on se met en position de n'être pas partie prenante des politiques internes des autorités colombiennes, c'est pourquoi par exemple nous avons refusé de participer à des groupes de travail sur les actions publiques à l'égard des populations déplacées. Ce que nous faisons envers les autorités, c'est d'exprimer des préoccupations sur des situations à risque, et de rappeler les accords acquis au niveau international sur la protection des défenseur-e-s des droits humains. Nous es3 >>>> <<<< FRANCE Présence internationale n° 78 lement je n'ai travaillé que très peu dans les pays du sud, mais, jeune coopérante en Afrique du Nord, je me souviens de mon malaise d'avoir à appliquer des programmes scolaires 100% français dans un pays qui avait tout à fait les moyens humains d'élaborer et de mettre en oeuvre des programmes plus adaptés à sa culture, son histoire, ses besoins. Plus tard, amenée en France à recevoir et à « aider » des migrants venus du Sud, j'ai souvent regretté chez eux des comportements « d'excolonisés » -alors même qu'ils n'avaient pas connu la colonisation– qui altéraient la relation qui pouvait s'établir entre nous. Par la suite, dans ma vie professionnelle, j'ai eu à travailler ce qu'on appelle « la relation Le 4 mars 2009, deux volontaires PBI au Guatemala accompagnent la manifestation non-violente organisée par le Comité d’unité paysanne et se tiennent à l’écart, à côté, de la foule des manifestants. d'aide » et ai été fort inspirée par Carl Rogers dont les travaux confirment le bien fondé de sayons d'obtenir un résultat par la pression de la comdeux attitudes pour moi essentielles (qu'on veuille bien munauté internationale. me pardonner un résumé si succinct de sa pensée) : La non-ingérence à l'égard du corps diplomatique - la personne aidée est la mieux à même de savoir ce et au niveau international : à ce niveau nous ne parqui est bon pour elle, si on sait créer autour d'elle un lons pas d'ingérence ou de non-ingérence, car ces terclimat de sécurité, de respect, de confiance. mes se rapportent, selon les principes qui ont été rap- Un comportement intrusif suscite le plus souvent pelés, à l'attitude par rapport aux pays hôtes. » chez l'interlocuteur des réactions dites de défense (déni, fuite, agressivité etc...) qui altèrent la recherche de la Le volontaire de PBI Colombie : « Un exemple me vérité et de l'efficacité. paraît intéressant : un défenseur recueille un témoiNourrie de ces expériences si riches dans la relation gnage ; devons-nous y assister ? Personnellement je ne d'aide, je ne peux qu'être enthousiasmée par le fait que le ferais pas, sans rester à des kilomètres. Pourtant je ne PBI place ce principe de non-ingérence à la base de son considère pas qu'écouter seulement soit de l'ingérence. engagement. » J'y vois plutôt divers problèmes. Premièrement PBI n'est pas en Colombie pour recueillir des témoignages, Propos recueillis par Brigitte Chambolle ce n'est pas notre rôle tel qu'il est défini actuellement. Deuxièmement il y a une question de responsabilité à l'égard de celui qui témoigne en espérant qu'on fasse quelque chose de son témoignage, ce que nous ne ferons jamais dans le cadre actuel de nos missions. Troisièmement, cela pourrait avoir un effet négatif sur notre image si quelqu'un nous observe et fait (ou veut faire) erreur sur notre rôle en pensant que notre travail est de recueillir des témoignages, avec l'organisation que nous accompagnons ». La bénévole : « Ce principe a puissamment motivé mon engagement à PBI : aussi ai-je été touchée de découvrir qu'il en était de même pour deux de nos jeunes volontaires. Frédéric Latour, lorsqu'il se présente (PI n° 76) écrit : ‘la non-ingérence de PBI ouvre pour moi un champ trop peu exploré de la solidarité internationale (…)’ et Marianne Bertrand (même numéro) : ‘PBI, par ses principes m'a tout de suite plu. La non ingérence surtout. Nous n'avons rien à apporter. Par notre seul condition d'étrangers nous pouvons Accompagnement protecteur à Keerom, en Papouasie. Jane (UK) est présente à la cérémonie par laquelle le pasteur John –bénéficiaire PBI- devient diacre. dissuader des attaques sans rien prétendre apprendre à des gens Elle ne participe pas directement et se tient à coté de la procession. bouleversants par leur courage et leur combat(…)’. Personnel<<<< 4 Présence internationale n° 78 MEXIQUE >>>> « Marginalisation, impunité et oubli forment une combinaison courante en territoires indigènes au Mexique » Du 8 au 18 juin, Alejandra González Marín et Vidulfo Rosales Sierra, membres du Centre de droits humains de la Montaña Tlachinollan, organisation mexicaine accompagnée par PBI, ont réalisé une tournée dans plusieurs pays européens. Leur objectif était d’informer sur le climat de violence et d’impunité qui entoure les agressions à l’encontre des défenseur-e-s des droits humains et des peuples indigènes, particulièrement à Ayutla de los Libres, région sud est de l’État du Guerrero. Les 15 et 16 juin, PBI France a accueilli Alejandra. La défenseure a rencontré des responsables d’Amnesty International, le Sousdirecteur Mexique/Amérique centrale/Caraïbe au ministère des Affaires étrangères et européennes, ainsi que l’assistant parlementaire du sénateur Jacques Muller membre de notre réseau d’alerte. PBI France : Peux-tu te présenter brièvement ainsi que le Centre Tlachinollan ? Alejandra Gonzalez Marin : Tlachinollan est une association civile créée en 1994 et basée à Tlapa. Sa mission est de promouvoir et défendre, dans le respect de leur diversité culturelle, les droits des peuples Naua, Na Savi (ou mixtèques), Me’phaa (ou tlapanèques), Amuzgos et Mestizos des régions de la Montaña [nord est] et de Costa Chica [sud est] de l’État du Guerrero, afin de concevoir des voies légitimes et pacifiques pour garantir le respect de leurs droits humains. Les principaux axes stratégiques d’intervention du Centre sont : la formation, le renforcement organisationnel des communautés et acteurs collectifs, le conseil et la défense juridiques, le soutien psychosocial et l’accompagnement des victimes, de leurs proches et de la communauté, la médiation des conflits, la défense intégrale de cas paradigmatiques, le plaidoyer aux niveaux national et international, le travail d’incidence sur la législation et les politiques publiques, la diffusion dans les différents types de médias, la construction et la consolidation d’alliances. En 2002, Tlachinollan a ouvert un second bureau à Ayutla de los Libres destiné à concentrer ses efforts et son suivi sur les cas de violations des droits humains dans la région, en constante augmentation depuis 1998. Quant à moi, j’ai été engagée par le Centre comme psychologue, voilà 5 ans, afin de mettre en place et de développer un Programme d’attention psychosociale aux victimes. PBI France : A la demande du Centre, PBI accompagne depuis 2005 l’Organisation du peuple indigène Me’phaa (OPIM) à Ayutla, ainsi que les communautés Obitlia Eugenio Manuel et Cuauhtémoc Ramírez, respectivement présidente et secrétaire de l’OPIM. Aux trois niveaux de gouvernement [fédéral, de l’état fédéré et municipal], on a commencé à prendre conscience que leur travail de dénonciation et de renforcement organisationnel pouvait être un problème : l’organisation mettait en évidence des abus, des omissions et des négligences. Les cas les plus représentatifs ont commencé en 1998 avec la stérilisation forcée de 30 hommes me’phaa et na savi. Puis en 2002, l’armée, dans le cadre d’une stratégie de guerre préventive et de basse intensité, a commis plusieurs agressions sexuelles sur des femmes me’phaa de la région. Deux de ces cas ont fait l’objet de dépôt de plaintes, mais les autorités se sont déclarées incompétentes et ces deux affaires ont été directement archivées par les tribunaux militaires. Les leaders et membres de l’OPIM, qui défendaient les cas, ont depuis lors été victimes de harcèlement, menaces, discrédit, fabrication de délits, exécutions, de la part de membres des forces de sécurité, d’informateurs de l’armée et/ou de groupes paramilitaires ou parapoliciers. PBI France : S’agit-il de faits isolés ? D’autres peuples autochtones subissent-ils le même genre d’abus ? AGM : Non, ce ne sont pas des faits isolés ni même ex- clusifs des indigènes me’phaa de la région d’Ayutla. La violence structurelle à l’encontre des peuples indigènes est une situation généralisée à tout le pays. Marginalisation, impunité et oubli forment une combinaison courante en territoires indigènes au Mexique.. Néanmoins, à la différence d’autres régions, la population indigène d’Ayutla parvient à s’organiser, pas seulement avec l’OPIM mais aussi grâce à l’Organisation pour le futur du peuple mixtèque (OFPM). Les deux organisations coordonnent d’ailleurs leur travail depuis le massacre d’El Charco en 19981. La dernière marque de dénigrement de ces organisations par l’État remonte au mois de février 2009 quand Manuel Ponce Rosas et Raul Lucas Lucía, respectivement secrétaire et président de l’OFPM, ont disparu, 5 >>>> qui appartiennent à cette commune. Qu’est-ce qui a motivé cette demande de la part du Centre et quel est le travail du Centre vis-à-vis de l’OPIM ? AGM : Le Centre soutient et accompagne l’OPIM dans son travail auprès des communautés. Notre demande a fait suite à la situation de risque croissant encouru par <<<< MEXIQUE Présence internationale n° 78 Néanmoins la situation a empiré et s’est complexifiée ces dernières années avec la présence accrue, et les confrontations, de groupes de narcotrafiquants. Cela a engendré des divisions au sein des communautés et rendu l’État complice par son inefficacité à lutter contre ces groupes. Parallèlement, l’intérêt de l’État pour la possession des ressources naturelles de la région est allé croissant. Ces ressources se trouvant en territoires indigènes, les communautés résistent et défendent leurs droits. Et l’État voit en elles, et leurs organisations, un « ennemi » à contrôler par la militarisation et la para-militarisation. PBI France : Comment considères-tu ton rôle de psychologue dans ce contexte ? Comment travailles-tu avec les victimes sur le terrain, et dans quel but ? AGM : Ma contribution en tant que psychologue s’est construite tout au long de ces 5 années au Centre, et même avant quand je travaillais au Carte de l’État du Guerrero— régions de la Montaña et Costa Chica à l’est Chiapas. La formation occidentale que j’ai reçue à l’université m’a dotée de quelques outils puis ont été retrouvés torturés et exécutés : les autorités pour mon travail actuel, mais j’ai dû la compléter par n’ont apporté aucune réponse à ce double crime contre d’autres formations sur l’accompagnement des effets des défenseurs des droits humains de la base. de la violence socio-politique. Et puis il y a cet apprentissage continu que représente l’interaction avec les PBI France : Comment les victimes et leurs commupeuples indigènes. nautés affrontent-elles le problème ? On s’imagine que le rôle du psychologue va être moAGM : De façons diverses, et à travers différentes étateur dans le dépassement d’une situation de traumapes. Les familles et les victimes qui appartiennent à une tisme, mais on s’aperçoit finalement que les commustructure organisée bénéficient de plus d’éléments psynautés et les victimes, par leur vision de l'univers, chosociaux pour récupérer et continuer à lutter. Celles créent leurs propres mécanismes de protection et leurs qui sont en dehors de toute structure sont en proie à de méthodes pour affronter les crises. Elles peuvent ainsi plus grandes peurs, à la paralysie et à la ségrégation au demander à la colline et à la source de prendre soin sein même de leur communauté. d’elles et de protéger leurs vies, et à leurs guérisseurs Le travail d’éducation et d’attention psychosociale du traditionnels de trouver des réponses à leurs caucheCentre consiste non seulement à détecter ces différenmars. Dans ces cas-là, mon aide consiste plus à favorices et à prévoir des mesures de sécurité, mais aussi à ser des espaces collectifs de parole et d’écoute, d’anadépasser ce climat de persécution par des plans de délyse, de compréhension commune autour du fait que la veloppement. violence dont elles souffrent est le fruit d’une intentionnalité et que ses effets sont prémédités. PBI France : La conflictualité dans cette zone semble Quand je diagnostique une situation à traiter de matrès forte. D’où proviennent ces tensions et les violanière individuelle –comme une agression sexuelle- , j’y tions des droits ? répond, en m’aidant de traductrices. AGM : L’Etat du Guerrero est historiquement « conflictuel », depuis sa formation2. Dans les espaces collectifs, il y a toujours quelqu’un qui parle espagnol, et c’est cette personne qui se charge de <<<< 6 Présence internationale n° 78 MEXIQUE >>>> traduire. Mais parfois, selon moi, il ne s’agit pas tant de comprendre que de faire en sorte que les gens libèrent leur parole et parviennent à identifier la situation à leur manière. PBI France : Tu évoquais précédemment la dé- térioration de la situation depuis quelques temps. Est-ce que le centre Tlachinollan rencontre également des difficultés ? AGM : En effet, les violations des droits se sont accentuées ces deux dernières années : Tlachinollan a recensé 204 cas de criminalisation et de judiciarisation à l’encontre de leaders indigènes de la région de la Montaña. Et 2009 marque un nouveau pas dans la répression perverse de ces leaders avec la disparition forcée, la torture et l’exécution de Raul et Manuel. La Cour interaméri- Alejandra González Marín (au centre) avec Valentina Rosendo Cantú et Obtilia Eugenio Manuel de l'Organisation du peuple indigène me'phaa (OPIM) caine des droits de l’homme a dû émettre des mesures provisoires de protection pour 107 personnes, PBI France : Quels sont les objectifs du Centre avec membres de l’OPIM, de l’OFPM et de Tlachinollan. cette tournée européenne ? Jusque-là Tlachinollan n’avait pas songé à demander de AGM : protection mais, depuis février, plusieurs membres de 1. Mettre la question des défenseur-e-s des droits hul’équipe ont été victimes de menaces, de harcèlement, 3. mains du Guerrero, et des agressions qu’ils subisde surveillance et même de persécution en voiture sent, à l’ordre du jour du Conseil des droits de Face aux risques croissants, il a fallu nous inclure dans l'Homme de l'ONU. les mesures de protection. Enfin, en l’absence des conditions requises et dans l’indifférence des autorités 2. Faire du plaidoyer et fournir une information de pour le travail des défenseur-e-s, nous avons dû fermer première main sur les conditions de travail des dénotre bureau à Ayutla. fenseur-e-s du Guerrero auprès des services défendant les droits de l’Homme de l’ONU. PBI France : Dans quelle mesure cette situation af3. Réaliser un travail de plaidoyer sur la problématique fecte-t-elle votre travail au Centre ? Comment le vis-tu des défenseur-e-s du Guerrero auprès des ministèpersonnellement ? res des Affaires étrangères des pays les plus repréAGM : Cela a modifié de façon considérable notre fasentatifs en Europe. çon de travailler. En étant contraints de partir d’Ayutla et avec la menace constante du « si on vous y retrouve, Entrevue et traduction, Anne Boucher on vous fera la même chose qu’à Raul et Manuel », il est certain que nous n’avons plus les mêmes conditions 1 Dans la nuit du 6 au 7 juin 1998, dans la communauté d’El Charco, des repréde travail dans la zone. Quand on va à Ayutla, c’est acsentants de différentes communautés se reposaient dans l’école primaire « Catarino Maldonado », après une réunion de coordination des villages alencompagnés par PBI, et en même temps que d’autres tour convoquée par l’Organisation indépendante des peuples mixtèques et organisations nationales ou étrangères qui se rendent tlapanèques pour le développement des communautés. Certaines personnes étaient rentrées dans leur foyer, mais les gens qui venaient de loin avaient dans la zone. On doit réaliser le travail en quelques décidé de prendre la route le lendemain. heures, on ne se déplace jamais seuls ni pendant la nuit. A l’aube du 7, l’armée mexicaine encercla l’établissement, massacra 11 perTout cela nous a obligés à faire plus attention à nous, à sonnes, en blessa 5 autres, et en arrêta 22, dont 5 mineurs, sous l’accusation d’être des commandants de l’ERPI (Armée révolutionnaire du peuple mexipenser à la sécurité de nos familles, etc. A un niveau plus personnel, je dirais que c’est un changement et un apprentissage aussi. Je ne travaille plus comme avant. Je traverse une période où je ne peux plus donner le même suivi et accompagnement aux victimes, ce qui me gêne beaucoup. Mais je suis obligée de reconnaître que ma sécurité, comme celle des membres de Tlachinollan, est nécessaire pour pouvoir continuer ce travail auprès de nos bénéficiaires. cain). Les détenus furent torturés et inculpés pour rébellion, conspiration, invitation à la rébellion et port d’armes. Le lieu où se sont déroulés ces événements a été interdit d’accès aux journalistes et aux ONG pendant 2 jours. L’Etat a présenté ces faits comme un affrontement entre l’armée et les guérilleros. Plusieurs membres de l’OPIM, arrêtés durant le massacre d’El Charco, ont par la suite été assassinés par des groupes paramilitaires. 2 L’État a été créé au moment de l’indépendance du Mexique, après d’âpres conflits. 3 Le 18 mars 2009, sur le chemin d’Ayutla à Tlapa, huit membres du Centre ont été suivis par un véhicule et intimidés par des tirs en l’air. 7 >>>> <<<< GUATEMALA Présence internationale n° 78 Le mouvement social face à la criminalisation au Guatemala La criminalisation des mouvements sociaux en Amérique latine est un phénomène dénoncé depuis plusieurs années par les organisations et les défenseur-e-s des droits humains. Transformer une revendication légitime en crime pour minimiser sa portée et la réprimer est une stratégie de plus en plus fréquente de la part des gouvernements comme réponse aux problèmes sociaux. Cette nouvelle stratégie touche également les luttes pacifiques et non-violentes pour la défense et la promotion des droits humains1. u Guatemala, les personnes, les groupes, les organisations et des communautés entières qui contribuent à protéger et promouvoir ces droits sont confrontés quotidiennement à la criminalisation. Un phénomène qui va à l’encontre des recommandations de l’Organisation des États américains (OEA), des Nations unies et du Système interaméricain de protection des droits humains. Pour être en accords avec elles, les États devraient protéger, promouvoir et mettre en oeuvre tous les droits humains et libertés fondamentales. Ils devraient garantir en outre la protection de leurs défenseur-e-s et facilité l’exercice des activités de ces derniers. Cette responsabilité de l’État de “protéger et promouvoir les droits humains” est également fondamentale dans les directives de l’Union Européenne sur la protection des défenseurs de droits humains. Elles soulignent le rôle prépondérant des individus et mouvements sociaux dans leur promotion. La cinquième directive vient même rappeler que les États doivent considérer la critique et la dénonciation des mauvaises politiques et actions gouvernementales comme des apports positifs de la société pour améliorer le niveau de protection de ses droits. Depuis 2005, des défenseur-e-s dénoncent un changement de politique du gouvernement guatémaltèque envers les manifestations en faveur des droits humains. Lequel se concrétise par le fait que “des dirigeants, des organisations sociales et des manifestants soient accusés de présumés délits commis lors d’une manifestation”.2 Face à cette menace, les défenseur-e-s ont formé un groupe et en décembre 2008 ils ont remis au Secrétariat technique du Ministère public (MP) vingt cas documentés de criminalisation de défenseur-e-s des droits humains. Selon la secrétaire générale du MP Gloria Porras3 , ces cas sont en cours de ré-examen. Elle reconnaît l'existence de schémas de condamnation, mis en oeuvre par les procureurs, qui répondent à des modèles établis par l'administration antérieure et difficiles à modifier. Parmi les cas en cours de ré-examen, certains ont été suivis par PBI ou concernent des personnes accompagnées. Le 21 juin 2008, 42 personnes sont arrêtées (puis relâchées) à Las Trojas, une localité de San Juan Sacatepéquez, département de Guatemala. Elles sont accusées d'avoir organisé des manifestations et des réunions illégales, sources de perturbations, et d'avoir résisté aux <<<< 8 A autorités, ceci le jour même où «l'état de prévention» entrait en vigueur dans la municipalité4. Le 13 janvier 2009, PBI a assisté à la première audience de ce cas devant le tribunal pénal de Mixco qui a prononcé un nonlieu. Le MP a fait appel de cette décision qui sera réexaminée en cour d'appel. Le 14 janvier 2009, trois ordres d'arrestation ont été émis à l'encontre de membres de l'Association pour la protection de la montagne las Granadillas (APGM), parmi lesquels le pasteur luthérien José Pilar Alvarez Cabrera. Ils ont été accusés des délits de coercition, incitation à la délinquance et atteinte au droit de propriété. PBI a assisté aux premières audiences du tribunal pénal de Zacapa qui a déclaré les accusés libres de toutes charges... Le 4 novembre 2008 un mandat d'arrêt a été émis contre Jorge Luis López Sologaistoa, directeur de l'Organisation d'appui à une sexualité intégrale face au sida (OASIS) pour sa participation présumée à la tentative de meurtre contre la travailleuse sexuelle dite Laila (Axel Leonel Donis González). PBI a assisté à la première audience de ce cas devant la neuvième chambre du tribunal pénal de 1ère instance, qui a conclu à l'absence de tout élément de preuve concernant cette inculpation. Le tribunal a néanmoins décidé de maintenir l'inculpation de Jorge López pour complicité éventuelle par non-dénonciation du crime. Le 14 février 2008, Ramiro Choc, dirigeant paysan des communautés Q'eqchi' de Livingstón a été arrêté et emprisonné, accusé d'enlèvement, de vol et de détention illégale. Le 1er avril, il a été condamné à 8 ans de prison pour vol. Le juge a estimé qu'il n'y avait pas de preuves suffisantes pour les autres inculpations. Toutes les parties en présence ont fait appel mais Ramiro Choc attend toujours en prison le résultat final de ce procès. Traduction du bulletin PBI Guatemala, Marion Sornay 1 Amérique latine en mouvement (ALAI), “La criminalisation des luttes sociales”, 2007 (http://alainet.org/active/22734&lang=es) 2 Unité de protection des défenseurs, “Guatemala : la criminalisation des droits de manifestation et réunion. Nouvelle menace contre la défense des droits humains”, Rapport présenté à la Rapporteur spéciale du Secrétariat général des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits humains Genève, 15 avril 2005 3 Entrevue avec Gloria Porras, secrétaire générale du Ministère public de Guatemala, PBI, février 2009. 4 Voir Alerte San Juan Sacatepéquez, PBI juillet 2008. 5 Entrevue avec Jorge Luis López Sologaistoa, directeur de OASIS, PBI, janvier 2009. Présence internationale n° 78 NÉPAL>>>> Dernière étape avant le Népal Chaque nouveau volontaire du projet Népal de PBI doit être en mesure de s’exprimer en népali avant de rejoindre son équipe. Le projet nous accorde deux mois pour remplir cette mission. Pour ma part c’est à Darjeeling que j’ai du relever le défi, en compagnie de Fredrik, futur volontaire lui aussi, en provenance de Norvège. n principe chaque volontaire est hébergé par une famille différente, mais cette année en raison des problèmes d’accès à l’eau en ville, notre professeur, Sachita, Fredrik et moi avons tous ensemble été accueillis par Indira et son fils Avinash dans les hauteurs de la ville. Ni Fredrik, ni moi ne connaissions quoique que soit au népali en arrivant, mais plus rapidement que je ne l’espérais nous avons pu capter quelques mots, puis quelques phrases pour finir par pouvoir s’exprimer (un peu) puis lire et écrire (lentement) en népali. Bien que Darjeeling soit en Inde, plus de 50% de la population parle népali. Cependant, communiquer avec les habitants s’est révélé beaucoup plus compliqué que prévu. Des “Anglais” (ici tout les étrangers sont “anglais”) qui parlent népali cela fait beaucoup rire, mais surtout, apprendre le népali à Darjeeling c’est comme apprendre le Français au Québec ! Au quotidien, vivre à Darjeeling durant les mois de juin et juillet signifie vivre dans un perpétuel brouillard, souffrir de l’humidité permanente et omniprésente, et organiser sa journée en fonction du rythme de la mousson. Mais Darjeeling au quotidien c’est aussi le meilleur entraînement pour de futurs trekkings (la ville s’étend entre 1700 et 2300 m d’altitude), manger du daal bhat (plat népalais composé de riz et de soupe de lentilles) tous les jours midi et soir, se laver avec des bacs d’eau froide mais aussi pouvoir boire du thé succulent pour se réchauffer tout au long de la journée. Darjeeling c’est aussi ses bruits : les gongs des temples, l’église qui sonne toutes les heures, l’appel à la prière pour les musulmans 5 fois par jour, et le concert permanent de klaxons et d’aboiements. Enfin, mon passage à Darjeeling aura surtout été marqué par les “banda” et les manifestations quotidiennes pour un Gorkhaland. Darjeeling et sa région font partie de l’état du Bengale occidental, en Inde, dont la capitale, très éloignée, est Calcutta. Depuis plus d’une centaine d’années maintenant les habitants de la région montagneuse demandent à ce que soit établi l’état du Gorkhaland. Délaissée par le gouvernement du Bengale occidental, l’ensemble de la population de la région s’accorde à penser qu’un état indépendant (du Bengale occidental et non de l’Inde) permettrait à la région de se développer et de ne plus être le laissé pour compte du Bengale. Au commencement le mouvement pour un Gorkha- E Frederick et Elise à Darjeeling land a été violent, et les leaders politiques rapidement corrompus ce qui a entraîné la démobilisation de la population. Mais il y a deux ans le mouvement a repris de son activité grâce au vainqueur de l’émission de télé “Indian Idol” qui, venant de Darjeeling, a donné l’argent de sa victoire au nouveau parti. Depuis, le mouvement suit les principes de Ghandi et prône la désobéissance civile et la non violence. L’été dernier des grèves générales ont duré 40 jours ; depuis un an les habitants de la région ne paient plus leurs impôts ni leurs factures d’électricité au gouvernement bengali (de ce fait de longues et quotidiennes coupures de courant ont lieu). Depuis début juillet un nouveau mouvement de grèves générales a débuté pour une période indéfinie. Les grèves en Inde cela signifie que tout ferme, les magasins, les hôtels, les cafés, les routes sont bloquées, les voitures ne circulent plus… la ville s’endort. Une fois par semaine le marché ouvre cependant pour permettre à la population de se ravitailler et les collèges et lycées continuent d’enseigner. A la question de savoir si ces grèves ne sont pas plus dommageables à la population locale qu’au gouvernement central ou bengali, je n’ai eu qu’une seule et unique réponse : « Cela vaut le coup, nous sommes prêts à prendre le risque. » Le parti local a promis à la population d’obtenir l’état du Gorkhaland d’ici 2010. Cela semble une promesse bien difficile à tenir puisque après deux ans de mobilisation déjà ni le gouvernement central ni le gouvernement bengali n’ont entamé de discussions avec le parti local. En ce qui nous concerne, nous avons bénéficié de l’aide de toute notre famille d'accueil pour réussir à quitter Darjeeling. Nous avons eu rendez vous avec la police et les représentants du parti pour obtenir un permis de quitter la région ainsi qu’une voiture pour rejoindre Siliguri. De là nous avons tenté de suivre l’actualité de la région, et de rejoindre quelques endroits magiques de l’Inde pour quelques semaines de vacances avant de gagner le Népal et nos équipes respectives. Elise Tillet Dagousset. 9 >>>> <<<< INDONÉSIE Présence internationale n° 78 Mission de suivi en Indonésie En 2009, PBI France a obtenu un financement du ministère des Affaires étrangères et européennes pour les activités d’accompagnement protecteur et d’éducation à la paix de PBI Indonésie. Le projet présenté incluait une mission de suivi de la coordinatrice de l’association sur le terrain. L’objectif était de rendre visite aux trois équipes de volontaires (Djakarta à Java, Jayapura et Wamena en Papouasie) et à la coordination du Projet (basée à Yodjakarta à Java), de rencontrer les organisations accompagnées et partenaires sur leur lieu de travail, de consolider les liens avec l’ambassade de France, d’envisager de nouvelles activités de soutien. n contexte dense La visite s’est déroulée 1er au 22 juillet, trois semaines dans un contexte particulièrement propice à la compréhension de la conjoncture politique et de la situation des droits humains en Indonésie. Le 8 juillet se tenaient les élections présidentielles. Les équipes de volontaires PBI et les ONG partenaires étaient particulièrement attentives pour deux raisons. La première : aux élections législatives d’avril cinq personnes ont été tuées lors d'échauffourées en Papouasie occidentale. La deuxième : Wiranto et Prabowo Subianto, respectivement colistiers des candidats Jusuf Kalla et Megawathi, sont accusés de violations des droits humains au Timor oriental et en Papouasie occidentale. Finalement Susilo Bambang Yudhoyono (SBY) a été élu pour un second mandat, ce qui, sans être une garantie, semblait néanmoins préférable aux yeux des défenseurs des droits humains. Quelques jours plus tard, le 17 juillet, un double attentat à la bombe a frappé les hôtels de luxe Marriott et Ritz Carlton de la capitale. Depuis 2004, le gouvernement de SBY était parvenu à affaiblir les mouvements islamistes clandestins –dont Jemaah Islamiyah , et l’Indonésie avait réussi à ne plus apparaître comme un pays à hauts risques terroristes. D’aucuns ont alors avancé l’hypothèse de manœuvres en haut lieu pour déstabiliser le président réélu. Au cours de ses nombreuses allocutions télévisées, ce dernier a aussitôt martelé l’inflexibilité de sa politique anti-terroriste. Position largement réaffirmée à travers la sur-médiatisation en direct, les 7 et 8 août, des longues heures de siège (17) puis d’assaut de la planque de cerveaux présumés des attentats meurtriers. Ma mission s’est achevée à deux semaines de la Journée internationale des populations autochtones (9 août). Les Papous s’apprêtaient à célébrer ce jour, passablement inquiets et indignés : à cette même date en 2008, le manifestant pacifiste, Opinus Tabuni, tombait mort d’une balle de l’armée dans la poitrine. Un an après les faits, l’enquête n’a connu aucune avancée. Enfin, 2009 c’est aussi le 40ème anniversaire de ce qui reste pour la majorité des Papous une parodie de vote : en 1969, 1 026 leaders papous triés sur le volet par les autorités militaires ont été contraints d’accepter le rattachement à l’État indonésien . <<<< 10 U La rencontre avec les défenseurs J’ai rencontré la plupart des organisations accompagnées et/ou partenaires de PBI Indonésie. Chacune de ces entrevues a été riche d’enseignements. Certaines m’ont particulièrement marquée. A Jakarta, j’ai notamment rencontré Suciwati, l’épouse de Munir Said, ce défenseur mort empoisonné en 2004 et dont j’ai entendu parler tout au long de ma mission tant son cas est emblématique et déterminant pour l’évolution des droits humains en Indonésie. Avec Suci, nous avons évoqué la possibilité d’une visite de plaidoyer en France, début 2010. A Jayapura, j’ai retrouvé Peneas Lokbere que j’avais accueilli à Paris avec l’équipe de PBI France en février 2007 pour une tournée de sensibilisation. J’étais très heureuse de lui remettre en mains propres un livre d’Amnesty international, en français, sur les défenseurs des droits humains1 auquel il a contribué par son témoignage. Peneas est le fondateur de la Communauté des survivants d’Abepura (KSA), pionnière en Papouasie occidentale dans la défense des droits humains devant la justice2. Depuis 2008, KSA s’est fondu dans une initiative associative plus vaste, Bersatu Untuk Kebenaran (BUK), qui représente l’ensemble des survivants papous et victimes des violences d’État. Peneas demeure très menacé et bénéficie toujours d’un accompagnement protecteur par les volontaires PBI à Jayapura. A Wamena, j’ai eu la chance d’être accueillie par trente membres du Conseil coutumier papou (Dewan Adat Papua - DAP) dans leur honaï –habitat traditionnel papou. C’était d’autant plus intéressant que PBI les rencontrait pour la première fois en tant que DAP et en ce lieu. Je suis repartie sur la promesse de transmettre leur témoignage en France afin de les sortir de l’enclavement dans lequel ils ont le sentiment d’être maintenus. Le chef relevait quatre points principaux de la situation des Papous aujourd’hui : 1/ Ils sont régulièrement dupés par le gouvernement central : que ce soit lors du référendum de 1969, de l’autonomie spéciale accordée en 2001 et qui n’a pas été réellement mise en place, de la division régulière de la région en un plus grand nombre de provinces qui conduit à l’installation toujours plus nombreuse de militaires. 2/ Un processus d’ « idiotisation » par une inaccessibilité de fait à l’éducation secondaire et supérieure. Les Papous peuvent vendre quelques légumes au marché ou Présence internationale n° 78 INDONÉSIE >>>> conduire les bejak -vélo-taxi, mais « pas devenir docteurs, pilotes ou ingénieurs ». 3/ Ils sont beaucoup plus vulnérables face à la mort, aussi bien sous les balles des forces policières et armées que du fait de leurs conditions de vie (plus de maladies, pas ou peu d’accès à la terre, etc.) 4/ Ils souffrent de multiples violations de leurs droits, à commencer par celui de vivre leur culture, base de leur confiance en eux-mêmes. Le simple fait d’élever leur drapeau représentant « l'Étoile du matin » est considéré comme une trahison à la Nation et passible de plusieurs années de prison. Un moyen de réduire toutes leurs revendications à néant est de les stigmatiser en tant que séparatistes. La Papouasie occidentale reste très ignorée, on sait tout juste qu’il s’y trouve un très grand nombre de populations non contactées. Sur place, on perçoit immédiatement les tensions et les discriminations. Plusieurs fois les défenseurs papous m’ont dit se sentir victimes d’une « stratégie d’extinction » ou d’un « lent génocide » par la transmigrasi3. Au rythme des volontaires L’un des principaux intérêts de cette mission était que je puisse participer le plus possible à la vie des volontaires, moi qui n’ai jamais été accompagnatrice. Malgré leur emploi du temps surchargé, tous m’ont accueillie avec beaucoup de gentillesse et se sont rendus disponibles pour répondre à mes questions, me présenter les organisations de défenseurs, traduire les conversations. J’ai eu le sentiment de partager pleinement leur quotidien (réunions d’équipe et ronde des sentiments, courses, attente interminable au guichet de l’aéroport de Wamena inclus !). Du rythme très urbain de Jakarta, aux conditions « extrêmes » de Jayapura (chaleur écrasante, accès à l’électricité très aléatoire), à la maison ouverte de Wamena, j’ai mieux compris les tâches assignées à chaque équipe et les différences de contexte d’intervention. De fait, il y a de moins en moins d’accompagnements Paulus et Theo de l’organisation Japh & Ham, Antoine volontaire belge, Anne coordinatrice de PBI France, devant le honaï de PBI protecteurs, les demandes des bénéficiaires varient : visite dans les bureaux, observations sur des manifestations, facilitation des relations avec les autorités. L’équipe de Djakarta (JAST) est en charge du plaidoyer et des relations avec les autorités, elle finalise les publications du Projet et assure le suivi depuis le retrait des volontaires à Aceh. L’équipe de Jayapura (PAST) assure un important travail de relations avec les autorités de Papouasie, quelques accompagnements protecteurs, des missions régulières dans des zones reculées et sensibles (Nabire, Timika, Merauke, Agats, Manokwari, Sorong). L’équipe de Wamena (WAST) fournit quelques accompagnements protecteurs mais est surtout en charge du programme d’éducation à la paix (danses de la paix entre différentes tribus, présentations de films). Anne Boucher Défenseurs des droits humains, Coédition Amnesty International, 160 pp. décembre 2000, en représailles d’une attaque contre un commissariat, la police d’Abepura, avec l’aide de la brigade mobile, a opéré un descente dans plusieurs dortoirs étudiants. Un procès a eu lieu en 2005 devant un Tribunal ad hoc à Makassar (Sulawesi) qui a abouti a l’acquittement des 2 policiers accusés. 3 Programme gouvernemental destiné à déplacer des personnes depuis les régions surpeuplées vers la Sulawesi du Sud-est et la Papouasie occidentale. Il y aurait environ 1 million de Papous pour 2 millions de « transmigrants » aujourd’ hui. Les « transmigrants » sont essentiellement malais et musulmans alors que les Papous sont des Mélanésiens à peau noire adeptes de religions traditionnelles ou chrétiens. Ceci contribue au sentiment qu'éprouvent ces derniers, d'une volonté de destruction de leur identité culturelle. 1 2 En La crise du Projet PBI Indonésie PBI Indonésie a reçu des informations selon lesquelles il y aurait quelques irrégularités dans les permis de travail accordés à certains volontaires. De ce fait, tous les volontaires basés en Papouasie, ainsi que le nouveau coordinateur du Projet Indonésie risquaient de rencontrer des problèmes concernant leur carte de séjour temporaire, attribuée en relation avec le permis de travail. Jusqu'à présent ces informations n'ont pas été confirmées, ni par écrit, ni oralement. Toutefois la crainte que des irrégularités aient été commises fragilisait la situation des volontaires basés en Papouasie. Il a donc été décidé, pour la sécurité des volontaires et, éventuellement des organisations accompagnées par PBI en Papouasie, que tous les volontaires quitteraient la Papouasie le 17 septembre 2009. Les équipes de Jayapura et de Wamena sont temporairement fermées. Compte tenu de la précarité de la situation et de la volonté très ferme de PBI de n'intervenir que dans le cadre légal fixé par le pays d'accueil, il a été décidé que la plupart des volontaires détenteurs d'une carte de séjour temporaire quitteraient l'Indonésie le 26 septembre 2009. L'objectif de PBI-Indonésie est bien entendu de pouvoir retourner en Papouasie aussi rapidement que possible. En attendant l'équipe de Jakarta reste en relation étroite avec les « clients » de PBI en Papouasie, notamment en les appelant plusieurs fois par jour. 11 >>>> <<<< PBI-SECTION FRANÇAISE Présence internationale n° 78 S'impliquer avec PBI >>> Devenir bénévole Pour devenir bénévole et aider régulièrement ou ponctuellement, il faut - avoir un peu de temps à donner ; - être ouvert et convaincu de l’efficacité de la non-violence >>> Nos actions Appui aux Projets À chaque projet de terrain correspond un “référent”, chargé du suivi du projet au sein de la section nationale. Il/elle informe les candidats au volontariat, assure une veille informationnelle, et est la courroie de transmission entre le comité qui gère le projet et la section nationale. L’appui aux projets passe également par la recherche de fonds et le travail inter-associatif. Réseau d’appui / réseau d’alerte Il appartient aux sections nationales de constituer un réseau d’appui : celui-ci est composé de personnalités – élus locaux, députés, membres d’ONG – qui ont connaissance de notre action et la soutiennent moralement ou politiquement. En cas de difficulté rencontrée sur le terrain par un volontaire ou une personne accompagnée, ce réseau est sollicité pour une réaction immédiate auprès des autorités concernées. Communication > Communication externe Il s’agit de la création et la mise à jour des documents d’information (plaquettes, bulletin trimestriel etc.) et de la gestion de la liste de la liste de diffusion de PBI. Il faut également assurer la publicité des événements auxquels participent PBI, en tant qu’organisateur comme en tant qu’invité. > Communication interne En tant que membre d’une organisation internationale, PBI-section française doit participer à la vie de celle-ci : contribuer aux publications générales, se positionner sur différentes questions, participer à des rencontres internes etc. >>> Devenir volontaire Pour devenir volontaire il faut : - parler l’espagnol pour les projets latino-américains ou l’anglais (et être disposé à apprendre la langue du pays) pour les projets en Asie ; - avoir une expérience associative préalable est souhaitable. Chaque projet prend en charge la formation du volontaire, un voyage aller/ retour, le séjour sur place, l’assurance et une petite indemnisation mensuelle. On demande au volontaire de s’engager pour une durée initiale d’un an. Consultez le site Internet : www.pbi-france.org Non-Violence XXI, fonds associatif pour une culture de non-violence au XXIème siècle, participe à l'édition de l'Agenda de la Solidarité Internationale 2010, en partenariat avec d'autres ONG, et surtout Ritimo. Au fil des semaines, vous y découvrirez des dates pour un autre monde, des campagnes citoyennes, des événements historiques, des projets et des associations. Avec chaque mois un thème abordé, la non-violence trouve sa place dans cet outil de sensibilisation à la solidarité. Semaine sur 2 pages ; 16x16,5 cm ; reliure spirale ; plannings ; répertoire ; notes … Commande par mail : infos@nonviolence21.com ou envoyez votre demande accompagnée du règlement à l'ordre de Non-Violence XXI 114, rue de Vaugirard - 75006 Paris 1 exemplaire : 12 € port compris 5 exemplaires : 40 € port compris REJOIGNEZ-NOUS Je deviens membre de PBI-section française Adhésion au tarif ◊ Normal, 30 euros ◊ Réduit (étudiants, petits budgets) 15 euros ◊ De soutien, 60 euros L’adhésion comprend l’envoi du Rapport annuel et les invitations aux événements de PBI en France. Elle ne comprend pas l’abonnement au bulletin trimestriel Présence internationale. Je m’abonne au bulletin Présence internationale ◊ 10 euros par an Je souhaite participer aux activités de PBI dans ma région ◊ Suivi des missions ◊ Organisation d’événements Je souhaite faire un don de ◊ 30 euros, ◊ 60 euros, ◊ 100 euros, ◊ Autre : …… euros Nom : ......................................................................................................... Prénom :…………………………………………………… Adresse : ………………………………………………………………………………………………………………………… Code postal : …………………………………………… Ville : …………………………………………………….…. Tel. : …………………………………………………………… E-mail : …………………………………………………….... <<<< 12 10. Présence Internationale été-automne 2009 (pdf 2.7 MB) |
Témoignages"Prêtez davantage attention au Népal. L’attention internationale aide à mettre le gouvernement sous pression. Les gens oublient très facilement. Des milliers d’individus sont tués et personne ne le remarque." |
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